Le biniou, le joueur de fifre et l'Empire (fin)

Ar binioù-kozh, lo flestelaire und der Kaiserreich.
1re partie
Le-biniou-le-joueur-de-fifre-et-l.html
2e partie
Le-biniou-le-joueur-de-fifre-et-l,3760.html

Partie 3 : l’inexpiable envie des Cimbres

L’appel à une histoire mystifiante et réinventée, la paranoïa d’un monde mauvais autour de l’îlot à préserver, tout ceci est éculé, mais fonctionne et voici qu’embrigadés par des gourous douteux et saurs, des jeunes gens sont prêts à bondir sur le nationalisme français présupposé chagrin, réactionnaire, étriqué , moisi, pour lui substituer un autre raciste, sans envergure, sectaire, faux-nez des libéraux-libertaires.

Seules les tensions de l’antiquité tardive et du haut moyen-âge, l’incroyable restriction du champ de la pensée et de l’action politique, la régression économique de ces temps troubles ont induit une impression d’indépendance Bretonne, les Rois Wisigoths se proclamaient romains, la suite est indistincte de l’histoire médiévale, des luttes féodales où la recherche du continuum territorial pèse bien plus lourd qu’un quelconque sentiment « national ».
Faire des cathares les chantres de l’Occitanie indépendante relève du pur délire et de la méconnaissance théologique, tout comme considérer que du « sang Celte » coule dans les veines des Gwenvael ou des Youenn. Le sang, un mot dans ce sens désuet, et pourtant, c’est bien ce filigrane ethnique qui est sous-jacent au régionalisme.
La France dérange, la République aussi, le sempiternel argument des hussards noirs étripant les enfants patoisant à l’école est bien commode, sauf qu’on oublie que parmi les instituteurs il y avait des Bretons, des Provençaux, des Cht’is, et qu’ils obéissaient à une politique déterminée par des députés venus de Bretagne, de Provence, du Nord, mais surtout qu’ils voulaient, pour ces enfants dont ils avaient la charge et qui échappaient par l’école aux dominants, une ouverture maximum sur un monde nouveau qui, sans la maîtrise du français, ne les attendrait pas.

C’est ce raisonnement qui est aujourd’hui repris à l’envers : en détruisant le Français on détruit la France et ce qu’elle représente, on confine les esprits … mais rassurez-vous il y a une langue de remplacement : celle du patronat, celle de l’aristocratie européenne, celle de plusieurs membres du gouvernement dit français ! Donc, selon ces sorciers des lendemains qui rapent, les petits européens doivent parler leur sabir local et l’anglais ; enfin dans un premier temps, parce que l’Allemand sera de fait la langue « locale » de 100 millions d’Européens, de l’État le plus riche, le plus peuplé !
A qui profite le crime ?
La France dérange, la France authentique est vaste, généreuse, dans son aspiration à être comme l’instituteur du monde, la grandeur de son État n’a jamais servi d’autres rêves que ceux universels du bien triomphant du mal, du savoir terrassant l’arbitraire, de la liberté guidant le Peuple, c’est cela qui est trop grand pour les régionalistes ; avec de telles mauvaises habitudes nationales, comment en rester à une gouvernance tranquille, à une « démocratie » locale des feux rouges et des expositions de peintres du dimanche ! vite jetons les jumelles et portons des œillères, cela fait moins frémir ! Dans leur burqa à la mode de Bruxelles que les provinces seront libres et heureuses, bien protégées de cette catin de République dénudée et exaltée !
Les régionalistes sont avant tout pusillanimes, sous leurs oripeaux gauchistes ce sont les petit-bourgeois d’une société européenne sans âme, sans utopie, sans élan, parce que privée de nation, c‘est à dire d’espace culturel fondé sur le réel, seul lieu de la démocratie , dont elle ne veut surtout pas.
Le Flamand Yvo J.D. Peeters et l’Allemand Tilman Zülch avec le Bureau Européen des Langues Moins Répandues (BELMR – EBLUL), dont le nom résume toute l’absurdité technocratique du machin européen, ont introduit dans les rouages communautaires, responsables de 75 % de nos Lois, rappelons-le, l’ethnicisation, leitmotiv de la pensée politique germanique.
Cette intervention n’est ni fortuite ni isolée ; le financement de l’Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes, est éloquent, comme la provenance de ses dirigeants et les responsabilités qu’ils exercent. Le champ lexical de la « Föderalistische Union europäischer Volksgruppen » est plus qu’explicite et renvoie à des heures sombres, aussi sombres que les subsides accordés à toute organisation, même la plus petite association, du moment qu’elle s’appuie sur une revendication ethnique ou de libération d’une tutelle nationale.
Comment ne pas comprendre ce que signifie que l’ « Internationales Institut für Nationalitätenrecht und Regionalismus » du Land de Bavière, se veuille un « centre d’élaboration doctrinal du régionalisme ethno-centré ».
Un petit effort encore et nous aurons droit aux ruines.
La France dérange, messieurs Bernd Posselt, Alfons Goppel, elle ennuie le Forum Carolus, Nikolaus von Gayling et Henri de Grossouvre. Tous dans la lignée de Hennessy, de Otto Abetz, de Beuve-Mery, de Monet.
Des petits peuples étriqués, recroquevillés sur des mythes ethniques, souvent frelatés, sur une lecture inexacte de l’histoire, sont réductibles aisément les uns après les autres, les uns contre les autres lorsqu’il le faudra. Il s’agit non seulement de diviser pour régner, mais aussi d’éradiquer les cultures de foisonnements, les rassemblements nationaux sur des idées, sur des pratiques communes lentement élaborées ; à un ordre décanté on voudrait imposer, sous prétexte d’un mouvement naturel du progrès, une culture rabougrie, jamais approfondie, esclave d’un présent sans cesse rapetassé aux couleurs d’un avenir fuyant toujours.
Bas les masques Janissaires de l’ordre nouveau, nous ne voulons pas de votre cauchemar d’une Europe totalitaire et ethnique.
Gérard Couvert

image_pdfimage_print