Le catéchisme de Tahar Ben Jelloun (3e partie)

Publié le 26 avril 2010 - par
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RAPPEL DE LA 1ère PARTIE : http://www.ripostelaique.com/Le-catechisme-de-Tahar-Ben-Jelloun.html

RAPPEL DE LA 2ème PARTIE : http://www.ripostelaique.com/Le-catechisme-de-Tahar-Ben-Jelloun,4059.html

3ème PARTIE

SUR LA FEMME ET LA MIXITE

Nous retrouvons chez notre enseignant d’islam, la crainte obsessionnelle du pouvoir de séduction des femmes, cachée derrière leur pseudo fierté de la pudeur : « si une femme est habillée de manière provocante, par exemple si elle porte une minijupe ou un chemisier qui laisse voir sa poitrine, si sa chevelure est dénouée […] » (p 68). Curieuse manie de ne voir le potentiel de séduction que chez les femmes, et humiliant pour moi qui suis un homme, de me voir ainsi rabaissé à la condition d’un vulgaire étalon qui serait incapable de résister aux provocations (sic) des femmes. Dans la veine de cette logique mécaniste d’un homme ramené à ses pulsions, il rajoute que « les femmes musulmanes ont le droit d’aller à la mosquée, mais ne doivent pas se mélanger aux hommes. C’est pour éviter des troubles et des incidents. » Désopilant ! Il est notoire que sur les plages françaises, là où les femmes sont dévêtues et donc si provocantes, les hommes leur sautent dessus, transformant ces paysages sableux en espaces orgiaques ; de même, lors des rites pratiqués dans les églises, les bons paroissiens sont assaillis par des pensées érogènes. Puisque TBJ est si persuadé qu’il y aurait des troubles dans les mosquées, il serait plaisant de voir un film érotique faisant le constat de ses fantasmes. Imaginons que la tenture qui fait office de séparation entre femmes et hommes au milieu de la mosquée cède ! Alors ces barbus hirsutes, ces colliers bien rasés, ne connaîtraient plus aucune retenue au spectacle de cette séduction provocante …! Et à l’assaut !

Son esprit misogyne s’exprime aussi dans son commentaire du verset 59 de la sourate 33, « dis […] aux femmes des croyants de laisser tomber jusqu’en bas leur robe de dessus. Il sera plus facile ainsi […] qu’elles ne soient pas offensées » : « Cela veut dire que les femmes des croyants devaient se distinguer des femmes de mauvaise vertu » (p 69). On conçoit mieux ainsi que des musulmans voient en toute femme occidentale une femme de mauvaise vertu, rien que par sa tenue. Dans la même veine, est soulignée sans réaction de l’auteur, ce passage du coran où Dieu recommande aux croyantes de « baisser leurs regards » (sourate 24, v 31). Rappelons que si la jeune fille n’obéit pas à Dieu, l’enfer lui est promis ; l’évolution de sa personnalité devient ainsi fortement déterminée pour qu’elle devienne une femme bien soumise, et pas seulement à Dieu.

Cette discrimination, quant aux vêtements portés et à la conception de la sexualité attribués à chaque sexe, n’empêche pas TBJ de se réjouir qu’ « heureusement, des associations de femmes dans des pays musulmans, […], luttent pour que le code de la famille change et pour que la femme ait les mêmes droits que les hommes » (p 70). Cette discrimination qu’il ne désapprouve pas est pourtant antithétique de l’émancipation de la femme. Elle participe de la construction d’un esprit mâle dominateur de la femme. La recherche d’une synthèse entre ces deux positions relève de la mission impossible, tentée malgré tout par les rêveurs du mirage de l’islam à la française, dont se gaussent les musulmans orthodoxes.

De toute façon, son souhait d’une égalité en droits entre femmes et hommes, ne relève pas d’une profession de foi, mais plutôt d’une formulation cosmétique, pour mieux séduire ceux qui ne veulent pas voir la réalité actuelle de la pensée musulmane. Car dans cette même page 70, dix lignes plus loin, TBJ ne reconnaît pas aux filles le droit à une éducation sexuelle : « c’est un manuel d’éducation sexuelle pour les jeunes musulmans. Evidemment, il s’adresse aux garçons, pas aux filles. » Son esprit contient de curieuses évidences. C’est d’autant plus paradoxal et amusant qu’il nous assène qu’ « en islam, il est dit en toutes lettres qu’il n’y a pas de honte ou de pudeur à parler de sexualité ». Sauf, si ce sont des femmes qui en parlent, devons-nous en déduire.

Ces réflexions de TBJ sont consternantes ; mais une autre facette de sa personnalité privilégie un autre discours plus affranchisseur : « [Les islamistes] veulent revenir à l’époque du prophète et comprennent [son] message d’une façon très réduite […]. [Ils] ne veulent pas que la femme soit l’égale de l’homme, ni qu’elle ait des droits, ni qu’elle puisse décider elle-même de son propre sort » (p 78). Il reconnaît donc implicitement cette inégalité des droits sous l’égide de Mahomet. Il condamne ensuite la répudiation, bien mahométane pourtant, qu’il qualifie de ni juste, ni humaine ; puis il poursuit : « on a pris l’habitude de dire à la femme « il faut obéir [aux mâles de la famille] ». Les femmes ne doivent pas s’habiller de telle ou telle façon. Ceux qui disent cela se réfèrent à certains versets coraniques qui n’accordent pas les mêmes droits à la femme qu’à l’homme. Il faut qu’elle soit, sur le plan des droits, l’égale de l’homme. » Nous remarquerons qu’ici, TBJ se désole que les femmes ne puissent se vêtir comme elles le souhaitent, alors que préalablement, il avait blâmé la façon de se vêtir de certaines. Il fait aussi le constat que des passages du coran ne respectent pas les droits des femmes.

Je n’aimerai pas me retrouver avec une telle pensée dichotomique ; il faut être alors remarquablement équilibré pour gérer le conflit psychique de ces opinions contradictoires : respecter les dires du prophète et être plus ou moins conscient qu’ils ne sont pas vraiment en adéquation avec les droits de la personne humaine, en demandant l’application de ces derniers. Pour résoudre cette contradiction, rien de mieux que le traditionnel argumentaire islamique tant entendu : « le coran permet beaucoup d’autres interprétations » (p 79). Certes, nous serions enjoints à le suivre si les musulmans modérés se résolvaient à supprimer tous ces versets attentatoires aux droits de l’homme. Mais pour l’instant, c’est peine perdue. Et tout logiquement, puisque selon l’orthodoxie musulmane, lorsque deux versets se contredisent, c’est le plus récent qui abroge le plus ancien. Or ce sont justement les versets de l’époque médinoise, les plus durs et intransigeants, qui sont les plus récents.

LES CONTRADICTIONS DE TBJ

On en a déjà relevé un certain nombre, comme celles concernant la condition de la femme en islam. Elles apparaissent parce que TBJ est un intellectuel, un homme de bonne volonté, ouvert, biculturel, très intelligent, et je pense un humaniste ; il suffit pour cela de consulter son blog (8). Mais en même temps, il reste lié, au sens propre du mot, à ces valeurs islamiques, dont si certaines sont estimables, beaucoup trop d’autres sont condamnables. Ces liens sont dus à ce catéchisme injonctif qu’il a reçu et qu’il transmet à son tour avec un esprit critique plus que réduit, joint au chantage affectif qu’il a subi comme on l’a vu avec son père. Tout cela l’amène comme je l’ai déjà dit à devoir pratiquer des acrobaties entre des valeurs qui sont souvent contradictoires dans le dessein d’atteindre à une synthèse utopique.

Son ouverture s’exprime à plusieurs reprises ; il explique ainsi le déclin du monde musulman par son repli, son isolement et sa fermeture sur soi (p 62). Il met en avant la grandeur d’Ibn Khaldoun qui protestait « contre le fait que certains utilisent les mosquées pour enseigner autre chose que le coran [et qui] voyait le danger qui consiste à utiliser l’islam pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la religion » (p 63) ; ce dernier était donc en quelque sorte, en partie, un précurseur de la laïcité. Mais pris dans les nombreux tourbillons politiques de son temps, ses tendances réformatrices ne sont pas reprises. TBJ est dans l’attente de réformes, puisqu’il cite quelques intellectuels qui auraient souhaité réformer la religion musulmane, comme Al Afghani.

Mais les réformes, pour TBJ, consistent à « changer certaines règles et habitudes dans la façon de pratiquer la religion. […] [Mais] il ne s’agit pas de toucher aux valeurs et préceptes qui la fondent » (p 64). Or ce sont justement ces fondamentaux de la religion qui bloquent toute évolution, puisque le coran est parole de Dieu, et qu’il faut obéir à Dieu. Autre fondamental à abroger pour pacifier cette religion : l’abrogation de la règle des versets abrogeants. On en est très loin pour le moment. Les réformateurs peuvent toujours alors proposer « qu’il ne faut pas accepter aveuglément ce que les anciens maîtres imposaient comme règles de conduite en islam », leur latitude à transformer restera réduite.

J’ai brocardé TBJ au début de mon article, sur ses déclarations concernant l’âge d’or arabe ; je nuancerai maintenant mes propos justifiés mais peu amènes à son égard, car il a reconnu, avant d’entamer son dithyrambe, que « l’intelligence des Arabes a consisté à être modestes […]. Ils sont allés chercher la science là où d’autres l’avaient développée. » « Les Arabes avaient compris [que] pour progresser, [il faut] aller avec les autres » (p 50). TBJ, toujours prêt à nous suggérer la pensée musulmane derrière le moindre acte d’un Arabe, ne nous dit pas pourtant là, si cette intelligence arabe a été induite par le mahométisme. Aller avec les autres est effectivement un magnifique signe d’ouverture ; dommage que le coran par le verset 22 de la sourate 58 incite moins à l’ouverture : « Tu n’en trouveras pas parmi les gens qui croient en Allah et au jour dernier, qui prennent pour ami, ceux qui s’opposent à Allah et à son messager […]. ». Des musulmans modérés ont beau nous expliquer que ce verset vise des opposants précis contemporains de Mahomet, on se demande bien pourquoi Allah, soi-disant si parfait, ne nomme pas précisément les noms de ces personnages, afin d’éviter les multiples interprétations sources de tant de confusion mentale. Parce que là, rédigé ainsi, ce verset me fait comprendre que moi, opposant à l’islam, ne pourra pas connaître l’amitié d’un croyant musulman (du moins, qui connaît ce verset). Ou les musulmans doivent reconnaître que ce livre si souvent imprécis n’est pas de Dieu, et alors cela ouvre moult possibilités de réformes, ou alors, si c’est une création divine, cela montre l’imperfection de Dieu.

Une autre contradiction concerne le poète TBJ, directement, puisque « Dieu se méfie des poètes. Il est dit dans le verset 224 de la sourate 26 : « Quant aux poètes, ne les suivent que les fourvoyés », […]. [Le verset] ajoute : « Ils disent ce qu’ils ne font pas. » » (p 50). Notre accusé se sort de cet embarras, en disant qu’ici, poètes « vise ceux qui se payent de mots et n’agissent pas. » Inconsciemment, il n’en est peut-être pas si convaincu, car pourquoi aurait-il relevé au préalable que Dieu se méfie des poètes ?

Son humanisme le pousse à qualifier les talibans afghans de fous, ignorants et barbares, car entre autres, « ils tuent celles qu’ils jugent immorales en leur jetant des pierres, et enterrent vivantes les coupables de trahison conjugale… Ils ont des pratiques d’un autre temps : par exemple, le fait de couper la main aux voleurs […] » (p 85). Il est regrettable que notre enseignant en islam ne connaisse pas les sourates 5 et 22 légitimant les mains coupées et les coups de fouets. (9) Ah barbare coran ! Il est vrai que la lapidation n’apparaît pas dans le coran, mais seulement dans des hadiths.

Nous achèverons ce tour d’horizon de l’ouvrage par le sujet qui nous intéresse le plus à Riposte Laïque, la défense de la laïcité ; nous devons être reconnaissant à TBJ de défendre la laïcité ; bien sûr, dans son esprit, il s’agit plutôt d’une laïcité «ouverte», comme beaucoup souhaiteraient nous en convaincre aujourd’hui. Mais ses propos sur ce thème ne sont pas pour autant à dédaigner. « La laïcité, c’est le fait de ne pas utiliser la religion pour imposer des lois concernant la vie des gens. » « Vu ce qui se passe en ce moment, c’est très important de séparer la religion et la politique. […] En France, les musulmans doivent vivre leur religion tout en respectant la République » (p 67). « Tant que ceux qui gouvernent s’appuieront sur la religion, nous aurons des problèmes et des maladies, comme le fanatisme » (p 87).

Cette obtention de la laïcité sera difficile à obtenir en terre d’islam, tout simplement parce que l’islam est une religion politique, c’est-à-dire une religion qui a un projet de vie extrêmement précis pour tous les membres de sa communauté. Et c’est bien un des objectifs de la politique que de contribuer par des réalisations à la satisfaction des individus. TBJ est lucide là-dessus : « l’islam n’est pas une religion détachée de la vie quotidienne. Elle se préoccupe de la conduite des hommes dans la cité, de leur morale, de l’organisation et de la direction de leur communauté. C’est ce qu’on appelle de la politique » (p 73). Mais je rajouterai que cela va même au-delà du projet politique, puisque cette idéologie religieuse ne vise pas qu’à proposer, elle impose un mode de vie à tous, croyants comme dhimmis. A ce titre, l’islam des origines apparaît comme un totalitarisme, avec sa prétention à gérer la totalité de la vie des individus, par delà leur volonté, dans tous les domaines qu’ils soient alimentaire, hygiénique, conjugal, sexuel, ludique, psychologique, juridique, politique et j’en oublie ; il est donc illusoire de pouvoir séparer l’islam de la politique. Ou alors cet islam serait bien éloigné de celui enseigné par Mahomet.

Jean Pavée

(8) son blog : http://www.taharbenjelloun.org/

(9) sourate 5 verset 38 : « Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. »

sourate 24 verset 2 : « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Et ne soyez point pris de pitié pour eux dans l’exécution de la loi d’Allah – si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Et qu’un groupe de croyants assiste à leur punition. »

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