Le catéchisme de Tahar Ben Jelloun (4e partie)

Publié le 26 avril 2010 - par
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4ème PARTIE

Par ses relations et par ses points de vue régulièrement publiés dans le quotidien Le Monde (10), tout germanopratin que puisse être Tahar Ben Jelloun, il est stupéfiant de constater ses opinions religieuses si rétrogrades. Ainsi il nous révèle qu’on naît avec une religion, que les islamistes ne sont pas de vrais musulmans, mais que tout compte fait, par certains aspects ils le sont quand même, que l’islam est tolérant, mais qu’on ne tolère pas tout, comme certaines unions mixtes d’un point de vue religieux, que l’islam favorise l’égalité en droits, même s’il souligne quelques exemples qui la contredisent ; il nous présente « l’âge d’or » arabe comme une apothéose du genre humain ; contre toute évidence historique, Mahomet est présenté de façon manichéenne et féerique ; enfin sa vision de la femme vue comme potentiellement provocatrice s’avère inconsciemment misogyne ; le mélange de femmes et d’hommes dans une mosquée pouvant être facteur d’incidents, on n’ose penser ce qu’il pense de la mixité ailleurs ! Cependant sa formation biculturelle l’amène parfois à se faire l’avocat du diable pour tenter de trouver une nouvelle approche plus conciliable avec les états d’esprit contemporains ; mais une approche qu’il ne précise pas. Et pour cause, sa recherche nécessiterait tant de vaines contorsions intellectuelles, qu’il n’en sortirait rien, sinon un épuisement.

Si un homme de si grande culture, d’un milieu socio-professionnel aussi favorisé est capable d’énoncer de telles fadaises, alors on peut imaginer les dégâts causés dans les milieux populaires par les enseignements d’imams beaucoup moins subtils que TBJ. Ce livre a au moins le mérite de comprendre le formatage d’un jeune musulman. On comprend mieux la discrétion de la communauté musulmane face aux abjections terroristes, face aux burqas ; on est pas d’accord, mais on ne dénonce pas, car même si ce sont des interprétations de la religion non partagées, elles sont l’œuvre de musulmans qui peut-être se trompent, mais qui pour autant restent des musulmans, et qui à ce titre sont partie intégrante de la communauté islamique.

On comprend mieux les raideurs de la majeure partie des musulmans lorsqu’ils doivent affronter un discours critique à l’égard de leur religion. On perçoit d’où proviennent leurs obsessions de la pudeur, leur pudibonderie. On comprend en quoi la laïcité est pour beaucoup un concept totalement étrange. Et leur soumission à un code de vie, est bien éloignée des prises de décisions individuelles qui caractérisent la responsabilité individuelle, ce qui faisait dire à Saint-Exupéry dans « Terre des hommes », « être homme, c’est être responsable ».

Bien sûr, on me rétorquera avec juste raison, que le catéchisme catholique utilise des méthodes semblables. C’est vrai, si je me remémore mes séances de catéchisme. La vie de Jésus nous était présentée comme un magnifique récit, où tout ce qu’il proposait relevait d’un paradis. On nous montrait ainsi où se situait le bien. Les curés tentaient bien aussi de nous faire peur avec l’enfer, mais cela n’allait jamais très loin, pas au point de m’avoir causé des cauchemars. Concernant la place de la femme, le message des curés ne pouvait aussi que fonder une inconsciente misogynie de notre part, puisque les rares femmes évoquées étaient Marie, la femme idéale parce que mère (et je ne parle pas de l’immaculée conception à laquelle dans ma naïveté pré-pubère, je n’avais rien compris), Marie-Madeleine la fille de mauvaise vie (on ne savait pas pourquoi !) et les libidineuses entourant Hérode.

Mais on ne nous enseignait pas que l’on naissait avec une religion attribuée d’office ; la preuve, il nous était demandé d’effectuer une confirmation, certes hypocrite vu l’immaturité liée à notre jeune âge, avant de pouvoir célébrer l’eucharistie ; mais elle signifiait bien que l’on ne naissait pas catholique. A aucun moment, hormis quelques sermons colériques, nous ne pouvions tomber sur des passages de l’évangile nous enjoignant de recourir à une violence contre les personnes, les curés, conscients de la contradiction avec le message christique, ou appliquant les consignes de Vatican II, se gardant bien de nous évoquer les massacres cités dans l’ancien testament ou effectués par les missionnaires armés. Je n’ai nullement entendu qu’il était interdit d’épouser quelqu’un qui ne fût chrétien ; et si les curés faisaient en sorte que nous puissions estimer la religion chrétienne comme étant celle ayant le plus de grandeur, ils se gardaient bien par leurs propos d’extrapoler leur admiration à la notion de civilisation.

Ces séances de catéchisme ne s’effectuaient pas dans une pieuse atmosphère de recueillement ; nous n’étions pas terrifiés ou intimidés par des prêtres aux personnalités terrifiantes ; au contraire, le doute était permis, et certains, dont je faisais partie, n’hésitaient pas à contester ce que nous entendions ; pour ma part, à 9 ans environ, j’avais fait part de mon scepticisme à propos de la traversée de la mer Rouge par Moïse et les Hébreux. Un autre de mes co-catéchisés avait même osé mettre en doute l’existence de Dieu. Ne suivit alors nulle éructation imprécatoire. Fermement certes, mais calmement, le curé avait évoqué l’épisode de Thomas qui ne croyait que ce qu’il voyait, ce qui était d’ailleurs une manière plus subtile de nous induire cette idée malsaine, que la curiosité intellectuelle et la confiance en autrui ne faisaient pas bon ménage. Sous cet angle, douter devenait la marque d’un manque de générosité. Pour autant, la pratique du doute, mal perçue par nos religieux, ne nous envoyait pas en enfer.

Bien sûr les prêtres assénant le catéchisme, précédemment, au début du XX° siècle, étaient autrement sévères, et ces contestations, que nous nous étions autorisées, n’auraient sans doute pas été tolérées à cette époque, les curés faisant part vertement de tels propos scandaleux auprès des parents de ces enfants indignes. Mais dans la 2° partie de ce siècle, soumis à différentes pressions, dont surtout celles de nos si chers laïcards, les prêtres eux-mêmes, finissant par progressivement intégrer les idées des Lumières et la laïcité, ont assoupli leurs positions idéologiques pour accepter le principe du débat et de la discussion. La pression sur les esprits qu’ils imposaient était donc particulièrement réduite, et ne faisait pas le poids face à l’atmosphère laïque dans laquelle je baignais. La meilleure preuve de cela en fut le fait que dès l’adolescence, je versais dans l’athéisme ; ce qui ne m’empêche pas d’être devenu déiste depuis une dizaine d’années. Combien de musulmans ayant suivi l’enseignement coranique et placés dans notre atmosphère laïque connaissent-ils le scepticisme ou tout au moins peuvent en faire part publiquement ?

En concluant, Tahar Ben Jelloun disait : « Il faut donner à l’élève tous les moyens pour qu’il se fasse sa propre opinion. C’est très important de donner la liberté à l’enfant pour qu’il ne soit pas influencé par telle ou telle religion » (p 89). Cette liberté, au travers de son petit ouvrage, la lui a-t-il donnée ? Lui est-elle accessible ? Le lecteur jugera.

Jean Pavée

(10) citons parmi ses derniers articles dans le monde :

le-minaret-est-tombe-on-a-pendu-le-coiffeur-par-tahar-ben-jelloun_1283133_3232.html

la-porsche-noire-le-play-boy-et-la-burqa-par-tahar-ben-jelloun texte paru dans le Monde du 25 ou du 26-9-09

la-banlieue-s-ennuie-par-tahar-ben-jelloun_1331700_3232.html ; dans cet article, TBJ, en parlant des enfants d’immigrés, évoque « une génération de Français que la France traitait comme des bâtards, des enfants nés hors mariage ». Il semble avoir une piètre idée des enfants nés hors mariage, en recourant à ce terme autrefois si péjoratif et aujourd’hui inusité, sauf dans le langage des «lascars» de banlieues.

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