Le curieux traitement médiatique autour du racisme sur les stades de football

Publié le 27 février 2008 - par
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Une personne qui aurait quitté la France depuis plusieurs années, et qui reviendrait cette semaine, aurait l’impression, à lire les titres de certains journaux, que les stades de football ont basculé, depuis quelques jours, dans un racisme de masse qu’il est grand temps de combattre, après un laxisme coupable.

Pourtant, la majorité des joueurs de l’équipe de France de football sont de couleur, et, à notre connaissance, seul Georges Frêche, avec sa délicatesse habituelle, a trouvé cela gênant, réclamant, à sa façon, la discrimination positive… en faveur des blancs (1). Pourtant, dans de nombreuses équipes professionnelles, en France, il y a énormément de joueurs africains, maghrébins ou antillais, et cela ne suscite absolument pas de phénomène de protestation.

Mais il a suffi qu’un seul imbécile, ou un salaud, stade de Metz, le samedi 16 février, insulte à plusieurs reprises, en première mi-temps, le capitaine de l’équipe de Valenciennes, par ailleurs international marocain, pour que tout le gotha de l’anti-racisme professionnel se mette en branle, décidant que, sur les stades, « le racisme, cela suffit ! ».

Premier coupable, médiatiquement lynché, l’arbitre du match, Damien Ledentu. Certes, ce jour-là, il n’a pas eu la meilleure inspiration en appliqant bêtement le règlement. Il a donc donné un carton jaune au joueur insulté, qui, lassé, avait quitté le terrain, à la mi-temps, pour aller dans les tribunes demander des explications au supporter raciste. Mais était-ce une raison pour le salir comme l’a fait le journal « L’Equipe », en le faisant passer pour un arbitre complaisant avec le racisme, allant jusqu’à dire qu’il fallait stopper le match, alors qu’il a suffi que les policiers arrêtent le spectateur raciste pour que le match se poursuive normalement.

Le journal en ligne « Marianne », dans un article d’Alain Léautier, s’étonne de cette disproportion entre les faits, et le battage médiatique qui s’en est suivi. (2)

Une semaine après, dans les stades, les speakers ont lu un discours condamnant le racisme. Tout le monde avait revêtu des maillots allant en ce sens. Mais en même temps, à Bastia, une petite dizaine de supporters corses brandissent une banderole disant d’un joueur de couleur : « On n’est pas raciste, la preuve, on t’encule ». La banderole sera retirée immédiatement par les dirigeants, mais, dans ce contexte, la thèse récurrente de la France raciste va occuper les médias encore quelques jours.

Pourtant, personne ne s’est jamais étonné, en France, quand certaines tribunes, tout entières, insultent un arbitre avec ces mots, qu’on ne trouve dans aucun autre sport : « Arbitre, salaud, le peuple aura ta peau ». Mais sans doute, pour certains, l’arbitre incarne-t-il l’autorité, voire la répression ? Peut-être ont-ils senti, comme chez les jeunes qui mettent le feu aux écoles, que, derrière ces cris de haine contre un homme seul, il y avait un potentiel de révolte sociale contre l’ordre établi ? On laisse bien insulter et frapper les enseignants à l’école, autres symboles de l’autorité, pourquoi pas les arbitres dans les stades de football. A bas l’autorité, à bas les flics du système !

Personne ne s’étonnera que, dans ce contexte, de pauvres bougres, arbitres amateurs, se fassent insulter pendant tout un match, et finissent parfois à l’hôpital, victimes d’agressions de supporters ou de joueurs. Pourquoi se gêner, avec ce qu’ils voient et entendent à la télévision ? Mais cela n’émeut personne, ce ne sont pas de bonnes victimes.

Mais soyons positifs. Tous les antiracistes sincères, qui ne supportent pas une attitude stigmatisant un humain en raison de la couleur de sa peau, ne pourraient que se réjouir d’une telle prise de conscience, si cela correspondait vraiment à la réalité de la situation.

Le problème est que tout ce battage est totalement à côté de la plaque, et, par sa vision manipulatrice du combat contre le racisme, risque d’avoir des effets contraires aux objectifs recherchés.

S’il peut y avoir des phénomènes isolés à combattre, comme à Metz ou à Bastia, nous ne sommes pas, heureusement, en Italie, où toute une tribune de supporters neo-nazis, à Rome, multiplient les slogans racistes et fascistes, pendant tout un match, en toute impunité. Nous ne sommes pas dans un phénomène d’ultra-violence, où, pendant plusieurs heures, ces groupes de supporters fascistes affrontent la police. Nous ne sommes pas davantage devant des phénomènes de type hooligan, que les Anglais ont réussi à éradiquer, mais qui persévèrent en Hollande et dans quelques autre pays européens, notamment à l’Est.

Même au Parc des Princes, à la suite du match contre le club israélien de Tel Aviv, où des militants d’extrême droite, supporters du PSG, avaient organisé de véritables ratonnades contre des supporters juifs, le phénomène est en train de se résoudre, et là-dessus, Sarkozy, souvent au Parc des Princes, a été plutôt bon.

Certains professionnels de l’antiracisme, dont la Halde, tiennent leur fond de commerce en parlant de notre pays comme d’un pays raciste, colonialiste, et pratiquant des discriminations contre les enfants de la colonisation. Ils ont donc, avec les incidents de Metz et de Bastia, de quoi alimenter leur copie.

Mais on ne les a pas entendus, il y a quelques mois, lors du match international France-Maroc, à Saint-Denis. « La Marseillaise » sifflée tout au long du match par des jeunes nés en France, comme s’en indignaient Bruno Lebeau ou Christine Tasin (3) (4) ? Pas un mot ! Le fait que tous les joueurs français seront sifflés par le public de Saint-Denis, sauf Anelka et Ribery, qui assument leur appartenance à la religion musulmane ? Silence radio !

Les mêmes s’étaient déjà tus en 2001, quand les mêmes événements s’étaient produits, lors du match France-Algérie. Lionel Jospin et tout le gouvernement de la gauche plurielle, dans un match symbolique organisé par Marie-George Buffet, pour fêter la fin de la guerre d’Algérie, recevront, tout au long de la rencontre, des insultes, des projectiles et des bouteilles. Le terrain sera envahi par des dizaines de jeunes, ne supportant pas de voir que la France menait quatre buts à un devant l’Algérie. Pas un mot de protestation !

Comme le ridicule ne tue pas, certaines associations antiracistes, au lendemain de la finale perdue par l’équipe de France, contre les Italiens, en 2006, demanderont une commission d’enquête à la Fifa, convaincus que Zidane, qui s’était distingué en donnant un coup de boule à Materrazzi, n’avait pu qu’être victime d’une injure raciste, alors que notre Zizou national, capitaine de l’équipe, avait été incapable d’entendre une provocation sur sa sœur sans perdre ses nerfs !

Quel décalage entre le battage médiatique pour un abruti messin, et quelques racistes corses, à Bastia, et le silence de plomb constaté lors des sifflets de La Marseillaise, ou bien lors des agressions au faciès contre les étudiants, dans les rues de Paris, en 2006, sans parler de l’antisémitisme qui grandit, dans les banlieues.

En tenant, comme les Indigènes de la République ou la Halde, des discours martelant aux jeunes qu’ils vivent dans un pays raciste qui les discrimine, ces apprenti-sorciers les encouragent à se réfugier dans un autre racisme, et les cantonnent dans un repli communautariste.

André Gérin, le courageux député-maire communiste de Vénissieux, dans un article publié par le Monde le 7 décembre 2007, terminait ses propos par cette phrase : « Il faut demander à la police et à la justice de se concentrer sur l’essentiel : la violence, l’infiltration islamique à visée terroriste, et les trafics de tous genres qui alimentent ces quartiers en argent frais. Dans le même temps, il faut s’attaquer au danger mortel que représente le racisme anti-blanc, anti-France. »

Pour mener le combat contre le racisme, il faut donc se battre contre tous les racismes.

Jeanne Bourdillon

(1) http://www.sport.fr/Football/foo/Le-derapage-de-Georges-Freche-75572.shtm

(2) http://www.marianne2.fr/Foot-les-enflures-de-l-anti-racisme-professionnel_a84134.html

(3) http://www.ripostelaique.com/Ils-osent-siffler-la-Marseillaise.html

(4) http://www.ripostelaique.com/Il-fut-un-temps-ou-siffler-la.html

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