Le lynchage de Georges Frêche est-il vraiment catholique ?

Publié le 30 janvier 2010 - par
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Notre journal avait déjà vécu dangereusement, fin 2009, en publiant, dans la rubrique « Point de vue » (prudence) la tribune d’un de nos lecteurs, Stanislas Geyler, intitulée « Halte au lynchage de Georges Frêche ». Avec des arguments pertinents, Stanislas démontait les différentes procès en sorcellerie qu’a connu l’homme fort de Montpellier par une bien-pensance médiatique qui le hait.

[http://www.ripostelaique.com/Halte-au-lynchage-de-Georges.html->http://www.ripostelaique.com/Halte-au-lynchage-de-Georges.html

Je ne voudrais pas encore aggraver le cas de RL, au sujet du lynchage dont est victime Georges Frêche, je vais donc m’exprimer en mon seul nom. Rassurez-vous, je ne suis pas une grande admiratrice de Georges Frêche. La laïque que je suis n’a pas oublié qu’il s’est fait épingler par le tribunal administratif de Montpellier, pour financement déguisé d’un lieu de culte musulman. Frêche a gardé de son passé maoiste une fascination pour le pouvoir fort. Il est un baron socialiste classique, qui ne connaît qu’un principe : la fin justifie les moyens pour garder le contrôle de son appareil. Malheur à quiconque s’oppose à lui, dans sa Région. Au sein du PS, avec son homme de main, le sénateur Navarro, il règne en maître, excluant quiconque se met sur son passage. Mais il n’est pas pire qu’une Martine Aubry à Lille, qu’un Guérini à Marseille, et que tous les petits marquis socialistes qui tiennent leur fédération d’une main de fer. On a vu les méthodes peu ragoûtantes de ce parti, lors de la grotesque élection de Martine Aubry, face à Ségolène Royal.

Donc, Georges Frêche avait fait un beau pied de nez à la direction du Parti socialiste, et à toute la presse, qui le pensent infréquentables depuis qu’il a osé s’interroger sur l’équipe de France de football, majoritairement très colorée (disant à haute voix ce que la majorité des gens pensent). Le sénateur n’avait fait, avec son absence de délicatesse habituelle, que réclamer la discrimination positive pour les joueurs de couleur blanche. Il avait fait du Yazid Sabeg et de la Halde à l’envers ! Les socialistes avaient donc fini par l’exclure, après des injures contre des harkis UMP venus perturber une de ses réunions (et il faut en faire pour se faire virer du PS). Martine Aubry l’avait excommunié.

Manque de chance, ces « salauds » de militants locaux ont choisi, pour les prochaines régionales, de gagner avec Georges Frêche, plutôt que de perdre avec un candidat estampillé Martine. Et, plus cruel encore, les communistes, derrière Gayssot, et les Verts locaux font souvent le même choix, dans la région montpelliéraine, malgré les grands cris de vierges effarouchées de leurs chefs nationaux. Décidément, telle de vulgaires électeurs suisses, la base, quand elle s’exprime, ne suit pas les ordres des élites politico-médiatiques.

L’affreux devaît être châtié, les snippers guettaieint leur heure. Frêche les a comblés. Alors, certes, ce n’est pas bien de dire que Laurent Fabius n’a pas une tronche bien catholique…. Sans doute peut-on reprocher plein de choses à Laurent Fabius, sans avoir besoin de l’attaquer ainsi. Mais enfin, relativisons un peu, les propos de Frêche n’ont rien à voir avec les dessins ouvertement antisémites de l’extrême droite des années 1985, à l’époque du sang contaminé, quand on dessinait le Premier ministre de l’époque en juif assoiffé de sang, avec un nez crochu. L’ampleur du délire est telle qu’on se croirait revenu à l’été 2008 quand, de manière grotesque, le dessinateur Siné était accusé d’antisémitisme par les Val, BHL et autres Delanoë pour avoir écrit que le fils Sarkozy irait loin, sur la base de sa conversion supposée à la religion de l’héritière Darty, sa future épouse. Les plaignants, désavoués par les tribunaux, avaient cru voir de l’antisémitisme dans les propos du dessinateur, dont certains textes passés n’étaient pas, par ailleurs, exempts de tout reproche sur cette question.

Il demeure une question de fond. Qu’est-ce que cela veut vraiment dire d’avoir une tronche pas trop catholique ? Moi j’ai toujours compris que cela signifiait qu’un individu, sur son visage, portait des signaux qui ne rassuraient pas, quant à la confiance qu’on pouvait lui faire. Peut-on dire que Laurent Fabius incarne la loyauté et la continuité dans son combat politique ? Faut-il rappeler qu’il fut longtemps parmi les plus européistes de son parti, avant de prendre la tête de la campagne du non. Faut-il rappeler que dans son livre, Julien Dray (jamais démenti par le clan fabiusien) révèle le chantage auquel Fabius se serait livré auprès de François Hollande : il réclamait d’avoir l’investiture socialiste en 2007, faute de quoi il militerait pour le non. Faut-il rappeler que l’ancien Premier ministre est passé, en quelques années, des positions les plus droitières de son parti, en matière économique, au statut de candidat de l’aile gauche, soutenu par Mélenchon et tous les trotskistes recyclés socialistes ?

Donc, il ne faut pas dire que Laurent Fabius, a une tronche pas trop catholique. Alors pourrait-on dire que Le Pen, au visage tout de même inquiétant, a une tronche pas trop catholique ? Pourrait-on dire que le glacial Bruno Megret a une tronche pas trop catholique ? Pourrait-on dire que Margareth Thatcher, et toute son arrogance, a une tronche pas trop catholique ? Pourrait-on dire que Georges Marchais avait une tronche pas trop catholique ? Pourrait-on dire que Charles Pasqua a une tronche pas trop catholique ? Un humoriste pourrait-il dire que Tariq Ramadan a une tronche pas trop catholique ?

A-t-on encore le droit de commenter ce que les traits d’un visage inspire ? Nicolas Sarkozy n’avait pas hésité, quand il n’était que ministre de Chirac, à parler de son physique, ne cachant pas que ses traits montraient un homme ambitieux, voire arriviste, et qu’il assumait cela.

Georges Frèche s’est trompé de cible. Pour ne pas s’aliéner la presse et les bobos, c’est de Nicolas Sarkozy qu’il aurait dû parler ainsi. Imaginez l’ancien maire de Montpellier dire que le Président de la République avait une tronche pas trop catholique ! Vous croyez vraiment que le lynchage aurait été semblable ? Bien sûr que non ! Au contraire, les ex-faux-amis de Georges Frèche auraient applaudi à deux mains. Je n’ai pas oublié tous les vrais dérapages antisémites dont Nicolas Sarkozy a été victime, tout au long de sa campagne présidentielle. Liliane Kandel, féministe historique, femme de gauche, s’en était émue, mais s’était surtout indignée du silence de ses vieux amis de gauche, et d’une bonne partie de la presse.

[http://www.liberation.fr/tribune/0101102376-lettre-a-mes-vieux-amis->http://www.liberation.fr/tribune/0101102376-lettre-a-mes-vieux-amis]

Cette même presse, d’ailleurs, ne s’était pas beaucoup émue devant le déferlement antisémite qui a submergé la France, durant les événements de Gaza, quand une grande partie de la gauche défilait avec les supporters du Hamas.

http://www.ripostelaique.com/France-te-rends-tu-compte-de-la.html

Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, qui continue d’être régulièrement invitée sur les plateaux télévisés, notamment par Frédéric Taddéi, qualifie les Blancs de souchiens : cela c’est tendance, coco. Les appels aux meurtres racistes des rappeurs contre nos concitoyens : banalités dûes aux injustices sociales ! Diams et son voile qui insultent les hommes politiques français, dans leur ensemble, dans la meilleure tradition de l’antiparlementarisme fasciste : colère compréhensible, selon l’ineffable député socialiste Jean-Marie Le Guen ! Mais Frêche osant parler de la tronche pas trop catholique de Fabius, là, pas de quartier, pas de sommations, à mort le raciste, feu à volonté !

C’est que toute cette bobocratie se reconnaît dans un Fabius, qui est autant de gauche que je suis nonne. Né avec un cuillière en argent dans la bouche (selon la truculente formule de Charles Pasqua), il est bien sûr de gauche, puisqu’il défend les sans-papiers et tout ce qui va avec le politiquement correct ! En défendant Fabius, et en lynchant Frêche, journalistes et bobos de gauche se refont une santé moraliste, à bon compte.

Alors qu’en tapant Sarkozy, Frêche aurait bénéficié des circonstances atténuantes. Nos petits commissaires politiques auraient même peut-être défendu la liberté d’expression. Ils auraient peut-être même accusé le président de la République de transformer la France en dictature, comme ils avaient osé le faire en faisant circuler une pétition grotesque pour soutenir Airy Routier, le rédacteur en chef du Nouvel Obs en ligne. Rappelons que ce dernier avait quand même rendu public, sans aucune preuve, un Sms supposé de Sarkozy, suppliant Cecilia de revenir, quelques jours avant le mariage du président de la République avec Carla Bruni… Bel exemple de déontologie, messieurs les donneurs de leçons !

Dans le petit monde de la bien-pensance, il faut bien se tenir à table. Il ne faut surtout pas dire de gros mots, ni franchir des lignes jaunes disposées par les maîtres-censeurs. Georges Frêche se tient très mal à table, et n’hésite pas à provoquer le politiquement correct… C’est donc forcément un Le Pen de gauche. Il a donné aux lyncheurs l’occasion de se défouler.

En plus, ils peuvent habiller cette mise à mort des oripeaux de l’antiracisme, et même de lutte contre l’antisémitisme.

Elle n’est pas belle, la gauche « morale », celle qu’appelle de ses voeux Martine Aubry ?

Jeanne Bourdillon

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