Le mépris de Jacques Mandelbaum, critique au « Monde », quand il dénigre « La rafle »

Publié le 22 mars 2010 - par - 1 763 vues
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Après avoir dénigré, dans un article lapidaire du Monde, daté du 24 févier 2009, « la journée de la jupe », je cite : « ce huis clos scolaire virant au polar joue sur du velours : rebondissements psychodramatiques à répétition, surf habile entre farce et drame, gros numéro d’actrice en forme de come back(sic) pour Isabelle Adjani, et morale inattaquable à la clé. Problème, c’est que tout y est tellement simplifié, tellement cousu de fil blanc qu’on a l’impression que le réalisateur prend à priori son public pour une classe à éduquer. Ce manque de complexité et de subtilité ne devrait pas permettre de ranger ce téléfilm…. »

« Ah, qu’en termes choisis ces choses –là sont dites ! » Qu’est-ce qui vous autorisait à parler d’une manière aussi péremptoire de choses que vous ne connaissez pas. Ce n’est pas mon cas, ayant passé presque toute ma carrière de professeur en ZEP ! Quant à Isabelle Adjani, elle vient de recevoir un prix d’interprétation pour ce film !

Mais , vous récidivez avec des jugements politiquement corrects, grande spécialité du journal dans lequel vous écrivez : il s’agit cette fois du film « la Rafle » que vous avez la condescendance de traiter avec un mépris souverain. Je cite : « Deux choses doivent pourtant être dites. La première, factuelle, est que, contrairement à ce que martèle la campagne en cours, la Rafle » ne nous apprend rien de fondamental sur l’événement. Sa divulgation historique, sa commémoration publique, son enseignement à l’école, son évocation par de nombreuses œuvres de l’esprit, qu’il s’agisse de littérature ou de cinéma, le prouvent. La seconde est que ce film est médiocre sue le plan esthétique.Tout le monde reconnaît Gad Elmaleh sous sa défroque de petit artisan juif trotskyste….. »

Ah bon, on enseigne à l’école la Rafle du Vel d’hiv ? Qu’est-ce qui vous autorise une fois de plus de proférer de telles inexactitudes ? Savez-vous que dans de nombreux établissements, il n’est même plus possible pour les profs d’histoire de prononcer le mot « Shoah » ? Mais dans quel monde vivez-vous ? Vous pourriez citer de nombreux films qui ont trait à ce drame ?

Savez-vous que dans les livres d’histoire, il a fallu attendre le milieu des années 1970, pour qu’enfin on aborde la collaboration et la déportation des Juifs. Que ce n’est pas un président qui se disait socialiste qui a eu le courage de dire que « la France avait commis l’irréparable » ? La liste serait longue d’énumérer tous ces manquements à la recherche de la vérité, toutes ces omissions qui n’honorent pas votre journal qui se veut de référence ; je pourrai simplement rappeler sa prise de position pour soutenir « des filles voilées » , qui avaient participé à un livre d’entretien dont le Monde avait fait la promotion en première page sur plusieurs colonnes ; mais il n’avait qu’évoqué « les Territoires Perdus de la République », livre que dans un premier temps un journaliste avait repoussé en disant « qu’il n’y avait pas de problèmes d’antisémitisme » dans les établissements scolaires ! Et ce alors que sortait le « rapport Obin » qui après une enquête minutieuse disait le contraire, tirant les sonnettes d’alarme.

Enfin parler de « défroque » ne vous honore pas : guenilles, haillons, hardes, frusques ? C’est cela que vous voulez exprimer pour parler des vêtements que porte le comédien ? Que de mépris !

Ce film est un film courageux, nécessaire, qui par le biais de la sensibilité(et je ne parle pas de sensiblerie) va toucher des personnes qui n’ont pas accès, comme c’est votre cas, à la connaissance de ce drame du 16 juillet 1942. De nombreux spectateurs interviewvés à la sortie de la projection ont exprimé leur chagrin, mais également leur totale méconnaissance de cette page honteuse de notre histoire occultée notamment par des gens imbus de leur savoir, de leurs fonctions, de leurs certitudes, se permettant de dire en permanence le « bien et le mal », bref le politiquement correct qui , en niant les réalités fait le jeu des extrémistes.

Mireille Kukawka

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