7. Le mirage d’une politique multilinguiste

Publié le 11 novembre 2008 - par
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A ce stade de l’analyse de la situation actuelle des politiques des langues en France, et par extension en Europe et dans le monde, il est nécessaire d’aborder ce que nos dirigeants politiques nous proposent, Sarkozy en tête, par cette formule du multilinguisme.

Constatons d ‘abord que le mot de « multilinguisme est une traduction littérale de la langue anglaise et devient un concept différent de pluirilinguisme que nos conceptions républicaines connaissaient c’est à dire le fait de connaître et de pratiquer plusieurs langues (dont la forme de bilinguisme) soit au niveau des individus soit au niveau des états (bilinguisme ou plulinguisme officiel avec des frontières linguistiques au moins de fait entre les populations).

La politique du multilinguisme, reprise dernièrement par Sarkozy, est de faire apprendre aux élèves de collège et de lycée, voire par un apprentissage précoce en école élémentaire, d’autres langues que les langues maternelles des élèves, langues essentiellement d’origine étrangère mais aussi d’origine régionale et communautaire.

Louable proposition certes, censée créer des ouvertures dans la communication avec d’autres populations, sauf que, dans le même temps, une majorité de la population souhaite faire apprendre à ses enfants d’abord l’anglais, car celle-ci est considérée comme la langue de la réussite individuelle pour les métiers de finances, d’économie, de spécialisation scientifique, et de toutes les formes de communication mondiales utilisées. Donc, ceux qui veulent faire apprendre en premier la langue régionale, la langue communautaire et aussi la langues transfrontarlière à leurs enfants se rabattent sur l’apprentissage obligatoire de l’anglais en second.

Que signifies donc, dans les faits, la proposition de Sarkozy, de s’engager avec tous les états européens de faire apprendre dans les écoles primaires et secondaires 2 langues étrangères utilisées en Europe, sachant que l’anglais sera de toutes façon choisie avec une langue régionale ou communautaire ou transfrontalière? Et si ce sont 3 langues, seules les langues européennes dites centrales comme l’allemand ou l’espagnol seront concernées pour ceux qui, en nombre plus que restreint, y auront acces.

Cela revient à dire que :

1/ la langue anglaise deviendra la langue de communication obligatoire de l’élite européenne, (donc de l’élite française), puisque ce sera la seule langue possible de communication mondiale. Et le rapport Attali, faisant suite ao rapport Thélot en 2004, en tire toutes les conséquences dont celui de favoriser l’apprentissage précoce de l’anglais dans les écoles primaires (avant d’être imposé).

2/ la langue régionale, communautaire, transfrontalière sera la langue enseignée favorisée dans les écoles primaires, (avant d’être imposée elle aussi, c’est aussi sous-entendu) selon son appartenance réelle ou supposée d’origine ethnique géographique ou communautaire. Seule à peine la moitié de la France (sans langue régionale encore utilisée ou communautaire ou de proximité de frontière linguistique) aura droit alors à faire un choix dans une autre langue européenne, choix qui sera par la force des choses restreint à une langue dite centrale, comme l’espagnol et l’allemand pour les petits Français.

Quelle simulacre d’ ouverture est ainsi proposée aux petits Français et autres petits européens !

La primauté de l’anglais comme langue du savoir pour l’élite (et à condition de bien la manier dans ses subtilités, le globish basique sera réservé au peuple pour qu’il puisse obéir aux ordres des décideurs économiques de culture anglosaxonne et d’être imprégné suffisamment de cette culture mondiale néolibérale).

L’imposition totalitaire dans l’enseignement et les administrations, des langues régionales à l’intérieur d’une aire géographique donnée et des langues communautaires favorisant la création d’organisations communautaristes, alliée à l’obligation prochaine de l’enseignement précoce de l’anglais, fera reculer, pour la France, l’enseignement de la langue française à l’école et sa pratique dans la société.

La mondialisation néolibérale s’appuyant sur la pratique de la langue anglaise, alliée avec les mouvements féodaux, souvent xénophobes et s’appuyant sur la pratique imposée des langues régionales et communautaires aura, pour effet voulu, l’affaiblissement progressif du lien national et de la structure politique nationale à leur profit.

Regardons un peu ce qui se passe actuellement dans l’Union Européenne.

Le Royaume Uni obtient de l’Union Européenne un transfert net de plus de 17 milliards d’euros par an, soit 3 fois le ticket britannique, à travers l’enseignement de l’anglais et son utilisation par de multiples traducteurs notamment dans l’Union Européenne. Cette évaluation est faite par le rapport GRIN de Septembre-Octobre 2005 sur l’enseignement des langues étrangères comme politique publique, rapport remis au Haut Conseil de l’évaluation de l’école, organisme dépendant du ministère de l’Education Nationale en France. Cette évaluation est faite à partir de celle effectuée en 2001 par le British Council, organe du gouvernement britannique et rapportée par le Pr Robert Philipson.

La part des documents en langue anglaise soumis à la Commission européenne est passée de 30% en 1989 à 55% en 2004 et ne cesse d’augmenter

Le Parlement européen a mis en place un système de « langues relais » qui consiste à faire traduire d’abord les textes les plus utilisés dans les langues les plus utilisées (anglais, français, allemand), mais l’anglais devenant prédominant, sont embauchés en priorité les traducteurs de langues maternelle anglaise.

Ce meme rapport Grin démontre que toute politique de multilinguisme (ou de plurilinguisme) ne réduit pas les coûts toujours en faveur de l’économie du Royaume Uni et comporte des risque d’érosion des langues nationales en faveur de la langue anglaise.

Nous commençons ainsi, à travers tous les constats et analyses faites dans tous les articles précédents à concevoir une politique publique des langues de conception républicaine, dont nous rappelons succinctement les premières ébauches :

 défense des langues nationales soustendant le concept républicain de l’état-nation qui doivent garder l’exclusivité des actes officiels.

 refus d’imposer l’enseignement des langues régionales sur une base ethnique que ce soit d’une aire géographique ou d’une filiation communautaire réelle ou supposée, mais promotion de celles-ci, à condition qu’elles présentent un réel intérêt culturel certain et nombres de locuteurs les pratiquant, toujours sur une base de volontariat pouvant aller au delà de la frontière ethnique géographique ou communautaire.

 créer les conditions pour stopper à moyen terme les effets de l’impérialisme linguistique de la langue anglaise, non seulement par une politique de plurilinguisme, dans lesquelles peuvent entrer les langues régionales et communautaires encore utilisées par un grand nombre de locuteurs, mais aussi par les préconisations à long terme du rapport GRIN (rappelons que c’est un rapport officiel remis à un organisme du ministère de l’Education Nationale en France en Septembre-Octobre 2005), préconisations de développer à moyen terme l’enseignement et l’utilisation de la langue Espéranto, dont les qualités sont unanimement reconnues par les linguistes (ou tout au moins par ceux qui l’ont étudié) :

– facilité d’apprentissage pour une utilisation habituelle

– extraordinaire possibilité de traduire toutes les subtilités de la pensée et des concepts permis dans diverses langues par son mécanisme de construction agglutinant;
– remarquable moyen propédeutique évalué par de nombreuse études pour apprendre par la suite d’autres langues langue dite « neutre » ou « anationale » donc a priori non susceptible d’impérialisme linguistique vis à vis des langues nationales.

– langue parlée et écrite déjà par 2 à 3millions de personnes dans le monde (5 à 6 millions la comprennent car elles l’ont a déjà apprises bien qu’elles ne s’en servent plus), ce qui en fait la 3ème langue désormais utilisées dans les communications par internet b(après seulement l’anglais et l’espagnol).

– langue dont l’ utilisation et l’enseignement s’accélèrent dans certains pays comme la Chine et les pays de l’est Europée, mais aussi le Brésil.
et ce qui ne gâte rien, langue possédant déjà une riche littérature aussi bien propre à la langue que de traduction des langues nationales et anciennes, et de toutes les recherches scientifiques actuelles.

C’est ce que nous allons aborder dans le prochain article.

Valentin Boudras-Chapon

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