Le pape en visite aux Etats Unis : Bush peut lui dire merci

Publié le 22 avril 2008 - par
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Le Président des Etats-Unis en fin de mandat, a accueilli en grandes pompes le pape Benoit XVI, allant même jusqu’à se déplacer pour l’accueillir à son atterrissage, fait tout à fait exceptionnel. Mais le jeu en valait la chandelle ! Car ce président,véritable catastrophe pour son pays comme pour beaucoup de peuples au monde, avait bien besoin d’un tel soutien pour tenter de redorer son blason.

Alors que son prédécesseur, Jean Paul II, avait condamné assez fermement la guerre en Irak, les critiques de son successeur ont été fort discrètes. Le pape a demandé à Dieu d’apporter « la paix dans un monde violent » et de « faire retrouver le chemin de l’amour à ceux dont le coeur et l’esprit sont consumés par la haine ». Perfidement, on peut se demander si ce message s’adressait à George W. Bush dont l’esprit semble assurément consumé par la haine n’hésitant pas à légitimer la torture. Plus vraisemblablement, sans doute convient-il de lire ses propos dans le cadre de e que Samuel Hutington a appelé le choc des civilisations , le bien étant du côté de l’Amérique et le mal chez ses adversaires.

S’il s’est montré également discret pour condamner la peine de mort, en revanche, il s’est résolument engagé au cours d’une messe célébrée devant près de 60.000 fidèles au Yankee Stadium de New York contre l’avortement en rappellant aux fidèles les « seules vérités qui garantissent le respect de la dignité et des droits de chaque Homme », citant notamment les droits « de chaque femme et de chaque enfant dans le monde, y compris des enfants non encore nés dans le ventre de leur mère ».

Devant l’assemblée générale de l’ONU (on se demande bien pourquoi l’ONU le reçoit) il a défendu la loi naturelle de Dieu et l’importance des libertés religieuses et dans cette logique, il a évidemment particulièrement condamné le droit à l’avortement et le soutien qu’accorde l’ONU à la planification des naissances. Au nom de cette prétendue « loi naturelle », il entend interdire la reconnaissance de l’avortement comme un droit. Rien de très nouveau dans ce discours papal qui renoue avec une conception catholique marquée par le fondamentalisme et la tradition et qui caresse dans le sens du poil les pratiquants d’un pays où nombre d’Etats refusent d’enseigner les théories de l’évolution et où la laïcité est conçue avant tout comme la tolérance de toutes les religions y compris des sectes.

Mais il aggrave son cas, en venant ajouter sa pierre aux pressions exercées sur l’ONU notamment par les Etats islamiques regroupés dans l’OCI (organisation de la conférence islamique) qui font pression pour que la religion soit reconnue comme un droit fondamental et militent pour que l’islamophobie soit condamnée au même titre que le racisme et l’antisémitisme (1). Or, dans le cadre notamment et non exclusivement, de la préparation d’une nouvelle conférence contre le racisme et la xénophobie (Durban II) , une nouvelle offensive est en préparation visant en autre à condamner pour islamophobie la France pour la loi qui interdit le port du voile dans le cadre scolaire ainsi que les pays qui ont interdit la burka.

Ainsi, ce voyage qu’aucun événement particulier n’imposait, intervenant dans un contexte de campagne présidentielle bien avancée (comme on est très honnête on va préciser qu’il a été avancé pour éviter le mois d’octobre) témoigne de la volonté manifeste de Benoît XVI d’apporter un soutien explicite et appuyé au Président sortant, un « born again » alors que son bilan tant sur le plan international, économique ou social est particulièrement désastreux.

« Dieu bénisse l’Amérique ! » a répété à plusieurs reprises le pape. Mais nous mécréants que nous sommes, on se demande bien pourquoi ?

Gabrielle Desarbres

(1) L’OCI regroupe 57 Etats arabes et/ou islamiques et dispose d’une délégation permanente à l’ONU comme le Vatican d’ailleurs.

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