Le peuple est seul, vive le peuple !

Publié le 8 novembre 2010 - par
Share

Le peuple de France est seul. Telle est la grande leçon de l’ actualité des derniers mois. Laché par ses élites dirigeantes depuis plusieurs décennies, il est désormais placé sous la tutelle « morale » d’autorités internationales qui se chargent de lui dicter sa conduite. Commission européenne,ONU, autorités religieuses, gouvernements étrangers, responsables politiques américains, commentateurs de l’actualité; tout ce beau monde pendant des semaines a sermonné la France sur le dossier de l’expulsion des roms et la montée du rejet des populations issues de l’immigration. Une offensive massive et concertée qui vise à faire comprendre au peuple français qu’il n’est plus libre de choisir qui appartient ou non à sa communauté et qu’il n’est donc plus maître de son destin. Le nouvel ordre mondialisé impose son implacable rigueur aux peuples européens. Il est d’évidence plus facile à ses donneurs de leçons de tancer les Français, les Hollandais ou les Danois que d’éxiger du monde musulman qu’il instaure la liberté religieuse ou d’obliger la Chine à respecter la culture tibétaine et son territoire.

La  » bête immonde »: le retour?

La lecture de la presse internationale est édifiante, avec une floraison d’articles qui agitent le spectre du retour du fascisme sur le vieux continent.  » Intolérante Europe », titre un éditorial du Wall-Street Journal écrit par un certain James Kirchick qui déclare  » qu’à travers la controverse sur la mosquée de Ground Zero la grande majorité des américains témoigne de son respect des opinions contraires et que c’est du côté de l’ Europe, une fois de plus ,qu’il faut craindre les pulsions les plus sombres ». Utilisant une technique d’amalgame particuliairement vicieuse, le journaliste américain affirme que ce rejet ne touche pas seulement les musulmans mais aussi les juifs , » pratiquement exterminés sur le continent 60 ans auparavant ». Pour étayer ce scandaleux rapprochement, l’auteur cite un recent sondage du Pew Global Attitudes qui souligne, notamment, que 20% des Français disent avoir une opinion  » plus ou moins négative des juifs », sans préciser pour autant que ce chiffre est pratiquement stable depuis 40 ans avec une tendance à la baisse. 25% aurait répondu la même chose une vingtaine d’année en arrière.

Le New York Times publie pour sa part l’article d’un journaliste autrichien, Erhad Stackl, qui s’alarme de la montée de  » l’extrême droite » en Europe. Commentant le livre de Thilo Sarrazin sur l’impact négatif de l’Immigration musulmane sur la société allemande, le journaliste écrit « Tout comme les Suédois, les Danois et les Néerlandais ont jeté leur réputation de tolérance aux orties, on peut s’attendre à ce que les Allemands suivent un jour cette tendance. Les digues dressées par la mémoire des crimes du national-socialisme ne retiendront pas éternellement les flots de la xénophobie. A l’époque, comme aujourd’hui, les arguments rationnels avaient été évacués du champ politique au profit de l »émotion à tous crins ».

Outre le sempiternel et odieux rapprochement avec le nazisme, tous ces textes et déclarations ont un point en commun qu’il faut absolument relever: ils parlent toujours du point de vue du non européen considéré d’évidence comme une victime détentrice d’un droit moral sur l’Europe, sans que jamais le point de vue des peuples ne soit pris en compte. L’homme européen, dépossédait de son histoire, n’est plus qu’une variable d’ajustement aux besoins des autres peuples. L’Européen n’existe pas non plus en tant qu’individu doté d’une capacité de raison, d’observation et d’analyse. Il n’est qu’une masse indifférenciée traversée de pulsions obscures. Ses arguments ne sont jamais présentés, ou, s’ ils le sont , ils sont forcemment irrationnels, primaires et vulgaires. Il ne sont pas soumis à une confrontation éclairée au réel. Après tout, au lieu de considérer d’emblée que les peuples du Nord de l’Europe « trahissent » leur  » réputation » de tolérance , on peut aussi se demander si ce n’est pas leur tolérance avérée ( ce n’est pas qu’une réputation, ils l’ont largement prouvé) qui aujourd’hui les pousse a réagir plus fermement que d’autres à ce qu’ils considèrent comme une atteinte grave à leur culte de la tolérance.
Pour s’en tenir à un seul exemple, il est somme toute logique que plus l’exigence d’égalité entre les sexes est forte, plus le rejet de la cuture de ségrégation des sexes véhiculée par le monde musulman soit puissant. Mais ce n’est pas la logique la plus évidente qui s’impose comme thèse dominante. Ce n’est même jamais sous l’angle de la raison rationnelle que les choses sont abordées par la pensée « correcte »; mettre des faits en perspectives et les confronter, c’est prendre le risque de mettre en exergue la force des arguments de l’autre. Plus un débat est noyé sous les incantations moralisantes, plus la raison de ceux qui les utilisent est faible. C’est désormais une loi quasi mathématique du débat publique.

A ce propos, le Pape a perdu une occasion de se taire, en invitant la France , par l’interpellation de son gouvernement, à « acceuillir la richesse de la diversité humaine ». Un pays qui en quelques décennies a connu un tel bouleversement de la composition de sa population sans avoir subi de conquête par les armes, est un fait historiquement sans équivalent. En terme de diversité, les Français n’ont à recevoir de leçon d’absolument personne. Pour être tout a fait juste, il faut cependant souligner que le Pape, peu après, a rappelé que les nations avaient le droit de « réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières  » . Il ajoutait même, les immigrés doivent « respecter les lois et l’identité nationales des pays d’accueil ».

Une surveillance globalisée

Les silences complices des élites et le poids des instances « morales » mondialisées donnent une nouvelle dimension au débat politique qui agite l’Europe et le monde occidental probablement. Les peuples sont sous surveillance globalisée. Un article de l’International Herald Tribune écrit par l’éditorialiste James Carroll , sous le titre  » La montée de la xénophobie » , dans le même esprit que l’article précédemment cité du Wall-Street Journal, évoque le parallèlle entre la montée des mouvements populistes aux Etats-Unis et en Europe, pour la dénoncer bien évidemment.  » Une hostilité générale à l’égard des immigrés des deux côtés de l’Atlantique est entrain d’ébranler les fondations de la démocratie libérale », note le journaliste. Mais, ce dernier, comme l’auteur du WSJ, pose une différence de fonds entre les deux continents. D’un côté, « le mécanisme caché du bouc émissaire peut devenir incontrolable, comme l’a démontré l’Allemagne dans le passé » alors que d’un autre côté,  » si l’on peut créditer les Etat-Unis d’un triomphe durable, c’est celui d’avoir toujours su surmonter ces pulsions obscures » « L’idéal américain, conclut-il, est à nouveau menacé, et une fois encore, le monde est suspendu à l’affirmation de sa raison d’être ».

Une question se pose alors indubitablement face aux propos préapocalyptiques des éditorialistes qui portent la parole morale de l’idéologie libérale mondialisée dans les organes de presse qui l’incarnent au premier chef: si le mal qu’ils dénoncent- le sursaut identitaire des peuples européens face à l’immigration musulmane d’abord et avant tout- est bien un mal absolu ( tout renvoi au nazisme ne peut que pointer un mal absolu), n’est-il pas alors légitime de lui opposer des armes de rétorsion absolue? Emergence étrange d’un nouvel « axe du mal » où une Amérique pure et dure se donnerait une nouvelle mission morale pour ramener la vieille Europe à la raison du  » nouvel ordre mondial », comme de vulgaires Saddam Hussein, Ahmadinejab ou Kim il Sung!

La réalité bien sûr est plus complexe, et le phénomène des tea parties qui rabat les cartes de la politique américaine montre bien que ce qui travaille l’Europe, travaille aussi l’Amérique. Si l’on oublie un instant le côté conservateur et religieux des tea parties qui différencie foncièrement la culture politique américaine de la culture politique européenne (et qui peut légitimement géner des esprits attachés à la laïcité), il n’en reste pas moins vrai que ce phénomène est riche d’enseignements pour les opinions publiques européennes qui regardent l’Amérique comme une terre d’ innovation d’où émergent les forces de l’avenir. La leçon est claire: dans le cadre d’une nouvelle société interconnectée, les peuples en se mobilisant à partir des forces de la société civile, peuvent mettre en échec les stratégies des élites dirigeantes. A chacun d’inventer ses nouveaux modes d’action dans son monde propre, mais la bréche est ouverte par la force de l’exemple.

Pour en finir avec l’invisibilité du peuple

es peuples d’Europe sont seuls , mais ils ne sont pas démunis. Tout dépend d’eux désormais. Outre l’éléction, de nouveaux moyens de communication et d’action peuvent leur permettre, sans violences illégales, de se réapproprier leur destin. Cet enjeu politique, bien plus que la fantasmatique rénovation de la gauche, la pseudo « rupture » des droites ou les voies sans issue du centre, devrait structurer le débat sociétal des années à venir. Les temps changent et le sentiment de grande vulnérabilité qui étreint depuis plus de deux décennies les classes populaires, dans l’indifférence générale des élites dirigeantes, touche désormais les classes moyennes.

Il faut lire à ce propos l’exellent ouvrage du sociogéographe Christophe Guilluy sur les « Fractures françaises » (François Bourin Editeur). Ce livre montre, de manière décisive, comment une forme sournoise d’apartheid sociale a relégué les couches populaires françaises dans les territoires les plus éloignés des métropoles, et donc les moins développés économiquement, augmentant du même coup leur précarité. Un processus qui s’est construit sur deux phénomènes convergents: l’éviction économique des grandes villes par les nouvelles classes bourgeoises (en gros, les fameux bobos) , et l’éviction sécuritaire des banlieues proches au contact difficile de nouvelles populations. (Les élites dirigeantes qui se protégent de ce contact, expliquant au peuple, trop bête pour comprendre, la chance extraordinaire qu’il avait enfin de vivre dans la « diversité »!). « Mondialisation libérale et muticulturalisme, ces thématiques majeures font l’objet d’un consensus politique et ne sont donc pas ou peu intérrogées, écrit Christophe Guilly. Il faut dire que les principales victimes de la mondialisation et les pratiquants ( contrairement aux croyants) de la société multiculturelle ont disparu depuis au moins trois décennies des écrans radars des politiques et des medias. Cette invisibilité des couches populaires permet ainsi de promouvoir une société apaisée où le conflit n’a pas plus sa place…Ce déni de tout antagonisme social fait écho à l’absence de débat sur l’émergence d’une société dite multiculturelle… L’invisibilté culturelle des catégories populaires met ainsi à l’abri le politique de la violence sociale et culturelle qu’elles subissent de plus en plus da ns la réalité ». On ne peut mieux dire!

C’est cette invisibilité qu’il faut briser. Cette  » Drukérisation » de la société qui ,sur la base d’une grande connivence entre gens bien installés, impose une vision lisse, aseptisée et complaisante du monde (à l’exception du crime impardonnable qu’est le racisme! – celui des petits blancs, bien sûr).
Toute action qui met en exergue ce que le système occulte revêt désormais une force subversive singulière. Les images des rues bloquées par les prières publiques, les bandes éthniques ratonnant les blancs à la techno parade, les appels à la guerre sainte, sans riposte de la force publique, dans les rues d’une ville de province ordinaire, les drapeaux français brulés à l’issue d’un match de foot, l’exclusion grandissante des classes populaires blanches du logement social , l’éthnicisation galopante de territoires entiers, camouflée sous le vocable social de « quartiers populaires » …etc, tout ce que les grands médias dissimulent et que la classe politique tait, forme désormais le substrat d’une contre culture du net qui peu à peu devrait finir par ébranler le monolythisme du système et ses représentations lénifiantes.

Outre l’action des sites comme Riposte Laïque qui ont le courage de montrer ces réalités cachées, les citoyens doivent apprendre à se mobiliser pour lancer des campagnes de « harcelement citoyen » auprès des pouvoirs publiques ou des medias coupables de désinformation patente ou de décisions, ou de non décisons, qui trahissent l’esprit de la République. Les mouvements populaires aux Etats-Unis ont à cet égard beaucoup à nous apprendre sur l’art du lobbying et de l’action de masse. Notons à ce propos, que les apéros pinard saucisson représenteront peut être dans les années qui viennent l’équivalent pour la France des tea parties américaines, en terme de rupture politique et d’impact sociétal.

Ouvrir des brèches

Le système globalement contrôle ce qui le conteste en le cantonnant à la marge , avec, si possible, une qualification d’extémisme. Pourtant, des bréches se créent parfois et, une fois ouvertes, ne peuvent plus véritablement se refermer. L’exemple de l’ouvrage de Thilo Sarrazin en est un témoignage frappant. 600000 livres vendus en quelques semaines, et la chancelière allemande Angela Merkel obligée de poser le bilan d’échec de la société muliculturelle après avoir du réaffirmer l’identité chrétienne de l’Allemagne face à un président de la République Christian Wulff, qui crut judicieux de déclarer que l’Islam faisait désormais partie de l’identité allemande. Il faut dire que plus de 60% des allemands se déclaraient d’accord avec l’analyse du directeur de la Banque centrale européenne et que les militants du SPD rejetaient massivement le principe de son exclusion du parti social démocrate. Le coup se révélait particulièrement rude, non seulement il venait du coeur du système, mais de son sommet même, ce qui le rendait pratiquement impossible à occulter aux yeux du peuple. Quand la stratégie d’occultation ne peut fonctionner, la sanction du coupable- Thilo Sarrazin a été contraint de démissioner de ses fonctions à la BCE- apparait presque comme un aveu d’échec car sa pertinence dépend alors du jugement du public. Et clairement, au tribunal de l’opinion publique, Sarrazin a gagné son procés.

Le bilan en terme d’opinion publique de la controverse entre Paris et Bruxelles sur l’expulsion des roms laisse une impression plus mitigée. Les sondages révélent des points de vue relativement contradictoires, mais plutôt défavorables au gouvernement français.Mais les victoires de la Commission européenne ressemblent de plus en plus à des victoires à la Phyrus. En exhibant son pouvoir de coercition alors que sa légitimité institutionnelle est déjà bien faible, elle descend dans l’arêne politique et ne pourra plus éviter d’être à son tour atteinte par le questionnement qui touche les élites dirigeantes nationales. Pourquoi n’avez-vous pas anticipé le problème? pourquoi avez-vous agi comme s’il n’existait pas? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la question rom n’avait rien d’imprévisible.

Non, ce n’es pas la  » tentation fasciste » des peuples qui menace aujourd’hui la stabilité de l’Europe. Toutes les études, comme les comportements, prouvent l’attachement farouche de ses populations aux acquis des démocraties ouvertes. Le vieux continent est d’abord menacé par l’incurie de ses dirigeants, bien en déçà de ce que les bouleversements en cours du monde exigeraient. La crise économique et la violence civile et sociale grandissante mettent à mal les trois piliers de l’idéologie dominante des classes supérieures européennes: l’élargissement de l’Union européenne accompagné du triomphe de la monnaie unique, la création d’une société multiculturelle hamonieuse et la mondialisation heureuse. Face à ce constat de plus en plus manifeste, le retournement le plus spectaculaire à venir dans le débat public est celui qui fera porter prioritairement la charge de la responsabilité, et donc de la culpabilité, sur le dos des élites dirigeantes et non plus sur celui du peuple quand ces dernières agissent à l’encontre des attentes populaires. La démocratie n’a vraiment rien à craindre de cette réalité qui s’annonce.

Didier Beauregard

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.