Le pire de la théologie papale

Publié le 24 janvier 2011 - par
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Réponse à Radu Stoenescu

Je vais lire « Islam », le livre de Hans Kung sur lequel Radu attire notre attention dans son article de RL n°180. Mais avant même cette lecture il me semble que l’article constitue une belle occasion ratée.

Si Kung espère faire disparaître la violence islamique en effaçant les différences fondamentales entre le message des Evangiles et celui du Coran, s’il tient à rapprocher le catholicisme de l’islam en affaiblissant la doctrine « jésuïste » de la première de ces deux religions, s’il tient à minimiser l’immense espace qui sépare l’admirable Jésus, exemplaire dans le don de soi, et le cruel Mohamed, contre-exemple en humanité, son entreprise est évidemment vouée à l’échec, et plus que contestable sur le plan de la morale.

Mais est-ce bien de cela dont nous entretient Radu ? Non. Il se fait théologien catholique pour défendre fermement le dogme de l’Incarnation et de la Trinité. Pourquoi pas ? C’est évidemment son droit, et je suis sûr que Radu peut exceller dans la théologie comme il excelle dans la philosophie (si l’on tient, comme on a coutume de le faire, à les situer sur des plans séparés). Mais n’y at-il pas aujourd’hui plus sérieux et plus important, chez ceux qui luttent contre l’islamisation de la France et de l’Europe, que de voir ainsi les choses :

« Rejeter l’Incarnation reviendrait, du point de vue du logiciel de pensée occidental, non seulement à détruire le christianisme, mais aussi à détruire la laïcité, et ultimement à resacraliser le pouvoir politique, comme cela s’est passé avec les nazis, les staliniens, les maoïstes, et les polpotistes, tous farouchement anti-chrétiens. »

Je crois beaucoup plus nécessaire et plus urgent de combattre la position de l’Eglise actuelle sur la prétendue volonté de violence de Dieu. Elle n’est pas à proprement parler un dogme, seulement un entêtement dogmatique mais de la pire espèce : en ce début de troisième millénaire et de recrudescence de la violence religieuse effective, la prétendue violence « voulue par Dieu » doit être considérée comme bien réelle, et parfaitement justifiée dès lors qu’on la limite à l’Ancien Testament et qu’on prend soin de « bien l’interpréter ». C’est-à-dire, cela va de soi, si on ne la relance pas au 7e siècle de notre ère, « en l’interprétant mal » et en lui assignant de mauvais objectifs lors de la création de l’islam.

Illustrons brutalement la conception catholique de la « bonne violence de Dieu » par l’exemple le plus stupéfiant : comme il est dit dans la Bible c’est bien Dieu qui commande à Josué de massacrer tous les cananéens, en veillant à ce qu’il ne reste pas un seul survivant, c’est à dire en réalisant très précisément ce qu’on nomme aujourd’hui un génocide. Mais le catholique de 2011 doit veiller à « bien interpréter » cet « authentique commandement de Dieu ».

Le Nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique, édité en 1998, confirme que le tout de l’Ancien Testament est « conforme au désir de Dieu » ( passage 106). La Bible annotée de Jérusalem, éditée en France en l’an 2000, nous donne la « bonne interprétation » du Livre de Josué. Les chapitres 3, 4, 7 et 8 décrivent avec de nombreux détails la conquête du nord et du sud de Canaan. Chaque fois que le « Dieu Sauveur » livre une cité à son peuple en lui assurant la victoire il insiste pour que tous les ennemis soient « passés au fil de l’épée » afin que ne reste absolument aucun survivant. La consigne est respectée, jour après jour, jusqu’à la fin du massacre. Une note en marge nous dit la leçon que nous devons en tirer : « La puissance de Josué réside dans son total abandon à la volonté de Dieu. Il fait comme Yahvé lui avait dit. Il préfigure ainsi le Christ Jésus dont la toute puissance sera l’obéissance jusqu’à la mort : « non comme je veux, mais comme tu veux ».

Jésus donnera sa propre vie dans l’obéissance à « Dieu son Père », et il la donnera pour faire comprendre aux humains qu’ils « doivent s’aimer les uns les autres ». Josué massacre tout un peuple pour occuper sa terre mais il faut comprendre, selon les théologiens « interprétant correctement » que, dans les deux cas, c’est le même enseignement qui est donné au lecteur ! C’est ce qu’annonce d’ailleurs explicitement l’introduction au Livre de Josué : « L’ensemble du livre est une figure de la vie et de l’œuvre qui seront celles de Jésus-Christ. Le Dieu Sauveur fait entrer son peuple, l’humanité, dans la Terre promise, figure du royaume à venir, le Royaume des Cieux.

Et les « bons interprètes » n’hésitent pas à créer, dans cette Bible de l’an 2000, un personnage unique à deux têtes, deux âmes, deux conceptions humaines complémentaires, pour eux très cohérent, qu’ils nomment « Josué-Jésus » !

On pourrait croire que, dans mon article de septembre 2010 d’où je tire ces lignes, je laisse croire moi-même à une égalité de valeur entre le christianisme et l’islam. Il n’en est rien, et je dis clairement ceci, dans la partie 2, à propos du Coran comparé aux livres sacrés antérieurs :

« Je crois pourtant que ce livre sacralisé est beaucoup plus dangereux, pour le monde présent et à venir. D’abord parce qu’il est beaucoup plus récent et qu’il n’a pas été suivi, comme l’Ancien Testament, par un équivalent des Evangiles. Ses appels à la « juste » violence sont donc considérés par l’islam comme toujours valables.

Ensuite parce que le prophète Mohamed explique en plusieurs endroits que le pire est de mal croire. Et puis parce que le livre fait un devoir aux « soumis à la volonté de Dieu » de combattre jusqu’à sa totale domination sur le monde. Et encore parce que Mohamed leur enseigne qu’ils constituent une communauté supérieure à tout le reste de la société, et que les lois de celle-ci sont inférieures à celles de leur Dieu, qui doivent donc les remplacer. »

Mais il n’est pas raisonnable d’espérer – et demander avec insistance comme nous le faisons à juste titre – un rejet, par les musulmans, de leur théologie criminogène tout en tolérant que l’église catholique continue d’enseigner la sienne. La réalité est que, comme tout le monde, nous sommes victimes des hypocrites responsables de l’institution catholique. Nous nous rassurons, comme ils le souhaitent, en donnant une valeur exagérée à la précision selon laquelle cette théologie n’est plus applicable. Et, comme ils le souhaitent plus encore, en la laissant au domaine des spécialistes de la théologie, loin des projecteurs médiatiques, lesquels ne mettent en lumière que le message évangélique, avec lequel elle est manifestement incompatible.

Voir ici mon texte (long et fatiguant, j’en conviens mais je n’ai pas voulu bâcler la réflexion) « Benoît XVI, premier responsable de la violence religieuse »

http://www.centpapiers.com/benoit-xvi-premier-responsable-de-la-violence-religieuse-1/38279

(Je regrette mon titre provocateur, par lequel je voulais attirer l’attention des catholiques pacifiques un peu exigeants sur la doctrine de leur église. J’ai constaté que je les ai, au contraire, détournés de la lecture)

Pierre Régnier

(membre de Résistance Républicaine)

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