Le racisme est incompatible avec la laïcité

Publié le 7 avril 2010 - par - 455 vues
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« Tous les Hommes naissent libres et égaux en droit ». Ici, la notion d’égalité signifie qu’aucune personne a plus d’importance qu’une autre, quelles que soient ses origines, sa condition sociale, sa filiation, son appartenance culturelle et religieuse. Mais, bien entendu, il s’agit bien d’une égalité de droit et non d’une égalité de fait. Chaque individu est, de fait, inégal par rapport à un autre, tout simplement parce qu’aucun individu est identique à un autre. Alors, l’égalité entre les personnes signifie bien qu’elles ont toutes les mêmes droits.

Faisant suite à cela, nous pouvons dire que tout traitement inégal de personnes ou de groupes, quelles qu’en soient les raisons, peut être qualifié de discrimination car cela revient bien à exclure des individus. C’est bien là que réside une des avancées majeures des Droits de l’Homme car même si tous les Humains sont inégaux de fait, ils doivent être traités, en droit, de manière égalitaire et équitable. Aucune hiérarchisation n’est donc admissible sur la base d’une inégalité de fait et sur la base de différences réelles entre les individus ou les groupes.

Quelle que soit l’approche mise en œuvre, les définitions du racisme se rejoignent.
Pour Tahar Ben Jeloun, dans son livre « Le racisme expliqué à ma fille », « il consiste à mépriser des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres ».
Pour le Larousse, c’est « une idéologie et un système qui affirment la supériorité d’un groupe racial sur les autres car cela se fonde sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains.
Pour le site internet www.racisme.free.fr, « le racisme est une théorie selon laquelle il existerait des races humaines qui présenteraient des différences biologiques justifiant des rapports de domination entre elles et des comportements de rejet ou d’agression. Le racisme est le fait de croire en la supériorité d’un groupe humain, défini comme une race, et à la supériorité de ce groupe sur tous les autres. »

Pour Axel Kahn, dans son livre « Et l’Homme dans tout ça », « le racisme est la théorie de la hiérarchie des races humaines, théorie qui établit en général la nécessité de préserver la pureté d’une race supérieure de tout croisement et conclut à son droit de dominer les autres. » Au passage, il affirme que « les races humaines n’existent pas, au sens où l’on donne au mot « race » lorsqu’on parle des races animales. » En effet, la notion de race n’a aucun fondement biologique et encore moins génétique.

Alors, il est clair que le racisme s’appuie sur l’inégalité de fait et sur des caractéristiques différentes entre les Humains et les groupes, pour la transformer en inégalité de droit. Cette hiérarchisation entre différents groupes n’étant là que pour justifier l’asservissement et la domination de ces derniers par le groupe qui va se définir lui même comme étant au sommet de cette hiérarchie.

Bien au contraire, le concept républicain de laïcité vise à un égalitarisme de droit quelles que soient les croyances, les non croyances et les religions de références des individus. En effet, la laïcité garanti la libre pratique de toutes les religions, tant que cette pratique est en concordance avec la constitution et les lois. A aucun moment la laïcité n’introduit une quelconque hiérarchie entre les religions. Quand d’aucuns affirment la prééminence des valeur chrétiennes et quand d’autres affirment que tous non musulmans est inférieur, ce sont bien eux qui introduisent une hiérarchisation et une catégorisation discriminatoire entre des groupes humains. Justement, en s’interdisant toute hiérarchisation entre les religions, la laïcité s’interdit toute discrimination du fait de l’appartenance à une religion, à une autre, ou à aucune.

Mais, être laïque n’interdit pas de critiquer telle ou telle religion et telle ou telle pratique religieuse. Un racisme antireligieux consisterait à dire que tel ou tel groupe d’individus est inférieur, donc doit bénéficier de moins de droits, du fait qu’il pratiquerait une religion particulière par rapport à une autre.

Quand Gérard Longuet, président du groupe UMP au sénat, indique qu’il ne vaudrait mieux pas que Malek Boutih soit nommé à la tête de la halde car il n’a pas la couleur de peau adéquate et qu’il ne pratique pas la bonne religion, cela n’est-il pas raciste et discriminatoire ? Selon les définitions données plus haut, nous pouvons dire que oui et pourtant il n’est pas inquiété par les maîtres censeurs du Mrap, du Cran et consorts. D’autant plus que Gérard Longuet dit lui même que ce n’est pas parce que l’impétrant potentiel serait incompétent. Y aurait-il une lutte contre le racisme à plusieurs vitesses dans ce pays ? Y aurait-il des indignations sélectives ? Poser la question, c’est déjà y répondre. La Halde elle même aurait du s’insurger contre cela.

Un individu doit-il avoir moins de droits du fait de son appartenance à un parti politique minoritaire ? Non. Un individu doit-il avoir moins de droits du fait de son appartenance à un groupe social donné par rapport à un autre ? Non. De la même manière, un individu ne doit pas avoir plus ou moins de droits du fait de son appartenance, ou de sa non appartenance, à tel ou tel groupe religieux. C’est bien ce que garanti notre République laïque une et indivisible. Et c’est bien ce que tout laïque demande à tous les croyants quels qu’ils soient, à savoir qu’ils respectent les mêmes lois que tous les concitoyens. L’appartenance à une religion, ou le fait de ne pas croire, ne peut en aucun cas procurer plus ou moins de droits par rapport à l’ensemble de la société. La laïcité est donc profondément égalitariste en droit, tout en reconnaissant qu’il peut y avoir des pratiques religieuses différentes dans une même société, c’est ce qui fait sa grandeur, sa sagesse, sa force et sa beauté.

A aucun moment n’apparaît, dans les colonnes de Riposte Laïque, une quelconque hiérarchisation des religions, à aucun moment il est dit qu’une religion serait supérieure à une autre, à aucun moment il est dit que tels ou tels croyants, ou non croyants, devraient bénéficier de plus ou moins de droits par rapport à d’autres. A-t-on déjà lu dans ces mêmes colonnes que les musulmans, les catholiques, les bouddhistes, les juifs, les protestants … seraient ou devraient être des sous citoyens ? Assurément non et si quelqu’un dit le contraire qu’il le démontre, preuves littérales à l’appui.

Il est quand même plus que surprenant que la simple demande d’application de la loi républicaine conduise à se faire traiter d’intolérant, de raciste et soit interprétée comme une demande discriminante. Encore une fois, il ne s’agit pas d’interdire les pratiques religieuses quelles qu’elles soient, mais de faire en sorte qu’elles n’envahissent pas l’espace public et qu’elles respectent les lois et les Droits de l’Homme. Car enfin et à l’inverse, se pose-t-on la question de savoir s’il y a des personnes qui sont choquées, par exemple, par les prières musulmanes dans les rues ? Se pose-t-on la question de savoir si des gens sont choqués qu’une partie de leurs impôts servent à financer, même indirectement, des lieux de culte ? Assurément non et, pire encore, si d’aucuns disent que c’est le cas, ce sont eux qui passent pour intolérants et racistes, alors que leurs demandes ne consistent qu’à renvoyer ces pratiques dans la sphère privée, dans des lieux non financés par des représentants de l’Etat.

Riposte Laïque ne fait que demander, par exemple dans sa critique des « accommodements raisonnables » à propos des financements indirects par des représentants de l’Etat de la construction de lieux de culte, l’application de la laïcité, telle que définie dans la loi de 1905, par toutes et tous. En ce sens, accuser Riposte Laïque de racisme relève bien d’une malhonnêteté intellectuelle, car son contenu est éminemment républicain.

Hervé BOYER

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