Le scandale de l’Eglise et de la pédophilie

Publié le 22 mars 2010 - par - 419 vues
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C’est par centaines que l’on compte les nouvelles allégations d’abus sexuel d’enfants venant éclabousser l’Eglise Catholique d’Irlande. En outre, personne n’aura oublié que les mêmes débordements se sont produits aux Etats-Unis, en Australie, en Autriche, … et plus récemment encore en Allemagne et aux Pays-Bas. Quelle est donc la véritable étendue du scandale ? Le Vatican est-il lui-même en mesure de l’estimer ? Et surtout est-il décidé à dire la vérité ?

On pourrait le croire un instant en lisant Le Point.fr (publication du 13/03/2010) qui cite les propos d’un responsable du Vatican, Mgr Charles J. Scicluna selon lequel : « Environ 3.000 accusations de pédophilie à l’encontre de prêtres ont été traitées par la justice du Vatican de 2001 à 2010 pour des affaires commises ces 50 dernières années ». Mais c’est aussitôt pour tenter de dégonfler ce chiffre en affirmant que : « dans environ 60 % des cas, on a plutôt affaire à des actes d’ éphébophilie , c’est-à-dire d’attraction physique pour des adolescents de même sexe. Dans 30 %, de rapports hétérosexuels et pour les 10 % restant, de véritable pédophilie, c’est-à-dire d’une attraction sexuelle pour des garçons impubères ». Et d’en conclure que : «en neuf ans, les cas de prêtres accusés de pédophilie sont donc d’environ 300″. CQFD. Drôle de comptabilité quand on sait qu’en général dans tous les actes de violences physiques et surtout sexuelles, les plaintes ne représentent que la partie visible de l’iceberg et qu’il faudrait multiplier ces chiffres par 3 voire par 10. Drôle de comptabilité aussi que celle qui consiste à retirer des actes de pédophilie les actes hétérosexuels. S’agit-il d’actes sexuels avec des petites filles ou avec des femmes adultes ?

Au lieu de faire profil bas ce représentant du Vatican laisse poindre dans ses réactions l’agacement d’une institution qui se sent injustement soupçonnée. « (300 cas c’est) trop certes, mais il faut constater que le phénomène n’est pas étendu comme on veut le faire croire », ajoute-t-il, rappelant qu’il y a 400.000 prêtres diocésains et religieux dans le monde ».

On nous rétorquera que le Pape, quant à lui, a exprimé la «honte» et le «remords» de l’Eglise, dans une lettre aux catholiques d’Irlande. Mais qu’en est-il des autres catholiques ? Et qu’en est-il de l’explication du long silence de l’Eglise alors que depuis longtemps elle savait ? Qu’en est-il des raisons profondes de ces comportements ? Des « erreurs graves de jugement » écrit Benoit XVI. Pourtant comme le note Caroline Pigozzi, une inconditionnelle du Pape (Paris Match du 18-24 mars) : « Même si ce flot de révélations va fragiliser aussi l’enseignement catholique – soit quelque 300.000 écoles dans le monde- le courageux pape a tenu à poser sans détour les vraies questions. Notamment celle du célibat sacerdotal, principe sur lequel le Vatican ne dérogera pas ». Ah ! Nous voilà rassuré-es ! Pas question de s’attaquer aux racines du mal, pas question de remettre en cause des fondamentaux qui pourtant n’étaient pas ceux des premiers temps de l’Eglise. Encore moins de faire appel aux femmes pour introduire enfin une véritable mixité dans l’Eglise. Bref, il s’agit simplement de pointer du doigt quelques brebis galeuses.

Mais le plus drôle dans cette sinistre affaire c’est la raison qui est citée par l’inénarrable Caroline Pigozzi pour justifier le refus de l’Eglise de déroger à la règle du célibat des prêtres alors que dans le rite oriental et chez les protestants cette règle n’existe pas (on ne parle même pas de la possibilité d’ordonner des femmes …) : « le Saint Siège ne fléchira pas, ses statistiques secrètes faisant état d’une importante homosexualité dans les églises orthodoxes et protestantes (bien que ce ne soit pas de la pédophilie) ». On croit rêver ou plutôt cauchemarder : sous prétexte qu’un autre modèle de vie produirait de l’homosexualité il serait préférable d’en rester à celui qui produit de pédophilie ?

En marge de ces scandales, j’en profite pour donner une idée de la considération dont bénéficient les femmes dans l’Eglise en prenant au hasard l’exemple de la fratrie Ratzinger : l’un deviendra pape – Benoît XVI – après avoir été longtemps préfet de la Congrégation pour la doctrine et la foi, l’autre, Maître de chapelle de la chorale des « petits chanteurs de Ratisbonne», aujourd’hui un peu chahuté à cause des gifles distribuées à ses élèves ( « mais il est plutôt frustre » nous confie Caroline de Pigozzi), ce qui ne l’a pas empêché d’être archevêque de Munich et de Freising. Quant à la sœur de ces deux sommités, on nous dit qu’elle fut la gouvernante du futur Pape ! Il fallait bien une femme pour s’occuper des tâches matérielles… et une sœur, enfin une vraie, ça ne fait pas jaser.

Annie Sugier

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