» Le village de l’allemand  » de Boualem Sansal

Publié le 19 août 2008 - par - 1 114 vues
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En lisant quelques critiques sur ce livre, j’ai été frappée par une phrase  » basé sur une histoire authentique.  » Ayant fait mes débuts d’institutrice en Algérie, j’ai pensé que j’avais connu moi aussi, des Allemands qui s’étaient établis dans le village où j’apprenais à lire, à écrire et l’histoire de « nos ancêtres les Gaulois  » (!) – à des petits Algériens français encore à ce moment-là. Et je m’étais interrogée sur leur choix curieux de s’établir dans ce gros village, après la guerre ?

Ce livre a été un choc pour moi. Nous avons tendance à penser que les nazis se sont réfugiés en Amérique du sud après la guerre 39-45, mais ils ont fui aussi en Afrique, et un peu partout où leur passé pouvait s’oublier plus facilement, et même être utilisé par des pays d’accueil . L’histoire de la Shoah a été totalement occultée par les pays musulmans et elle l’est encore, le conflit israélo-palestinien ayant pris toute la place .  » la geste hitlérienne a toujours eu ses sympathisants en Algérie » dit Boualem Sansal.

Dans ce « village de l’allemand » les narrateurs sont deux frères, fils d’un père allemand et d’une mère algérienne; Ces deux frères sont élevés en France, par un vieil oncle immigré dans une banlieue parisienne . Le père, après avoir combattu en Algérie aux côtés des Algériens pour l’indépendance, s’est installé dans un petit village près de Sétif : il est le « moudjahid », le chef du village.

Le frère aîné, en France, est devenu ingénieur, il va découvrir la passé SS de son père; le plus jeune est tout à fait représentatif de ces jeunes de banlieue qui  » tiennent les murs  » sans formation, sans travail, mais pas sans ressources ( petits boulots, petits trafics ) .  » nous sommes en fin de droits pour tout  » dit-il avec humour. Il est le plus intelligent de la bande et il va , à son tour, découvrir le passé nazi de son père.
Malrich ( de Malek et Ulrich ) , c’est son nom . Il y a aussi Momo ( Mohamed)  » qui vit gratuitement sur la viande halal de son père  »
Togo-au-lait ( « qui a trois -mille- deux-cents cousins et un cousin balayeur chez le ministre ») et Bidochon et le Manchot etc. Ils sont huit en tout .

Malrich fait de l’éducation populaire :  » Hitler était le führer de l’Allemagne, uns sorte d’imam en casquette et blouson noir.  »
Non seulement ce livre est passionnant, mais il est bien construit, bien écrit et vous trouvez parfois de petites phrases totalement inattendues et d’une telle drôlerie que vous éclatez de rire .

Boualem Sansal décrit la banlieue française comme s’il y vivait .

On y entend l’imam avec son discours de haine :  » contre les infidèles, les Kouffars, les tyrans, les Toghouts. L’imam a ouvert le sac des kouffars : il a nommé le juif (Lihoudi ) le chrétien (Massihi) le communiste (le chouyouï, le monstre honni d’ Allah) le musulman laïc, la femme libre (chienne vulgaire) les homos, les intellos.  »

On s’aperçoit là que le discours des islamistes est presque un copié-collé du discours de Hitler ! Le juif, le communiste, l’homo, l’intellectuel (Hitler brûlait les livres).

Vous comprendrez aussi qu’en ces temps de poursuites (même en France) contre toutes caricatures, dessins jugés « islamophobes » le livre est interdit en Algérie.
Boualem Sansal est en danger en Algérie . Dans une lettre au ministre de l’Intérieur , Malrich écrit :  » parce que nos parents sont trop vieux et nos gamins trop naîfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée.  »

C’est un écrivain algérien qui dit tout haut, d’une plume incisive, ce qui se passe dans nos banlieues françaises !

Je vous le dis : il faut lire ce livre, absolument !

Mireille Popelin

 » Le village de l’allemand  » de Boualem Sansal – Éditions Gallimard – 17€

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