Les Evangéliques en France : un danger ? (Première partie)

Publié le 10 novembre 2007 - par - 43 940 vues
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On compte aujourd’hui en France 400 000 pratiquants évangéliques, c’est-à-dire l’équivalent des trois quarts au moins des pratiquants protestants. Ils sont un demi-milliard sur la planète. Depuis le 1er juillet 2007, c’est un évangélique, Claude Baty, qui préside la Fédération Protestante de France (FPF).

( I ) Qui sont les évangéliques ?
( II ) Comment peut-on expliquer leur montée en puissance ?
( III ) Représentent-ils un danger ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions tout en précisant que l’évangélisme est un sujet très vaste et complexe.
Nombreuses sont les dénominations évangéliques : méthodistes, baptistes, anabaptistes, presbytériens, pentecôtistes, charismatiques, darbystes, libristes, etc.
Nombreux sont les textes consacrés à ce thème. Les plus riches et instructifs sont sûrement les ouvrages de Sébastien Fath, historien et chercheur en sciences sociales au CNRS ; auteur, entre autres, de Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005 publié par Labor et Fides.

Qui sont les évangéliques ?

Il faut tout d’abord souligner que l’on utilise souvent à tort le terme « évangéliste » pour désigner les évangéliques.
Les évangélistes sont les professionnels de l’évangélisation ; ils peuvent être protestants réformés, protestants évangéliques, catholiques ou bien orthodoxes.
Le mot « évangélique » vient de « évangile », qui dérive d’un mot grec signifiant « bonne nouvelle ».
Les évangéliques sont des protestants ayant quatre caractéristiques communes :

1) le biblicisme
2) le crucicentrisme
3) la conversion
4) le militantisme (activisme ou engagement)

Le biblicisme

Pour les évangéliques la Bible a été inspirée par Dieu, elle est source unique d’autorité et de légitimité religieuse (principe de Sola Scriptura, l’Ecriture Seule). Elle est conçue comme un code de la route qui fait autorité dans tous les domaines de la vie du fidèle. N’importe quel croyant est capable de lire et comprendre la Bible. Les évangéliques ont tendance à prendre les écrits au pied de la lettre, refusent de voir dans certains récits (les miracles, par exemple) des métaphores, et de mettre une distance entre le contexte historique auquel la Bible renvoie et le contexte actuel.

Le crucicentrisme

Pour les évangéliques il est fondamental de croire que Jésus est mort sur la Croix pour que les hommes puissent expier leurs péchés, payer leurs dettes et être pardonnés par Dieu. Le sacrifice de Jésus-Christ est un sujet de prédication omniprésent ; Dieu accorde gratuitement le pardon à celui qui se reconnaît pécheur et se convertit.

La conversion

Grâce à une expérience religieuse, un individu reconnaît Jésus-Christ comme son propre « sauveur », mort pour ses fautes et ressuscité pour son salut. Ensuite l’individu se repent, regrette ses péchés et décide de suivre et obéir à Jésus.
Pour les évangéliques, on ne naît pas chrétien ; on n’est pas chrétien parce que ses parents le sont ou parce qu’on a été baptisé à la naissance. On devient chrétien grâce à une expérience religieuse, qui permet une nouvelle naissance, autrement dit la conversion.
Avant cette rencontre personnelle avec Jésus, que l’on reconnaît comme Fils de Dieu, sauveur et seigneur, l’individu était mort spirituellement ; après cette rencontre, il renaît, sa vie change de cours. Il se fait baptiser et accepte de réorienter son existence.
Les convertis (« nés d’en haut », « régénérés » ou « nés de nouveau ») acceptent le salut divin par un acte de foi et décident de mener une vie qui respecte les exigences de l’Evangile. Ils deviennent disciples de Jésus, car pour eux, Jésus-Christ vit.
Ils sont issus de tous les milieux sociaux, confessionnels et idéologiques.
On trouve parmi eux des chômeurs, des ouvriers, un ex-ministre (Georgina Dufoix), des professeurs d’université, des chirurgiens, des sportifs de haut niveau, d’ex-athées, d’ex-musulmans (en France 10 000 musulmans seraient devenus évangéliques).

Le militantisme

Le converti s’engage à l’intérieur de l’Eglise de professants. Il s’implique quotidiennement et montre qu’il est devenu chrétien par la prière, le témoignage oral, l’ascèse. Il participe aux activités de sa congrégation (séances de prière, culte, chorale, études bibliques, colportage, etc.).

Comment peut-on expliquer la montée en puissance des évangéliques ?

– On retrouve souvent parmi les convertis des gens qui avaient traversé des périodes très difficiles (dépression nerveuse, tentatives de suicide, chômage, divorce, alcool, délinquance, etc.). Ces personnes fragiles ont trouvé au sein de l’église évangélique une raison d’être, un moyen d’épanouissement individuel, l’espoir et la solidarité.

– Beaucoup d’évangéliques sont des immigrés venant de pays d’Afrique Subsaharienne (Congo, Cameroun, Côte d’Ivoire), de Corée du Sud, du Laos, de Chine, d’Haïti, d’Amérique Latine, etc. Ces immigrés trouvent dans l’église évangélique (ethnique) un accueil, une chaleur humaine, une convivialité et une solidarité qu’ils ne trouvent pas ailleurs dans la société. L’église représente pour eux une grande famille qui les aide dans les démarches à accomplir à la préfecture pour obtenir les papiers, pour remplir des formulaires afin d’obtenir un logement, etc., qui les aide sur le plan matériel (dons alimentaires et financiers, dons de vêtements), qui les aide à trouver un stage ou un emploi, etc.

– Beaucoup de convertis apprécient le culte évangélique avec ses cantiques, sa musique et les embrassades. Les évangéliques aiment partager des repas et prier pour les malades.

– Beaucoup de convertis (re)trouvent la confiance en soi ; certains progressent sur le plan professionnel et leurs enfants sur le plan scolaire.

– Il faut peut-être reconnaître que certains individus se tournent vers le sacré, qui donne un sens à leur vie à une époque où les gens sont désabusés et déçus par le système politique.

– Autrefois les évangélistes frappaient aux portes pour apporter la Bonne Nouvelle. Souvent on leur fermait la porte au nez, car on se méfie des inconnus qui veulent entrer chez soi. Aujourd’hui on peut se laisser séduire par les sites Internet évangéliques chez soi, à n’importe quelle heure de la journée. Les radios évangéliques se font aussi nombreuses. Radio Evangile, par exemple, peut être écoutée par 200 millions de francophones. Radio Réveil a diffusé environ 15 spots de 30 secondes par mois sur les grandes radios généralistes (Europe 1, RMC-Info, RTL) en 2004 pour une somme de 3800 Euros. Ces spots auraient incité les auditeurs à commander des exemplaires de la Bible. Grâce au câble on peut regarder des chaînes évangéliques. L’évangélisation se fait aussi dans les prisons. Les détenus de Nanterre, par exemple, peuvent aujourd’hui recevoir le pasteur de l’église pentecôtiste de la Rue du Sentier (Paris 2è).

– Les prédications des stars de l’évangélisme américain ont aussi contribué à la diffusion de l’évangélisme en France. On se rappelle le succès des missions en France de la vedette planétaire Billy Graham : du 5 au 9 juin 1955 au Vélodrome d’Hiver une moyenne de 8000 personnes par jour étaient présentes à ses prédications. En 1963 Billy Graham revint à la Porte de Clignancourt et 45 000 personnes allèrent l’écouter. En 1986 Billy Graham revint prêcher au Palais Omnisport de Bercy. Entre le 20 et le 27 septembre plus de 100 000 spectateurs allèrent assister à ses interventions et plus de 200 000 personnes purent le regarder sur écran dans des salles en province grâce au satellite Télécom 1. Billy Graham rencontra François Mitterrand. D’autres manifestations de grande envergure ont été organisées par des évangéliques français de plus en plus dynamiques et organisés.

– Depuis 1945 il existe une véritable volonté de créer un réseau évangélique international. Les évangéliques sont fiers d’appartenir à une « internationale de convertis ». Sans l’aide, les conseils et les moyens des missionnaires étrangers, l’Institut Biblique de Nogent, l’Institut Biblique Européen et la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines) n’auraient pas pu naître aussi facilement. Un quart des églises évangéliques françaises (Eglises Evangéliques Indépendantes, baptistes, certains milieux charismatiques, assemblées de frères) se sont développées grâce à l’œuvre des missions américaines. 50-60% des missionnaires présents en France sont américains ou canadiens (en 2005 on comptait 700-750 missionnaires états-uniens et 56 canadiens).

– Les associations évangéliques attirent certaines personnes grâce à leurs centres de vacances et gîtes, mais aussi grâce à la liste de centres et foyers vers lesquels elles envoient ceux qui sont en difficulté.

Rosa Valentini

(A suivre la semaine prochaine : les évangéliques sont-ils dangereux ?)

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