Les Français et les blancs sont-ils « mentalement » racistes ?

Publié le 23 février 2009 - par - 706 vues
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Patrick Lozès crée le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) en novembre 2005. Depuis, ce mouvement fait parler de lui et a même eu l’honneur d’être officiellement reçu à l’Elysée. Mais qu’aurait-on dit d’un mouvement qui aurait prétendu représenter les « associations blanches » ? On l’aurait immédiatement qualifié de raciste, de xénophobe et d’extrémisme de droite.

Qu’est-ce donc que ce CRAN ? Il se présente lui-même sur son site internet (1) : « Cette fédération a pour objectif de lutter contre les discriminations et le racisme anti-noir, et de valoriser la richesse et la diversité des cultures afro-antillaises. »

On voit donc que le CRAN fait de l’antiracisme choisi, et qu’il assimile les « cultures afro-antillaises » à une couleur de peau, puisqu’il ne s’appelle pas le Conseil Représentatif des Associations Afro-Antillaises. Cependant, sur cette page de présentation, il se défend d’être « communautariste », tout en dénonçant « un ordre symbolique masculin, blanc, bourgeois, catholique, etc. » C’est tout de même curieux d’associer ces quatre adjectifs, alors que le catholicisme français recrute de plus en plus de prêtres africains, que le machisme est largement répandu dans le monde musulman ou africain, et que les jeunes issus de l’immigration rêvent principalement d’être des « beurgeois ».

Le reste de la présentation est tout aussi abscons. On y apprend par exemple que la définition de « qui est noir » ne répond pas, pour le CRAN, à « une conception biologisante de la race » (sic !) ni à des « arguments de culture ». On se demande alors pourquoi le CRAN promeut les « cultures afro-antillaises », et « biologise » le masculin bourgeois catholique, et plus généralement tous les blancs comme nous allons le voir.

Pour le CRAN, « est noir celui qui est réputé tel, est noire, a minima, une population d’hommes et de femmes dont l’expérience sociale partagée est celle de discriminations subies en raison de la couleur de leur peau. » Mais attention, cette couleur de peau n’est pas raciale ou « ontologique » selon le CRAN. D’ailleurs à la question « qui décidera de savoir si tel est Noir ou pas », le CRAN répond que « ce sont les intéressés eux-mêmes qui répondent à la question ». Attendons-nous donc à quelques « coming out » de blancs qui révèleront leur négritude, comme dans un sketch du groupe « Action Discrète » (2) !

Donc au-delà de tout ce pathos, on aura compris que pour le CRAN, « un noir est un homme que les autres hommes tiennent pour noir », quelle que soit sa culture et sa couleur de peau. Mais inversement, qu’est-ce que Patrick Lozès, président du CRAN, « tient pour blanc » ?

On trouve une première réponse dans l’un des articles de son blog sur l’actualité guadeloupéenne (3). On y apprend que, selon lui, « la question des discriminations notamment liées à la couleur de peau, est une des clés pour comprendre la crise antillaise actuelle. » Il invente même le concept de « question mélanique » (sic !) qui « ne saurait être laissée de côté ». Ce texte amalgame allègrement discrimination raciale et « ordre social d’inspiration coloniale ». Il condamne les « békés » non seulement comme des descendants de colons esclavagistes (ce qui est déjà une essentialisation « biologisante »…) mais comme étant « quasiment tous blancs ». Le blanc est donc, pour Patrick Lozès, ontologiquement raciste et colonialiste.

Le président du CRAN précisera sa pensée dans l’émission de Jean-Marc Morandini, à propos d’un commentaire de Jean-Claude Narcy de TF1 sur une chanson d’Aretha Franklin lors de l’investiture de Barack Obama (3). Patrick Lozès déclare : « il y a là un inconscient français et un inconscient blanc qui s’exprime. » Ainsi, le Français et le blanc seraient « inconsciemment » racistes !

Le CRAN n’est pas le seul à « biologiser » les Français et les blancs comme racistes. Le sociologue Michel Wieviorka et la députée socialiste George Pau-Langevin en remettent une couche dans une tribune de Libération intitulée « discrimination raciale, un héritage français », ce qui est déjà tout un programme ! On y lit : « La discrimination raciale existe. Elle est inscrite dans les schémas mentaux français : l’altérité de la couleur de peau, un héritage colonial mal digéré, une vision culturaliste de la France en sont des facteurs puissants. »

Donc pour Wieviorka et Pau-Langevin, le Français est « mentalement » raciste. Et ils citent à l’appui de leur thèse « le débat sur la nationalité, avec la volonté de remettre en cause le droit du sol au profit d’un droit du sang «gaulois» ; la crispation sur l’islam, avec le rejet du voile et des mosquées ; l’affirmation d’une politique d’immigration choisie, renvoyant en miroir aux Français issus de l’immigration le stigmate de «Français subis». »

Débattre de la nationalité française, du droit du sol, de l’islam, du voile, des mosquées, de l’immigration, c’est donc, pour les auteurs de cet article, opérer mentalement ou inconsciemment des « discriminations raciales ». Wieviorka et Pau-Langevin racialisent, essentialisent et « biologisent » des sujets de société sans rapport avec un quelconque racisme. Qui remet en cause le droit du sol ici présenté comme « gaulois » ou la nationalité sur un critère racial ? Qui assimile l’islam à une « race » ? Qui veut contrôler l’immigration en fonction de la couleur de peau ? Peu importe, puisque de toute façon ce sont des « schémas mentaux français » qu’il faut condamner comme des « discriminations raciales » !

Racisme « inconscient », « schéma mentaux » : nous sommes en pleine police de la pensée. C’est dans des termes similaires que se sont exprimés Bernard-Henry Levy et Dominique Sopo comme témoins au procès de Jean-Marie Garcia pour le meurtre de Chaïb Zéhaf à Oullins, dans la banlieue lyonnaise (5). La thèse utilisée – et heureusement écartée par le ministère public et les juges – était cette fois celle du « racisme refoulé ». BHL répond par l’affirmative à une question qu’il se pose à lui-même : « Est-ce qu’un crime peut-être qualifié de raciste lorsque son auteur n’appartient pas à une organisation casquée et que son geste est commis dans la dénégation du racisme ? » Dominique Sopo utilise une argutie digne de la Halde : « Nous restons confrontés à l’absence d’alibi. Monsieur Garcia dit qu’il a tiré parce qu’il a eu peur. Mais pourquoi a-t-il peur en voyant deux personnes approcher ? Est-ce qu’on n’est pas confronté ici à tout le poids des préjugés qui font que l’on a peur en voyant approcher des hommes d’origine maghrébine ? »

Donc le crime de Jean-Marie Garcia serait, selon Bernard-Henry Levy et Dominique Sopo, « raciste » par défaut, mentalement raciste, inconsciemment raciste. Inutile de trouver des éléments à charge pour qualifier le meurtre de raciste, puisque même quand le racisme est « refoulé » – donc qu’il est évacué – il est quand même là, grâce à nos psychanalystes autoproclamés qui lisent dans les pensées. Tout comme Patrick Lozès pour qui le Français et le blanc sont « inconsciemment » racistes. Tout comme Michel Wieviorka et George Pau-Langevin qui bottent en touche des problèmes de société en accusant les Français d’un imaginaire délit de « schémas mentaux » discriminatoires.

Bref, pour tous ces prêcheurs de l’idéologie antiraciste, si vous êtes Français ou blancs, vous êtes héréditairement racistes, et en plus stupides car votre racisme s’exerce parfois à l’insu de votre plein gré. Et ce sont les mêmes, sans crainte du ridicule, qui nous expliquent qu’il ne faut pas réduire les autres à une origine ou une couleur de peau.

Les « Indigènes de la République » et autres islamogauchistes avaient initié cette thèse de la racialisation atavique des « souchiens ». On constate qu’ils font des émules chez ceux qui les condamnaient jadis… au nom de l’antiracisme, et qui se noient désormais dans des contradictions de plus en plus patentes. Ils tentent désespérément de conserver leur fond de commerce qui fait de moins en moins recette. Mais ce n’est pas en traitant à tort et à travers les Français et les blancs de racistes que ceux-ci seront davantage disposés à remplir leurs sébiles médiatiques ou associatives.

Faut-il se réjouir de voir ces professionnels de la religion de la diversité et du multiculturel sombrer dans l’absurde et l’isolement ? Oui et non. S’il est heureux que des petits commissaires politiques de la pensée perdent leur crédibilité et leurs rentes, leur sabordage du combat antiraciste ouvre un boulevard à l’extrême-droite qui peut exploiter aisément les contradictions burlesques et le terrorisme intellectuel de leurs adversaires.

Quand par exemple SOS Racisme lance une campagne contre les expulsions d’étrangers en situation irrégulière, avec le slogan « 30.000 expulsions par an, c’est la honte ! » (6), non seulement on se demande quel est le rapport avec la lutte antiracisme, mais leur campagne est immédiatement parodiée par des Identitaires qui disent : « 30.000 expulsions par an, c’est la honte, il en faut 300.000 ! » (7). Pour cette campagne, SOS Racisme parodie un bulletin météo qui hélas peut être si bien interprété au premier degré (8), que les Identitaires se sont empressés de le reprendre à leur compte (9) en se contentant de changer uniquement le slogan final. Les provocateurs d’extrême-droite vont même jusqu’à créer un collectif parodique « Patrons sans frontières », qui va « soutenir » une manifestation de RESF, Réseau Education Sans Frontière (10). Et tout est l’avenant.

Autre exemple. Le LKP de Guadeloupe – soutenu par le Mrap, le CRAN, George Pau-Langevin et autres « antiracistes » – a comme revendications la « priorité d’embauche pour les Guadeloupéens », l’« embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aide publique » et la « mise en place de mécanismes fiscaux et douaniers pour développer la préférence guadeloupéenne » (11). Le LKP est alors salué et encouragé par l’hebdomadaire extrémiste Minute qui en fait sa couverture du numéro du 18 février 2009, et qui se réjouit que « les Guadeloupéens font sauter le tabou » de… « la préférence nationale à l’embauche ».

François Mitterrand avait poussé en avant le Front National pour diviser la droite, puis il a chargé Julien Dray d’allumer le contre-feu SOS Racisme. 25 ans plus tard, on mesure les dégâts de ce machiavélisme et le retournement de situation : le boboïsme « antiraciste » se radicalise à l’extrême-gauche, alimente de nouveaux courants à l’extrême-droite, et dresse les Français accusés de « racisme » blanc et héréditaire contre lui.

25 ans de « combat antiraciste » pour le « vivre ensemble », et pourtant la société française est de plus en plus communautarisée, fractionnée, divisée. Cherchez l’erreur ! Devant l’échec patent de leur propagande et de leurs actions, les rentiers de l’« antiracisme » n’ont trouvé qu’une nouvelle invention idéologique : Les Français et les blancs sont « mentalement » racistes. Mais si l’un d’entre eux prétend que les noirs ou les musulmans sont « mentalement » ceci ou cela, nos bonnes âmes le traîne dans la boue et dans les tribunaux. Cherchez l’erreur !

Roger Heurtebise

(1) http://www.lecran.org/articles/foire-aux-questions,6,1,17.html

(2) http://www.dailymotion.com/video/x89me9_action-discrete-coming-out_fun

(3) http://patricklozes.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/02/09/et-si-la-guadeloupe-prefigurait-la-seine-saint-denis-de-dema.html

(4) http://www.youtube.com/watch?v=uMgfUQj6CMw

(5) http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2009/01/procs-doullin-1.html

(6) http://www.c-est-la-honte.com/

(7) http://www.c-est-la-honte.info/

(8) http://www.dailymotion.com/video/x88uty_meteo-des-expulsions_news

(9) http://www.dailymotion.com/video/x8dgj3_30-000-expulsions-cest-la-honte-il_news

(10) http://www.youtube.com/watch?v=oa7swM6XUrE

(11) http://www.lepost.fr/article/2009/01/29/1404425_comprendre-la-situation-en-guadeloupe-les-revendications-des-grevistes-guadeloupeens.html

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