Les curieuses méthodes d’un journaliste de l’Est Républicain

Publié le 9 septembre 2008 - par - 482 vues
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Samedi 18 août 2008. Un journaliste de l’Est républicain me contacte par téléphone, après avoir vu mon nom parmi les premiers signataires de la pétition de soutien à Fanny TRUCHELUT, avant le procès en appel. L’interview se déroule donc par téléphone, il est de courte durée mais comporte quand même plusieurs questions.

La première concerne le fait de savoir « d’où je parle ». Ce qui sera rapporté, à ce sujet, le lendemain dans l’article, relève déjà d’une première désinformation. En effet, je suis présenté comme « élu municipal de Golbey, tête de liste PS – PCF – Verts ». Ceci alors que je m’étais évertué, la veille, à dire que je n’étais plus adhérent aux Verts et que cette liste que je conduisais devaient être qualifiée de « divers gauche », ne contenant aucun représentant du parti écologiste. Ca commençait bien …

Puis, sont venues d’autres questions : « pourquoi avez-vous signé cette pétition ? » Et surtout : « comment vivez vous le fait de vous retrouver aux cotés de l’extrême droite dans le soutien à Mme TRUCHELUT ? » Ma réponse à la première question a été de parler de la défense du principe global de laïcité, de la lutte contre la soumission et l’asservissement des femmes, au travers du port du voile quel qu’il soit. Mais aussi et surtout du verdict et de la sentence du procès en première instance qui avait, à mon sens, plus à voir avec un acharnement plutôt qu’avec une décision de justice sage et équilibrée, qui plus est, avec les scandaleuses calomnies et les anathèmes de racisme et de bêtise lancés à la figure de Fanny TRUCHELUT. Quant à la seconde question, ma réponse fut sans ambiguïté, pointant une différence fondamentale et radicale entre les soutiens de l’extrême droite et les autres. En effet, il ne peut et il ne doit y avoir aucun amalgame quand on sait que le soutien de l’extrême droite, comme c’est toujours le cas quelle que soit l’affaire en question, se fonde sur la xénophobie, le racisme et l’islamophobie, alors que les autres soutiens se fondent sur la défense des valeurs républicaines. Même un enfant de dix ans comprendrait qu’il n’y a rien de commun.
La détestation qu’exprime l’extrême droite vis-à-vis de la République est maintenant bien connue. Quand elle ne la traite pas de « gueuse », c’est Jean-Marie Le Pen qui, dans un de ses « fameux » jeux de mots, parle de « ripoublique ».

Que croyez vous qu’il fut inscrit dans l’article du lendemain ? Une information qui confine à la désinformation avec ses corollaires que sont la simplification à outrance, des amalgames visant à discréditer, des informations fausses, une absence d’objectivité et de neutralité.
Donc, je me retrouve chez les Verts alors que je n’y suis plus, toutes les raisons qui fondent mon soutien n’apparaissent pas et surtout l’article se termine par un amalgame inacceptable avec l’extrême droite, je cite : « désormais soutenue par ses nouveaux amis pétitionnaires, aux cotés des « historiques » militants du mouvement pour la France et du front national, indéfectibles défenseurs de l’ex propriétaire du gîte ».

Le lendemain, à la lecture de cet article, mon sang n’a fait qu’un tour et c’est après avoir tant bien que mal calmé mon énervement que j’ai téléphoné au journaliste pour lui indiquer, pour le moins, qu’il y avait quelques erreurs, et non des moindres, qui demandaient à être rectifiées. En fait, je souhaitais la parution d’une interview plus détaillée qui viendrait corriger une partie importante de cet article.
Après quelques minutes de négociation téléphonique, je finissais par obtenir la possibilité de contacter à nouveau le journaliste la veille du procès en appel afin de rectifier ce qui devait l’être.

Chose promise, chose due.
La veille du procès, je téléphone donc à la rédaction de l’Est républicain à Epinal. Après s’être renseignée, la standardiste me répond que le journaliste en question ne peut me parler et je suis aimablement renvoyé à la rédaction du journal à Nancy – Houdemont car « ce sont eux qui s’occupent de cette affaire ». Ni une ni deux, je téléphone à Nancy et j’explique l’histoire. Là, on me dit que l’on ne comprend pas et que l’on va téléphoner à la rédaction d’Epinal afin de voir ce qu’il en est, me laissant « planté là » sans aucune réponse. Cela commençait à ressembler à un feuilleton à épisodes et, surtout, cela commençait, pour moi, à prendre « un certain sens ». En un mot, je ressentais que mon insistance n’était pas la bienvenue. Une heure ou deux se passent, mon téléphone sonne. Il s’agit du journaliste spinalien auquel je rappelle l’engagement pris, il y a quelques semaines quant à la parution d’un nouvel article. Et là, il me fait une réponse qui montre bien quelle place est laissée aux soutiens de Fanny TRUCHELUT : il me propose de rédiger un très court texte (même avec les meilleures qualités de synthèse possibles, il est difficile d’expliquer une position complexe en environ 1500 signes) qui paraîtra dans la rubrique « courrier des lecteurs ». Voyant que je n’obtiendrais rien de mieux, je me suis contenté de ce strapontin (faute de grives …) et j’ai donc rédigé un texte que j’ai envoyé, par courriel, à la rédaction d’Epinal qui l’a publié in extenso le jour du procès, en page Vosges.

Je ne reviendrais pas (bien qu’il y ait beaucoup à dire) sur les deux articles de compte-rendu d’audience parus le lendemain du procès dans les deux journaux régionaux que sont l’Est républicain et la Liberté de l’est. A ce propos, surtout ne croyez pas que ce sont là deux journaux différents qui signeraient ainsi un véritable pluralisme de l’information. En effet, ils sont apparemment différents mais, en fait, ce sont les mêmes et ils racontent à peu près les mêmes choses. D’ailleurs, la meilleure illustration de cela est qu’une fusion entre les deux est annoncée et cela ne sera pas difficile puisqu’ils ont, tous deux, la même ligne éditoriale.

Relevons simplement quelques mots d’un article paru le même jour que ma réponse dans le « courrier des lecteurs », dans le même journal (l’Est républicain) mais en page région, avec donc un lectorat beaucoup plus important.
Je cite : « l’ancienne propriétaire d’un gîte vosgien comparaîtra de nouveau pour discrimination raciale ». C’est une honte d’écrire cela, surtout quand nous savons que cette accusation scandaleuse de racisme avait été écartée lors du premier procès.
Je cite toujours : « derrière Philippe de Villiers et son mouvement pour la France, les milieux nationalistes avaient immédiatement manifesté leur soutien à la propriétaire ». Information plus que parcellaire s’il en est. Il n’y a quasiment rien sur les autres soutiens, pourtant beaucoup plus nombreux et l’amalgame avec l’extrême droite continue. Quand on veut diaboliser, on ne peut mieux s’y prendre.
Je cite encore : en titre : « Procès verbal accablant », « elle avait déclarée avoir refusé d’héberger la famille parce que les femmes étaient voilées et ne voulaient pas « retirer ce signe ostentatoire de leur religion ». Il n’en fallait pas plus pour caractériser le délit de discrimination raciale ». Non seulement cela est faux, mais le journaliste ne se rend visiblement pas compte qu’il est en contradiction, à moins que cela ne soit fait sciemment pour assimiler laïcité et racisme. En effet, comment peut-on écrire, en citant Fanny TRUCHELUT, « retirer ce signe ostentatoire de religion » et, dans la phrase suivante, « il n’en fallait pas davantage pour caractériser le délit de discrimination raciale » ? Nous voyons bien quel amalgame est à l’œuvre ici, c’est le même qui est repris par les fossoyeurs de la République, constitués en parties civiles, que sont le MRAP, la LICRA et consorts. En clair, cela veut dire : si vous êtes laïques et si en plus vous critiquez une religion, alors vous êtes, nécessairement, racistes. Souvenons nous de cet argument simpliste, fallacieux et spécieux : « si vous critiquez la politique israélienne c’est que vous êtes antisémites, si vous critiquez la politique du gouvernement chinois c’est que vous êtes racistes envers le peuple chinois etcetera, etcetera … D’autre part, de quel droit un journaliste porte-t-il un jugement de valeur sur un procès verbal en le qualifiant « d’accablant ». Cela s’appelle tout simplement « être juge et partie ». En effet, puisque le procès verbal est accablant, alors le verdict ne devrait faire aucun doute (on pourrait même se demander à quoi ça sert qu’il y ait un procès) et revoilà Fanny TRUCHELUT condamnée par avance dans la presse avant même que le procès ait lieu.

Je voulais, par ce texte, tenter de démontrer, au travers de mon expérience personnelle, l’attitude de la presse locale et régionale dans cette affaire. Ici, il ne s’agit pas, pour moi, d’un fantasme de je ne sais quelle théorie du complot, mais bien d’une réalité objectivable au travers d’écrits dans des articles de presse. Mais aussi, sur la difficulté que j’ai rencontrée pour essayer de faire valoir un point de vue différent que le « prêt à penser » que nous propose une certaine partie de la presse.

Pour terminer et pour rebondir sur ce qu’écrivait Lucette JEANPIERRE dans le précédent numéro de Riposte Laïque, malheureusement je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème de compétence journalistique (rien moins que quatre journalistes différents ont traité cette affaire pour deux journaux). Le traitement de cette information là, qui se répète tant dans sa forme que dans son fond, montre une volonté consciente de faire passer un certain message partisan, parcellaire, utilisant l’amalgame et la simplification à outrance. Effectivement, cela devient un engagement plus que de l’information dans une presse qui n’est censée être ni engagée, ni d’opinion, donc qui avance masquée, donc qui se cache, essayant de faire croire le contraire et se réfugiant derrière une pseudo neutralité journalistique.

Alors, il devient de plus en plus impératif de continuer à défendre les valeurs de notre République, et surtout de la laïcité, mais aussi de diversifier les canaux d’informations afin de ne pas se conformer à la doxa du troupeau bêlant.

Hervé BOYER

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