Les différentes catégories de niqabées

Publié le 19 juillet 2010 - par - 222 vues
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Dans la société saoudienne, les mounaqqabât (1) appartiennent toutes au même groupe par le fait qu’elles ne se sont pas voilées volontairement. Cela s’applique en premier lieu à celles qui sont convaincues qu’il faut porter le niqab avant celles qui le refusent. C’est un devoir social imposé à toutes celles qui atteignent la majorité physique où le visage de la jeune fille devient une tare et une honte qu’il faut cacher et camoufler.

Après un laps de temps, ce « rideau » représente pour celles qui le portent des justifications diverses et chaque catégorie a un point de vue sur le niqab qui exprime sa pensée, son milieu, son niveau social et culturel. Ainsi, je diviserai les niqabées en quatre catégories : la niqabée dévote, la niqabée traditionnaliste, la niqabée par obligation, la niqabée prisonnière (3).

L’auteur de l’article ne peut diffuser sa photo sans niqab
Elle a choisi le cadre noir : faire-part de deuil … sur fond de solitude. (NDT)

1.- La niqabée dévote

Cette catégorie de niqabées voit dans le niqab un devoir divin et un engagement religieux malgré le fait qu’elles ne l’ont pas porté initialement par devoir religieux. Cette niqabée est très enthousiaste et inflexible pour le pérenniser. Elle s’évertue à déformer l’aspect du niqab : tantôt, à la hauteur des yeux, elle laisse deux petits ronds, tantôt c’est une découpe très fine à travers laquelle apparaissent à peine les paupières que complètent un couvre-tête ample et des gants noirs afin d’effrayer l’homme par cet aspect et éviter qu’il ne soit séduit.

Par cette forme effrayante, elle ne fait pas peur uniquement à l’homme mais aussi aux femmes et aux enfants. Ces femmes ne perçoivent que l’approbation de Dieu et le respect des hommes pieux. La majorité de ces niqabées sont des célibataires auxquelles l’homme pieux ne pense pas quand il veut se marier car il préfère une femme d’un autre pays arabe même si elle n’est pas voilée ou qu’elle ne prie pas. De plus, les hommes préfèrent se marier à l’étranger car si ces femmes niqabées sont divorcées, elles n’ont même pas un grain de féminité. Ces femmes sont attachées à leur niqab bien plus qu’à leur beauté et à leur propreté. Elles critiquent aussi celles qui décorent leur niqab ou leur abaya (2). Elles le font d’une façon impolie ou d’une façon brutale si elles ont de l’ascendant, mais dans un lieu public la manière est plutôt feutrée, du style : « Tu as de beaux yeux, mais il est illicite que les hommes se plaisent à les regarder » (mais peut-être qu’elles-mêmes se plaisent aussi à les regarder).

Ce type de femmes ne pense qu’à la fin des temps, au feu de l’enfer et à la souffrance. Leur vêtement est ce qui les sauve de leur destin. Quand elles critiquent celles qui ne portent pas le niqab, ce n’est pas par peur du feu de l’enfer qui les attend ou par souci de leur intérêt mais parce qu’elles enragent de voir leur belle apparence et leur élégance alors qu’elles s’en sont privées en pensant religion. La majorité de ces femmes ont un niveau social moyen ou inférieur et un niveau culturel très bas, même si certaines ont des diplômes supérieurs.

Il n’y a aucune lueur d’espoir d’assister à l’éveil de leur conscience et à leur révolte contre ce torchon noir car elles croient que leur vertu et leur estime de soi en dépendent et que c’est un billet pour entrer au paradis.
Par conséquent, elles ne perçoivent aucune gêne ni étouffement à porter le niqab, ni manque de liberté car elles ne sont même pas dans ce monde. La vie ne les intéresse pas beaucoup car toute leur pensée est dans l’au-delà et la souffrance de la tombe. Cela les aide à supporter le niqab auquel elles se sont déjà habituées.

2.- La niqabée traditionnelle

Cette catégorie de femmes sanctifie les us et coutumes. Le niqab représente une habitude séculaire à laquelle on doit s’attacher et qu’on doit préserver. Le non port du niqab signifie pour la femme l’absence de pudeur et le non respect des coutumes sociales. Même si elle croit que c’est un devoir religieux, elle le porte avant tout comme une tenue traditionnelle. Même si la religion ne le lui impose pas, elle persiste dans son attachement au niqab car il fait partie de sa personnalité traditionnelle. Cette catégorie de femmes ressemble beaucoup à la catégorie de la niqabée dévote par le respect et l’attachement. Les façons de penser de ces deux catégories se confondent très souvent car la religion génère des us et coutumes.

Cette catégorie génère aussi une sous-variante de niqabées pour raisons à la fois religieuses et traditionnelles. La majorité de ces femmes sont âgées et de tendances traditionnelles. Elles seront les dernières à avoir l’idée de quitter et d’abandonner le niqab car c’est par lui que se complète leur personnalité.

3.- La niqabée par obligation

La majorité dans cette catégorie est constituée de jeunes femmes qui portent le niqab sans le souhaiter et sans conviction, c’est dire qu’elles y sont obligées. Elles se démarquent des deux catégories précédentes, qui, elles, sont convaincues et qui ont aimé le niqab après l’avoir porté contre leur gré.

Ces femmes ne sont pas du genre à aimer ce qui leur été imposé et ne s’en satisfont pas. Elles s’y sont habituées quoique forcées et contre leur volonté. Cette catégorie rêve de se débarrasser du niqab, Quand une circonstance, quelque part, permet à l’une d’elles d’ôter le niqab, elle n’hésite pas un instant. Par exemple, j’ai une amie qui retire son niqab dès qu’elle monte dans le bus de l’université et le met dans son sac. Une autre, à peine sortie de chez elle, retire l’abaya de sa tête et la remplace par une abaya qui couvre les épaules. Ces gestes démontrent qu’elles n’acceptent pas ce qui leur a été imposé et qu’elles n’en sont pas convaincues. Toutes ces différentes modes et variantes des abayas et la façon de porter le niqab et le masque sont un cri fort qui signifie : « Non au niqab, non à l’abaya ». C’est un refus non planifié et fait d’une manière détournée.
Cette catégorie de filles et de femmes n’ont aucun plaisir ni bonheur à porter le niqab et ses dérivés, et si la décision dépendait d’elles, elles le quitteraient sans regret ni contrition.

Mais, dans cette catégorie, il y a un groupe qui voit dans le niqab un bon et superbe moyen de se cacher du regard de la famille et des parents quand elles se lancent dans une aventure ou quand elles se promènent dans les souks et les cafés. J’avais dis un jour à une amie : « Ah ! Si Dieu supprimait le niqab ! ». Elle m’a répondu : « Comment ferions-nous pour être à l’aise quand on veut regarder ailleurs ? » Cette amie a pris, pour elle, le côté positif du niqab car elle est d’une famille stricte qui ne lui permet pas de sortir en promenade avec ses amies. Le niqab est devenu comme une cagoule qui la protège du regard de la famille quand elle veut franchir un interdit. Elle ne s’est pas rendu compte que, pour ce simple droit, elle a sacrifié un droit plus important et majeur : sa présence devant les gens en tant qu’être humain qui montre un visage qui est son identité et qui n’est pas semblable à une marchandise emballée. Elle ne sait pas, non plus, qu’elle a pensé d’une façon superficielle car elle ne sait pas réfléchir dans une société qui ne discute pas et n’ouvre même pas la discussion sur la suppression du niqab.

Toutes les femmes de cette catégorie ne refusent pas le niqab mais souhaitent le retirer par principe car elles pensent que le niqab met à mal leur humanité et réduit leur valeur. Non pas parce qu’elles comprennent que le voile est contraignant, inégalitaire entre les deux sexes, la soumet à l’homme et le rend supérieur mais parce qu’elles sont non pratiquantes et non traditionnelles. Elles sont naturellement des femmes mues par leur nature de femme et par leur instinct, même si elles croient dans une religion reçue en héritage et qu’elles n’ont pas découvert encore ses mensonges. Moi, je fus l’une d’entre elles. Quand les circonstances et des conditions leur permettront de connaître la vérité sur ce vilain torchon noir quand elles connaitront la vérité de la religion, alors ce jour là, elles le piétineront. Même si elles ne parviennent pas à cette vérité, elles soutiendront toute décision contre le niqab, approuveront toute révolte contre le niqab et y participeront.

Car le refus du port du niqab exprimera un instinct sain et leur personnalité sera libérée de la tradition et du surnaturel. Ce refus de porter le niqab leur fait sentir la liberté qu’il y a dans l’humanisme et libère leur esprit de l’emprise du nioqab, de l’obscurantisme qui les étrangle et les emprisonne. L’interdiction de commettre l’illicite (muharram) ne les dissuade pas de participer à cette révolte, si elle survient un jour, même dans les cœurs [ … ].

4.- La niqabée prisonnière

Cette catégorie est représentée par toute femme libre qui n’accepte pas de contrainte en quoi que ce soit, même pour être reine du monde. Et que penseriez-vous si cette femme-là avait vraiment pris conscience de la vérité de ce niqab et de ce qu’il signifie pour sa qualité d’être humain, pour son être et sa dignité ? Cette femme sentirait alors, en plus de l’obligation à porter ce niqab, une torture psychologique, une aversion psychologique, le sentiment d’être opprimée et brisée et l’absence en elle de toute humanité. Car le niqab n’est pas un simple petit bout de tissu, le niqab est une grande prison avec de gros barreaux de fer.

Cette femme est vraiment prisonnière du niqab. Ce qu’elle perçoit à l’intérieur du niqab ne diffère pas de ce que perçoit un autre prisonnier à l’intérieur de la plus petite prison du monde. La différence entre ces deux perceptions c’est que le vrai prisonnier paie le prix de son crime alors qu’elle, elle n’a commis aucun crime et la seule faute qu’elle ait commise c’est d’avoir un visage qu’une société et qu’une religion considèrent comme atteint par une maladie qui est la séduction (le sexe) et que ce visage, il faut l’emprisonner à vie. Quand cette femme est consciente du sens du niqab de ses accessoires et des problèmes qu’il lui cause – problèmes qui ne sont pas en sa faveur et donne à l’homme des avantages injustifiés -, le niqab l’étrangle plus qu’une autre femme et son poids est bien plus grand. Elle se sent ligotée et enchaînée par lui.

La femme de cette catégorie rêve de trouver une solution pour se sauver mais cela lui est impossible dans sa société et son milieu ; elle cherche à s’y opposer et veut trouver ceux qui pourraient participer à ce rêve. Ils pourront alors mener une vraie révolte pour supprimer le niqab et ses noirs accessoires, pour le supprimer à jamais.
Mais, les femmes de cette catégorie sont très peu nombreuses. Elles ne croient pas en une religion et dans des traditions qui les humilient. Elles retrouveront, quand elles seront libres, leur humanité et leur valeur alors qu’elles vivent maintenant dans la prison de l’étouffement, de la contrainte, de la tutelle et du pouvoir. Mais quelle révolte peut-on attendre d’elles ?

Yasmine Yahia (*)

Traduit de l’arabe par Bernard Dick

Notes du traducteur :

(*) Yasmine Yahia est saoudienne

Article publié le 21/06/2010 par le site www. ssrcaw.org (Secular Studies & Researches Centre in Arabic World) (Centre d’Etudes & de Recherches Laïques du Monde Arabe)

(1) Pluriel en arabe pour désigner les femmes qui portent le niqab ou « niqabées »

(2) Le niqab : voile intégral qui cache totalement le visage ou laisse une fente en face des yeux. La ‘abaya : laisse entrevoir les yeux, le nez et la bouche

(3) En France (et ailleurs en Occident), nous pouvons ajouter une cinquième catégorie : la niqabée convertie.

La niqabée convertie est prise au piège d’un mari et d’un milieu fondamentaliste, qu’il soit wahhabite, salafite ou membre du Tabligh (*) ou des Frères Musulmans (UOIF). Elle est soumise et une épée de Damoclès est prête à s’abattre sur elle : le risque de répudiation en cas de refus de porter le niqab ou la burqa afghane. Sa conversion la place en rupture de ban avec sa famille d’origine, ses amis et la société française … Le niqab lui permet aussi en fait d’occulter sa culpabilité, d’échapper aux regards répréhensifs grâce à ce camouflage d’un autre âge. Elle est également complice de l’islam politique obscurantiste car elle en est le porte-étendard et le prosélyte. S’en rend-elle compte ? Mais quelle victoire pour l’islam ! Quelle trahison de la France ! (NDT)

(*) Mouvement fondamentaliste dont le but est d’empêcher l’intégration des immigrés musulmans dans les pays d’accueil.

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