Les enjeux laïques et anticapitalistes de l’immigration

Publié le 15 septembre 2007 - par
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Le 11 juillet dernier des dizaines de sans-logis, qui squattaient des logements sociaux de la ville d’Aubervilliers, ont dressé un campement sur une placette du quartier de la Maladrerie, soutenus par l’association Droit Au Logement (DAL). Ceux-ci revendiquaient le relogement de cinq familles, expulsées en juin et juillet derniers, et la mise en oeuvre d’une procédure de relogement pour 21 autres familles menacées, elles aussi, d’expulsion. Toutes occupaient de façon illégale des logements.

Face à cette situation, la mairie PCF a assigné les squateurs en justice pour « troubles à l’ordre public », et obtenu gain de cause du Tribunal de Bobigny. Le campement a ensuite été évacué à plusieurs reprises par les forces de l’ordre. « Quoi qu’ils fassent, nous sommes toujours déterminés, car notre combat est légitime », assurait alors Lacine Koné, délégué du campement. Un engagement a été pris pour un relogement de ces familles dans des logements du département (93), la municipalité ayant refusé très justement que le problème soit réglé par elle, alors qu’elle a déjà un parc de logements sociaux de 41% avec 3800 demandeurs de logement en attende…

La promotion politique de l’immigré sans-papiers, un déni d’égalité

Le PCF faisait dans ce contexte un communiqué dans lequel il dénonçait la crise du logement et soulignait une contradiction en général passée sous silence que pose la question de l’immigration. « Le pire serait que l’affrontement oppose les familles qui ont occupé les appartements d’Aubervilliers aux 3 800 demandeurs de logement, eux-mêmes dans la plus grande précarité ». Continuant cette prise de position, Pascal Beaudet, maire d’Aubervilliers, peinait à cacher son exaspération : « Nous comprenons les difficultés extrêmes auxquelles sont confrontées les familles de squateurs, mais ce serait mépriser les 3 800 demandeurs de logements sociaux qui attendent une attribution ».

Le PCF découvre une contradiction pourtant évidente, l’opposition entre des immigrés qui demandent des droits dont la France leurs serait redevable comme patrie des Droits de l’homme et la façon dont ce fond de commerce s’oppose ici à des demandeurs de logements, immigrées ou pas, ordinaires, qui ont respecté les procédures sous le signe de l’égalité de traitement des individus devant la loi, dans l’esprit de cette laïcité qui nous tient tant à cœur. Là où le bas blesse, c’est que le PCF était il n’y a pas si longtemps un soutien sans réserve de ceux du squat de Cachan, pour beaucoup des squateurs sans-papiers, qui avaient les mêmes revendications que ceux d’Aubervilliers, et qui ont largement obtenu satisfaction de façon scandaleusement injuste en regard de ceux qui attendent parfois dix ans pour obtenir un logement et devant lesquels ceux-ci sont passés.

Il faut se remettre ici en mémoire que le PCF est pour la régularisation sans conditions de tous les sans-papiers, c’est-à-dire, la libre installation des immigrés en France, d’ailleurs comme l’essentiel de la gauche dite anti-libérale. Pourquoi la contradiction soulevée par le PCF n’incite-t-elle pas à aller plus loin, en se posant la question qui oblige à ouvrir les yeux sur cette situation qui, s’il y a une crise du logement, constitue en elle-même un problème : l’immigration et spécialement clandestine, celle des sans-papiers.

On sait que l’on peut construire des milliers de logement par an, cela ne suffira jamais à répondre aux flux migratoires des pays les plus pauvres, d’autant que nous sommes déjà dans ce domaine dans une situation dépassée. Faire respecter partout la loi SRU sur les 20 % de logements sociaux est sans doute absolument nécessaire mais s’avère dans ce contexte un argument dérisoire. On doit s’interroger si l’on doit tolérer que des personnes, sous prétexte d’être des immigrés, des sans-papiers, fassent fond de commerce d’une telle situation pour obtenir des droits qui leurs permettent de s’installer en France, ici, sans complexe au détriment d’autres. Une régularisation totale des sans-papiers serait une belle catastrophe donnant le feu vert à des centaines de milliers de candidats à l’immigration pour venir s’installer en France et réclamer « leurs droits » mettant en péril tous les équilibres sociaux.

On pourrait faire à l’égard des prestations sociales une remarque convergente, le premier budget des départements étant celui de l’action sociale, dont les journées d’hôtel que coûte l’accueil de famille sans logement avec enfants, y compris sans papiers dont les enfants sont scolarisés qui ne cesse de croître, s’inscrivent dans des dépensent publiques qui ont leurs limites et dont l’explosion met en grave danger le système de solidarité lui-même, dès aujourd’hui. Rappelons que ce système bénéficie à bien des familles d’origine immigrée ou étrangères souvent en difficulté en raison du caractère économique de leur immigration, dans des proportions ainsi bien supérieures à ce qu’elles représentent vis-à-vis de la population dans son ensemble.

Faut-il vraiment encore en rajouter en ouvrant en grand les portes de la France à une immigration sans contrôle ? Le choc de la situation d’Aubervilliers est un exemple éloquent qui doit faire réfléchir. Permettre une immigration oui, mais pas sans conditions et sans en mesurer avec sérieux l’impact. On ne doit pas accepter cette conception de l’immigré, sous-entendu comme étant nécessairement le plus déshérité, défendu par certains comme au-dessus des lois au nom de sa différence, car l’admettre, c’est encourager un racisme que l’on prétend combattre et un vote d’exclusion par exaspération qui n’en est pas loin.

Regarder la réalité de l’immigration et des difficultés qu’elle pose sans tabou

Lucien Marest, maire adjoint d’Aubervilliers, s’il considère que le problème est d’abord celui du déficit de logements sociaux dans notre pays, alors qu’on impose aux municipalités communistes qui font le plus d’efforts sur ce plan de faire encore plus, à l’image du DAL qui les vise plus particulièrement, il insiste sur le mode démocratique d’attribution du logement social, en fonction d’un ordre d’inscription sous la responsabilité de la préfecture, de la ville. « Or depuis plusieurs années des réseaux mafieux repèrent les logements sociaux que leurs locataires viennent de quitter » explique-t-il, « qui sont vides le temps de réaliser quelques travaux avant d’accueillir de nouveaux occupants. Et contre financement – jusqu’à 1 500 €, 1700 € – ils explosent les portes et installent des familles.

Celles-ci réclament alors de rester (…) si on acceptait de céder à cette méthode, cela deviendrait la loi de la jungle. Et ce serait au détriment des plus pauvres. » (L’humanité du 8-09-07)
Cette façon de présenter les squateurs est tout de suite moins reluisante que celle qu’entendent promouvoir ceux qui les défendent, sans règles, ou plutôt avec comme seule règle de les faire se loger quelle que soit la méthode, au mépris des familles qui font partie des demandeurs de logement en attente d’une attribution selon la voie ordinaire fondée sur un principe pourtant juste, celui de l’égalité de traitement des individus devant la loi.

Mais par-delà ces réseaux mafieux autour du logement il s’est aussi développé des réseaux de prostitution liés à l’immigration qui sont un véritable système dénoncé dans un excellent documentaire sur France 2 le 13 septembre dernier, retraçant le parcours d’une jeune fille de 15 ans l’ayant subi, « Grace, l’enfer du trottoir » On voit au Nigeria des familles vendre leurs filles à des maquerelles les mettant sur le trottoir à Paris pour financer la prospérité de la famille là-bas tout en versant sa part sur leurs corps à des proxénètes de la même origine.

Régulariser les sans-papiers, cela ne serait-il pas laisser libre cours à ce genre de systèmes ignobles qui pourraient proliférer, en raison même des conditions de misère économique sociale et politique qui poussent au départ des pays concernés, avec des gens prêts à tout ?
La plupart des organisations de la gauche antilibérale, s’appuient sur une conception qui fait du sans-papier le porteur de cette nouvelle liberté que serait un monde sans frontière, nouvelle icône remplaçant celle de l’ouvrier dans l’imaginaire du projet d’une révolution prolétarienne mondiale, l’immigration faisant exploser la notion de frontière et de nationalité. Mais s’agit-il bien sérieusement d’une nouvelle liberté pour les peuples ?

La libre installation des immigrés en France, une voie vers la fin de la nation, objectif de la mondialisation capitaliste

Comment ces organisations anti-libérales ne s’interrogent-elles pas sur l’utilisation stratégique faite par le capitalisme de l’immigration, dont la volonté de la contrôler vise à l’opposer aux travailleurs des pays avancés qui ont des acquis sociaux à défendre et que l’on entend tirer vers le bas. La mise en concurrence sur tous les plans voulue par la mondialisation implique l’effacement de la nation pour lever toute entrave au marché, telle l’intervention des Etats comme modérateur de l’économie libérale.

Dans ce contexte, les représentants du capitalisme entendent faire jouer ce rôle à l’immigration qui est de pousser à la formation de minorités de droits dans chaque pays, opposables à l’égalité et à l’idée d’un même traitement des individus sur l’ensemble du territoire de la nation. La gauche dite anti-libérale est pour la libre installation des immigrés en France à travers la régularisation de tous les sans-papiers et pour qu’on leur donne le droit de vote à toutes les élections, une démarche qui contient l’objectif de la fin des frontières et de la nationalité, équivalent à la fin de la nation.

C’est une contribution en réalité versée à la mondialisation capitaliste en pesant dans le sens de la fin des frontières et de l’éclatement des nations européennes en régions, en cultures, en ethnies et en religions, dans une série de sous-ensembles lui laissant le champ libre, qui ne peuvent prendre leur essor tant que la nation sera l’espace politique dominant dans l’organisation des peuples. C’est ce que le peuple de France a hautement affirmé avec le rejet de la Constitution européenne en mai 2005.

On veut nous faire oublier que la France est un contre modèle aux projets du libéralisme, entre ses Droits de l’homme qui prônent l’égalité, sa laïcité qui défend une citoyenneté au-dessus de toutes les différences, sa conception de l’intérêt général et du bien commun, ses services publiques, enfin, sa République laïque et sociale. Il y a, force est de le constater, convergence entre ceux qui veulent en finir avec la France comme modèle des acquis sociaux conquis de hautes luttes, avec la nation comme expression de la volonté du peuple, et ceux qui se disent anti-capitalistes et font autour du thème de l’immigration totalement le jeu de l’adversaire.

Il faut mener une analyse de classe de la mondialisation et du rôle qu’y joue l’immigration pour lutter efficacement contre le capitalisme. Pour autant, elle doit être accueillie, et la solidarité internationale jouer à plein, mais avec responsabilité au lieu des bons sentiments compassionnels qui font de la politique une question humanitaire réduite aux sans-papiers, repentance post-coloniale oblige, éludant ainsi le vrai combat à mener : l’union des peuples dans le cadre d’un rapport d’égalité entre leurs nations où ils ont conquis leurs droits et appris à se défendre, pour peser en faveur de transformations sociales pour tous, comme contre projet au capitalisme mondialisé. Il faut sortir pour cela, dans le camp des organisations anticapitalistes, d’une vision trotskiste antinationale dogmatique. Il n’y a rien de plus moderne que la nation pour le progrès des peuples.

L’idée d’« intégration » aux yeux de certains est une verticale orgueilleuse qui réclame la désintégration préalable de ce qui vient vers nous, et donc l’appauvrissement de soi, qu’elle ignorance ! .Comme si passer d’une société à l’autre, le plus souvent d’un continent à l’autre, n’impliquait pas une adaptation, jusqu’à même des renoncements comme à certaines traditions tels la polygamie ou le mariage forcé, largement pratiquées en Afrique sub-saharienne qui marque l’immigration d’aujourd’hui vers la France, ou à une conception de la religion qui supplante le politique…

Il n’est pas question d’interdire avec la laïcité les références culturelles de ceux qui émigrent vers nous, mais qu’elles trouvent leur place dans un pays qui est d’abord fondé sur le principe d’égalité malgré les imperfections, seul au monde à d’ailleurs avoir un tel modèle républicain. L’intégration est un enjeu de société majeur qui pose nécessairement la question des limites à donner à l’immigration pour que ceux qui souhaitent rester dans notre pays puissent le faire dans des conditions acceptables, tout en préservant la France du danger communautariste qui est tout aussi dangereux pour les immigrés eux-mêmes à les mettre à part.

On sait que dans des pays européens comme la Belgique ou l’Italie, des jugements ont donné raison à des pratiques culturelles, exorcisme ayant mal tourné jusqu’au décès d’une femme, crime pour mauvaise conduite et refus du port du voile, sous prétexte de respect de la culture des minorités comme nouveau principe des Droits de l’homme. Un principe mis en avant aujourd’hui comme « un élément clé de la politique européenne » au service de la mondialisation capitaliste. Il y a là un lien consubstantiel du libéralisme au communautarisme qui fracture les peuples en minorités de droits concurrentes rendus ainsi incapables d’agir contre lui, de ce côté l’immigré est ici bien mal soutenu en réalité par ceux qui prétendent le défendre en l’opposant à la nation. On ne saurait ignorer ces faits si l’on entend se mettre à l’avant-garde du combat pour une autre planète et briser la domination du capitalisme, ou ce serait refuser de voir qu’on lui rend service.

Guylain Chevrier

Docteur en histoire

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