Les femmes au coeur de la résistance iranienne

Publié le 17 août 2009 - par
Share

Au dictat de l’islamisme, de la terreur, de la misogynie due à la charia se rajoute le dictat des militaires, des miliciens, des « gardiens de la révolution », des basijis déchaînés comme des chiens sur des femmes et des hommes qui, au prix de tous les dangers, ne veulent plus, ne peuvent plus supporter d’être des citoyens de second degré.

La crise a commencé avec une massive participation des femmes et des hommes pour empêcher la réélection d’Ahmadi Néjad. C’est justement ce que le régime islamiste refuse. Il se veut la « volonté divine » exercée par le « guide suprême ». Pour lui, le peuple ne compte pas, le peuple lui doit obéissance.

Mais, ce que ces putschistes ne veulent pas comprendre c’est que les iraniennes et les iraniens ont subi 30 ans de mépris, 30 ans de répression, 30 ans d’oppression.
A présent elles et ils veulent être considérés comme des êtres humains à part entière, avec des droits humains, droit à la liberté, droit à la dignité.

Cela s’entend dans les slogans de la semaine dernière « le peuple iranien accepte la mort, pas le mépris » car le régime dictatorial n’a pas seulement menti, il a surtout méprisé le peuple.

Les femmes, dans la période préélectorale, par des protestations individuelles et collectives, avaient montré leur ras-le-bol de la répression dont elles sont victimes par le héjab (1) de façon tellement forte que les débats télévisés des candidats étaient dominés par des promesses d’assouplissement des réglementations du héjab. Même Ahmadi Néjad avait promis la révision des lois de « sécurité », en oubliant que c’est lui qui avait signé ces lois. Il ne faut pas oublier qu’en Iran la politique sécuritaire désigne les femmes comme fautives du désordre social.
À chacun sa sécurité ou sa politique sécuritaire !!.

C’est une grande erreur de croire que ce qui se passe en Iran est une bataille entre deux adversaires électoraux ou leurs supporters. Ce sont des femmes et des hommes de la rue qui appellent Moussavie, qui lui donnent rendez-vous ainsi qu’à son comité de soutien et qui lui demandent de soutenir leur lutte et leur protestation.

Dans cette grande protestation générale, les iraniennes participent en première ligne en dépassant le rôle traditionnel imparti aux femmes. Elles brisent tous les clichés et les stéréotypes concernant les femmes, au mépris de leur mort.

Protestataires, elles le sont entièrement.

Les femmes, premières cibles et victimes du régime islamiste, payent davantage leur engagement dans ces protestations. Elles sont insultées, arrêtées, torturées, tuées. Dans certains cas, le régime inflige aux jeunes femmes des violences, des viols, des sévices et une barbarie inimaginable. Pourtant elles se mobilisent. Rien ne les arrête. Elles sont en tête et motrices des manifestations.

Elles mettent en échec certaines arrestations. Elles jettent des pierres quand les manifestants sont attaqués. Elles construisent des barricades.
Elles se jettent devant les basijis (2) lorsque ceux-ci frappent et arrêtent des jeunes. Parfois même, elles font tomber des « miliciens en habit civil » qui attaquent en moto des rangs de manifestants.
Le cri « mort à la dictature », le jour comme la nuit, a une teinte féminine.

Le vendredi 17 juillet, lorsque le peuple, pour empêcher d’autres massacres, invita Moussavi, Rafsandjani, et Karoubie, les « modérés » du régime islamiste, dans les rues et à la prière du vendredi, ce sont elles qui brisèrent la ligne jaune : plus de séparation sexiste ni dans les rues, ni lors des prières alors que toute manifestation mixte a été interdite depuis 30 ans.
Bien entendu, le lendemain, des journaux du régime hurlèrent au scandale : « Désastre ! L’islam s’effondre dans ce pays ! Des millions de femmes maquillées, à côté d’hommes, dans la prière du vendredi ont sifflé, ont applaudi, ont crié « libérez les prisonniers politiques ».
Ce n’est plus une prière, c’est la fin de l’islamisme dans notre pays ! ».
En imposant la mixité dans les manifestations, en détournant le héjab obligatoire (sous peine d’amende, de coups de fouet, de prison), les femmes ébranlent le fondement de ce régime.

Parmi des milliers d’arrestations de la semaine dernière, Shadi Sadre avocate, journaliste et féministe fut kidnappée et violentée dans les rues de Téhéran puis emprisonnée le 17 juillet, juste avant de pouvoir prendre part à la manifestation….Depuis, elle est toujours emprisonnée.
Le peuple iranien, pour se libérer de ce dictat croisé islamo-terroriste, a besoin du soutien des femmes et des hommes libres.

Nous pouvons les soutenir et exiger la visite d’Amnesty international et de la Croix Rouge dans les prisons, la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers, l’interdiction de la torture, l’abolition de la peine de mort.

Ann Assieh PAK

Juillet 2009

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.