5. Les langues utilisées en France, dites minoritaires, issues de l’immigration

Publié le 21 octobre 2008 - par - 1 356 vues
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Les langues utilisées en France, issues de l’émigration, sont nombreuses, parfois en extinction car provenant d’une immigration ancienne (polonais, dialectes italiens par exemple). Elles sont souvent encore utilisées par de nombreux locuteurs provenant d’une immigration récentes en nombre bien plus importants que ceux des langues régionales traditionnelles (comme l’arabe dialectal maghrébin), et dans certains cas provenant d’une immigration ayant gardé des liens communautaires (comme l’arménien, le romani et le yiddish).

Le quart des citoyens français ont un ancêtre d’origine étrangère venu en France à partir du 19ème siècle, mais même leurs descendants issus de mariages communautaires ont au bout de trois ou quatre générations (et souvent au bout d’une ou deux) adopté la langue française au moins comme langue principale, voire le plus souvent comme langue exclusive. C’était tout le génie de l’intégration dans la nation républicaine française sans constitution de structures communautaristes d’origine ethnique, car fondée sur les valeurs de la laïcité.

Les langues issues de l’émigration, restent donc utilisées dans deux cas :

1/ Lorsque qu’elles ont un objectif de garder un lien communautaire (comme l’arménien, le romani, le grec, le polonais, le russe, le serbe, mais aussi le kabyle récemment et le yiddish dans le passé proche), ce qui ne signifie pas pour autant l’obligation de structures communautaristes, et c’est bien la langue française qui est utilisée comme langue première ou principale.

2/ Lorsque que l’immigration est récente, voire quand elle continue de se faire dans le présent, avant une éventuelle intégration réelle dans la nation républicaine laïque et la connaissance aisée de la langue française. C’est le cas de l’arabe dialectal maghrébin, des langues berbères diverses, des langues africaines subsahariennes, du turc, et des langues asiatiques (comme le vietnamien, le khmer, le lao).

La Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF), faisant suite au rapport Cerquiglini retient très bizarrement seulement comme langues minoritaires de France, non régionales, le berbère, l’arabe dialectale, l’arménien occidentale, le romani, le yiddish et le judéoespagnol. Et là, nous ne manquons pas de manifester notre étonnement.

1/ Alors que la DGLFLF a tendance à multiplier la reconnaissance des formes dialectales des langues régionales (affaire du saintongeais détaché du poitevin en 1997), il reconnaît seulement une langue berbère, alors que les différents dialectes de ce groupe de langues sont le plus souvent non intercompréhensibles pour leurs locuteurs entre eux (kabyle, chaouia, ouarsenis, targui, chleu…). Cela, bien sur n’est pas innocent, nous allons le voir.

2/ Si le yiddish (ou judéoallemand) peut être encore considéré comme langue communautaire juive ashkénaze utilisée chez les plus de 60 ans en France, on s’interroge sur la reconnaissance du judéoespagnol (ou ladino), langue qui fut la langue communautaire juive sépharade commune seulement dans le passé. En effet, le judéoespagnol n’est utilisée actuellement qu’en Turquie, en Grèce,voire en Israël, mais n’est plus utilisée au Maghreb en général depuis plus d’un siècle et parfois deux, sauf jusque dans les années 1960 dans certaines communautés de villes marocaines et d’Oran. La revendication actuelle de 20.000 à 40.000 locuteurs en France qui a permis cette reconnaissance par la D GLFLF est une mystification (cela voudrait dire que 5 à 10% de la communauté juive l’utilisent en France, ce qui démontre par elle-même, l’absurdité de cette affirmation).

En fait, il a été tenu compte que 20.000 à 40.000 personnes sont seulement des descendants de locuteurs du Maroc et d’ Oran qui pratiquaient cette langue !!!

Ces 2 cas illustrent parfaitement, par l’absurde, la volonté politique des acteurs de la DGLFLF, qui est de reconnaître à tout prix des structures communautaires d’origine ethniques, et dans l’avenir certainement des structures communautaristes, fondées sur des langues spécifiques. C’est bien la reconnaissance à terme d’une communauté berbère en France (et tant pis si leurs membres n’arrivent pas à se comprendre entre eux vue les différences dialectales, l’une s’imposera sans doute par un mécanisme d’ impérialisme linguistique) et la reconnaissance de structures communautaristes juives basées sur deux langues historiques, le judéoallemand (ou yiddish) et le judéoespagnol (ou ladino).

Ces deux exemples font mieux comprendre aussi le sens de la politique qui est d’imposer les langues régionales aux populations d’une aire géographiques traditionnelle en France. Que penser des projets consistant à imposer le dialecte corse pour tous les élèves (sinon les familles devront refuser volontairemnt, et on voit bien là les pressions qui s’exerceront) dans l’enseignement des écoles primaires et secondaires en Corse, le dialecte alsacien en Alsace, le Basque au pays Basque, et même le Breton en Bretagne de l’Ouest, par des nationalistes xénophobes hostiles aux valeurs républicaines laïques ? Cet objectif paraît bien ainsi être celui de créer des structures communautaires distinctes à droits et devoirs différents, donc à volonté communautariste, basée sur des langues spécifiques. C’est ce que permettrait sans coup férir l’adoption par la France de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Nous y reviendrons donc.

Mais cela nous fait toucher du doigt déjà maintenant le totalitarisme (le mot n’est pas trop fort) rampant de cette politique communautariste à base ethnique.

Si tout ou partie de la communauté juive française veut connaître l’hébreu moderne à la place du yiddish et du ladino, elle en seront dissuadée.

Si tout ou partie de la communauté arménienne française, qui est issue des rescapés du génocide pratiqué par l’état turc en 1915 souhaite parler l’arménien oriental (langue de la république arménienne indépendante depuis 1991), à la place de l’arménien occidental parlé par leurs parents et grands-parents, elle en sera dissuadée puisque seul l’arménien occidental est officialisé.

Si tout ou partie de la communauté maghrébine française parlant l’arabe dialectal maghrébin veut plutôt apprendre à ses enfants l’arabe standard officiel utilisé dans tout le Moyen Orient et certainement bientôt dans tout le Maghreb , elle en sera donc dissuadée.

L’hébreu moderne, l’arménien oriental, l’arabe standard officiel peuvent justement, de par leur nature même, être appris volontairement plus facilement par des citoyens français non membres de ces communautés vu leur possibilité de communication linguistique dans d’autres pays, ce qui aurait pour effet d’empêcher une évolution communautariste d’enfermement identitaire par l’utilisation de ces langues. Or ce n’est pas, à l’évidence, la volonté des propagandistes de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, et de leurs correspondants à la DGLFLF.

Il est en effet intéressant de rappeler que la diffusion de l’article sur la finalité des langues dans la construction d’une nation que j’avais fait paraître en mai 2007 dans le journal électronique Respublica avait fait réagir aussitôt violemment un rédacteur, manifestement autonomiste, d’une publication bretonnante, réaction diffusée par l’Agense Bretagne Presse.

Celui-ci, en effet, s’était gaussé, plus que bêtement d’ailleurs (mais pouvait-il en être autrement dans ce genre?), du fait que dans des maisons de la culture arménienne de la région Rhône-Alpes, j’avais pu constater que des enfants (certes en nombre très restreint, mais quand même), d’origine polonaise et maghrébine avaient pu apprendre la langue arménienne avec leurs copains de quartier (comme les kalmoukes de Crimée, dont la famille du célèbre footballeur Djorkaeff faisait parti l’avait fait entre 1920 et 1940 dans la banlieue lyonnaise) et que c’était un signe de l’ouverture culturelle au monde par les langues, évitant un enfermement identitaire.

Il n’avait pu s’empêcher de rajouter avec une hargne à peine contenue que le breton devait être enseigné aux enfants de Bretagne vu leur histoire, sous entendu enseigné obligatoirement à tous les enfants de Bretagne et uniquement à eux, laissant ainsi surgir la conception ethnique de l’utilisation de la langue. Il n’y a alors qu’un pas à faire pour justifier l’imposition généralisée de l’apprentissage des langues régionales à tous les enfants dans une aire géographique donnée, segmentant ainsi le pays en de multiples communautés séparées les unes des autres par la langue, conception rejetée par les valeurs républicaines.

Pour finir cet article, nous constatons bien, par ces exemples concrets, que les propagandistes de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires et par leurs correspondants à la DGLFLF ont une vision ethnique et totalitaire de l’enseignement et de l’utilisation de ces langues dites « régionales et minoritaires ». Vision ethnique pour le choix imposé des bénéficiaires de l’apprentissage de ces langues suivant leur origine. Vision totalitaire puisqu’il s’agit de prôner l’enseignement obligatoire de langues spécifiques par aire géographique déterminée ou par communauté ethnique.

Ce qui est grave, c’est qu’une gauche bobo, ayant perdu la plupart de ses repères de valeurs républicaines laïques, se laisse entraîner dans des revendications identitaires ethniques et totalitaires, par des propagandistes qui n’ont rien ni de laïques , ni de républicains.

Nous reprendrons cette analyse dans le prochain article.

Valentin Boudras-Chapon

http://laicite.republique.free.fr

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