Les mosquées, on en a assez à Riyad !

Le Caire s’enorgueillissait autrefois d’être la ville aux mille minarets. Ce nombre de minarets paraît aujourd’hui totalement insignifiant comparé aux milliers de minarets qui pullulent dans la ville de Riyad (1). Il y a trois ans seulement, le nombre total de mosquées et de lieux de culte à Riyad atteignait 11.000 (cf. le journal électronique de Riyad du 11 juillet 2006).
On se demande aujourd’hui à quel nombre on aboutit trois ans après. A quel nombre en 2050 ? Quand je regarde à la droite, je vois une mosquée, quand je regarde à gauche, je vois une mosquée, devant moi se dresse une mosquée, derrière moi se dresse une mosquée. Un jour, j’ai compté par la fenêtre de la maison, les minarets qui dépassent des toits des maisons de notre petit quartier. Il y en avait 12 seulement.
Bien sûr, ce nombre n’inclut pas, le reste des mosquées que je n’ai pas pu voir à ma droite, à ma gauche et derrière moi. Imagine… dans ce quartier, se dressent les minarets d’une majestueuse mosquée qui peut accueillir tous les habitants du quartier et, à 200 m, il y a une autre mosquée encore en construction qui n’est ni moins majestueuse, ni moins splendide. Après toute cette époustouflante et démente course à la construction de mosquées, les imams et les adeptes du courant religieux s’interrogent avec un serrement de cœur : pourquoi les musulmans ont-ils déserté les maisons de Dieu ? !
Si les Saoudiens s’arrêtent aujourd’hui de construire des mosquées supplémentaires, les générations futures ne se plaindront ni de difficultés à se rendre à la mosquée ni de la multitude des fidèles ni de leur attroupement. Notre ville dont le visage est couvert de tant de poussière n’a pas besoin de mosquées et de haut-parleurs supplémentaires et n’a plus la force de supporter la cacophonie et le vacarme de vos prières et de vos invocations. Riyad a plus besoin de jardins et d’arbres que de mosquées, elle a plus besoin de centres de recherches et de centres de soins que de mosquées, elle a plus besoin d’annexes de services administratifs que de mosquées, elle a plus besoin d’usines et d’écoles pour fournir du travail et former les femmes et les chômeurs. Je n’ai jamais entendu un jour quelqu’un crier : les mosquées, on en a assez ! Qui oserait même y faire allusion, par des symboles ou des codes ? Incroyance, apostasie, athéisme, laïcité etc… ces accusations prêtes à l’emploi assailliront celui qui se mette à protester contre la construction des maisons de Dieu !
Pour revenir au rapport cité précédemment dans le journal de Riyad, on découvre que 450 mosquées ont été construites par les « gens de bien », pour un coût dépassant 1 milliard de riyals (2). Il aurait été plus judicieux que ces « gens de bien » dépensent ces sommes faramineuses pour des projets utiles qui touchent les préoccupations de l’homme au quotidien et qui participent à améliorer ses conditions de vie. Ces sommes allégeraient ses difficultés au lieu d’être gâchées dans du futile. Le problème dans le comportement des « gens de bien » c’est une dose évidente d’égoïsme qui va à l’encontre des qualificatifs qu’on leur accorde. Les « gens de bien » ont construit des mosquées pour qu’elles soient le couronnement de leurs dons qu’ils pensent retrouver après leur passage dans ce monde. En d’autres termes, ils les ont construites pour se garantir un flot de gratifications qu’ils échangeront plus tard au paradis en femmes, en éphèbes, en palmeraies et en vins. Ce n’est donc pas pour permettre aux gens de prier qu’ils les ont construites. D’ailleurs le gouvernement construit déjà des mosquées bien plus que des écoles, des bibliothèques et des hôpitaux.
Reste à poser la question la plus importante : cette folle ruée à la construction de mosquées a-t-elle été accompagnée d’une amélioration notable dans les caractères et les comportements de la société ? On nous raconte que le mal vient des fils de l’islam et non de l’islam lui-même. Soit. Si le fait était ainsi, pourquoi ne pas reconsidérer cette ruée du gouvernement et des « gens de bien » à construire des édifices qui n’ont jamais réussi à humaniser les membres de la société, à éduquer leur comportements et à élever leur mœurs, mais qui, bien au contraire, ont été le nid bien douillet où ont éclos les œufs du terrorisme et qui a ravivé la flamme de l’extrémisme religieux. Le problème que presque tous évitent de voir dans ce qui se déroule autour de nous à savoir la course non justifiée à la construction de mosquées, est qu’il rejoint ce qui domine une société qui sombre dans les démonstrations superficielles et des apparences religieuses ridicules : les barbes, les vêtements longs, le cure-dent, le voile, les gants, les invocations et les demandes de pardon. Qu’avons-nous récolté de ces moquées ? le tarissement des ressources financières… l’aggravation de la pollution environnementale… et enfin la formation de terroristes.
Hishâm Mohammad (*)
Traduit de l’arabe par Bernard Dick
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Notes du traducteur :
(*) Hishâm Mohammad est saoudien (Affkar_hurra@yahoo.com).
Article publié le 24/04/2009 par le site www. annaqed.com (Le Critique)
(1) Riyad (Arabie Saoudite) 4.500.000 habitants, soit une mosquée pour 400 personnes en 2006
(2) Riyal saoudien : # 0,178 €

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