Les régimes spéciaux, une lutte symbolique

Publié le 17 novembre 2007 - par

Les régimes spéciaux doivent passer de 37,5 ans et demi à 40 (bientôt 40, voire 42, comme le régime général et la fonction publique). On nous dit qu’il s’agit d’une question de justice. On nous dit que les Français veulent tous être égaux devant les difficultés. On nous dit que des associations militent pour que les sales privilégiés de la fonction publique ou des régimes spéciaux soient enfin dans le même état de misère que les autres. Ca s’appelle l’alignement par le bas.

On ne nous dit pas que les Français ne sont pas tous égaux, que bien des dirigeants d’entreprise ont des retraites dorées ( pour ne pas parler de parachutes dorés ) ; que les Français bénéficiaires du bouclier fiscal voté en juillet, qui ont reçu deux ou trois cent mille euros de remboursement par le fisc ne sont pas égaux aux autres ; on ne nous dit pas que les députés, sénateurs, ministres et anciens présidents de la République ont droit à une retraite à vie à partir d’un seul mandat …

Elle est où la justice ? On ne nous dit pas que les bénéficiaires des régimes spéciaux sont trop peu nombreux pour mettre en péril l’équilibre des retraites par répartition, on ne nous dit pas que les “avantages” de certaines catégories de salariés, régimes spéciaux ou fonction publique, ont été accordés à un moment donné pour attirer les salariés vers des métiers peu lucratifs par rapport au privé et/ou avec des contraintes spécifiques. Plusieurs nuits par semaine en-dehors de chez soi, postes dans des lieux non désirés et où personne ne veut aller … ces contraintes n’ont pas toutes disparu, et de loin ! La différence, c’est que les salariés du privé, eux aussi, commencent à gagner peu, à être obligés de déménager pour trouver du travail. La seule justice serait de tout mettre à plat pour que tous ceux qui ont des métiers pénibles, à contraintes fortes, dans le régime général aient des compensations, financières ou retraites anticipées …

Les fonctionnaires et les agents bénéficiaires des régimes spéciaux ne disent pas qu’ils ont laissé, lâchement, les cotisations du régime général passer de trente-sept ans et demi à quarante en 1993. Ils ont ainsi ouvert la porte à toutes les déréglementations … Les socialistes ne nous disent pas, eux non plus, pourquoi ils ne sont pas revenus sur cette loi de 1993 quand ils ont eu le pouvoir. Ils s’en sont bien gardés, trop heureux que la droite ait fait le sale travail que Bruxelles demandait !

Surtout, personne ne dit que nous devons tous vivre moins bien parce que les technocrates à l’abri de leurs bureaux bruxellois en ont décidé ainsi. Parce que les autres pays européens qui n’ont pas notre tradition républicaine, nos valeurs de solidarité et notre art de bien vivre nous mettent à l’index. Parce que la retraite à soixante ans en France, alors qu’elle passe à soixante-sept en Allemagne, nous mettrait, paraît-il, en-dehors de la course. Parce qu’ils ont décidé que le but de la société n’est pas la protection de l’individu et la satisfaction de ses besoins mais l’enrichissement d’une classe dominante internationale qui a besoin d’esclaves dociles. Parce que nous vivons dans une société schizophrène qui nous pousse à économiser de l’énergie pour mieux consommer et gaspiller, mettant ainsi en danger la survie même de l’humanité sur la terre.

Français, on vous ment. Français, on vous manipule. Français, on développe en vous la jalousie et la haine de l’autre. Français, on est en train de faire à l’échelle de votre pays, de l’Europe et du monde un train discriminatoire : la première classe pour l’élite financière et ses héritiers, la troisième pour leurs esclaves. Ne cherchez pas la deuxième classe, elle est en train de disparaître, de se fondre dans la troisième classe.

Christine Tasin

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi