Les suicides d’honneur remplacent les crimes d’honneur en Turquie

Publié le 8 septembre 2007 - par - 469 vues
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D’après l’association Kam-er, dans le secteur kurde du sud-ouest de l’Anatolie, de plus en plus de familles forcent les jeunes filles à se suicider parce qu’elles choisissent le mauvais petit ami ou parce qu’elles portent des vêtements trop serrés.

On les empêche de sortir et on leur fait subir une pression insoutenable qui les conduit à l’irréparable.
Des centaines de jeunes femmes se sont suicidées ou ont tenté de se donner la mort.
Même des jeunes filles âgées de douze ans sont enfermées pendant plusieurs jours dans des pièces contenant une corde, du poison ou bien un pistolet.

D’autres se jettent dans le Tigre, s’ouvrent les veines ou sautent du toit.
Ces décès, que l’on fait passer pour des accidents ou des suicides, sont de véritables crimes d’honneur.
Depuis quelques mois, au moins quatre jeunes filles par jour se rendent au siège de l’association Kam-er suite à des menaces de mort subies de la part de leurs pères ou frères. Certaines d’entre elles ont reçu des messages sur leur portable annonçant : « Tu as sali notre nom. Tue-toi, sinon c’est nous qui allons te tuer ».

Dans la région se trouve la première raffinerie de pétrole de Turquie, qui a attiré une main d’œuvre provenant des zones rurales pauvres.
Nulle part ailleurs le conflit entre tradition et modernité n’est vécu aussi brutalement.
Les (jeunes) femmes qui osent vivre à l’occidentale (écouter la radio, échanger des regards avec un garçon, porter des jupes un peu courtes) sont accusées de déshonorer leur famille tout comme les victimes de viols et incestes.

Elles sont punies : on les incite au suicide ou bien on leur coupe le nez, on leur rase la tête ou on les menace de mort.
La Turquie souhaite entrer dans l’Union Européenne. Par conséquent le gouvernement a rendu plus sévères les lois contre les crimes d’honneur. Ceci explique pourquoi les « suicides » ont remplacé les féminicides.

Le pays va-t-il rester laïque ?
Au début de l’année des conseillers municipaux d’Istanbul ont essayé d’interdire les affiches publicitaires représentant des maillots de bains un peu osés.
La Turquie est devenue le centre principal de propagation d’une version islamique du créationnisme.
Nouvelle rassurante : seulement 9% des citoyens turques souhaitent un état islamique.

Source : article d’Helena Smith, publié dans The Guardian Weekly du 31-8-2007

(Traduit de l’anglais par Rosa Valentini)

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