Lettre aux camarades anticapitalistes qui se voilent la face : le monde est-il simple ?

Le monde est simple, ses problèmes sont simples. Voilà tout le secret et la doctrine de l’anticapitalisme primaire et d’une partie de l’extrême gauche.
D’un côté, il y a des méchants : on dit « dominants », ou « ultralibéraux », ça fait plus scientifique. Ces salauds empêchent tout le monde d’être heureux en volant l’argent des travailleurs, en exploitant les immigrés et les ouvriers, en colonisant la Palestine.
D’un autre côté, il y a les gentils, on les appelle « les dominés », ça fait plus sérieux. Les dominés ce sont en vrac les ouvriers, les musulmans (tous les musulmans, on oublie qu’iln y a les riches pétroliers, le milliardaire Ben Laden etc., ou plutôt on en fait de siomples marionnettes des « méchants américains »), les immigrés légaux et illégaux, les salariés moyens, les profs de facs qui lisent le Monde diplo, Che Guevara, les jeunes des banlieues…
Bref, les dominés sont gentils, aimants, bienfaisants, veulent vivre en harmonie et ne pillent personne. Ils veulent tout partager. Quand ils sont agressifs, c’est suite à des violences policières, au racisme, à l’exploitation, enfin cette violence ne vient jamais d’eux, eux ne sont qu’amour, tolérance et fraternité.
La solution des problèmes du monde? Mettre hors d’état de nuire les méchants. On peut le faire démocratiquement.
Vous me direz : il y a un problème, lors des élections, les gentils (par ex. les ouvriers et les petits employés) ne votent pas pour les gentils partis d’extrême gauche, mais pour des méchants (ce fasciste de Sarkozy ou ces traîtres du PS).

C’est normal, car les méchants (enfin les dominants) contrôlent les médias, la TV, l’industrie culturelle etc., pour empêcher les gentils de gagner les élections, et en plus ils créent de fausses divisions entre les gentils (comme le pseudo débat sur l’identité nationale ou la burqa).
Donc vraisemblablement il faudra mettre hors circuit les méchants avec fermeté, voire de regrettables violences. Après tout Che n’était pas un pacifiste, et quelques exécutions ne lui déplaisaient pas quand il dirigeait les prisons cubaines (il paraît qu’il assistait aux exécutions capitales avec un cigare au bec, très content du spectacle, à en croire la biographie écrit par Machover sur Che, mais passons ce « détail »…).
Je résume : pour avoir un monde heureux, il suffit de supprimer les méchants. Couiiic, et il n’y aura plus d’injustices sur terre.
Dans cette optique, les islamistes sont des précurseurs, ils ont compris le truc ; une fois qu’on en aura terminé avec les méchants « américano-sionistes » tout ira bien, Ben Laden sera gentil, les islamistes laisseront vivre en paix les femmes, les homosexuels, les chrétiens, les athées (et même le Juifs !) ; conclusion : il faut s’allier avec les islamistes. D’ailleurs mieux vaut un islamiste qu’un ultralibéral « juif et cosmopolite » heu excusez, dans ces milieux on dit : un sioniste.

La candidate voilée

Maintenant, songeons à Olivier B. Bien sûr sa vision du monde est beaucoup moins violente ; il ne prône pas la révolution armée, mais une lutte sociale légale et raisonnable. Nous ne lui prêtons pas les idées de violence de l’extrême gauche anti-démocratique vue précédemment.
Son parti présente une candidate qui porte le voile. C’est normal : dans la logique de l’extrême gauche, le débat sur le voile est un faux débat, créé de toutes pièces par les méchants pour diviser les gentils. Les gentils ils s’entendent tous, qu’on soit voilée ou non, homophobe ou non, machiste ou non, etc., toutes ces questions ne sont que de fausses questions pour détourner du vrai combat qui doit être mené contre un petit groupe de lobbies très riches et très méchants.

Les dominés ne peuvent jamais être des criminels

L’alliance des islamistes et d’une certaine extrême gauche n’est qu’une conséquence de cette vision du monde simpliste, dans laquelle les divisions entre « dominés » ne sont jamais évoquées, et dans laquelle l’idée que des « dominés » puissent aussi être oppresseurs, machistes, ne vient à l’esprit de personne. Un jeune de banlieue par exemple n’est jamais violent ou raciste « antifeuj », même pas macho avec sa soeur, c’est impossible, ou alors c’est juste une réaction passagère, qui passera une fois les méchants éliminés…
Vous ne me croyez pas ? Prenons des exemples.
Supposons que quelques jeunes des cités attaquent des juifs à la sortie d’une synagogue. Un sociologue commencera un raisonnement, mais vous connaissez déjà la conclusion : ces « jeunes des cités » ne sont pas racistes et encore moins antisémites, ils sont juste en colère à cause de l’agression impérialiste contre Gaza. C’est donc la faute des sionistes si des juifs ont des problèmes en banlieue parisienne !
Autre exemple. Si Ben Laden lance des attentats, ou qu’il y a des bombes humaines à Karachi, un commando à Bombay, un chercheur vous expliquera plein de choses mais la conclusion s’impose : c’est à cause des injustices subies à cause des USA et des sionistes que quelques gentils et pauvres damnés de la terre ont dû tout faire sauter !
Et même si une école est vandalisée en banlieue parisienne, ou qu’une jeune fille est brûlée vive par son fiancé, si les auteurs font partie des dominés, ce ne sont pas eux les véritables auteurs ; c’est le capitalisme qui les a désespéré, ou le sionisme qui en fait trop, ou l’Etat colonial français qui continue à opprimer leurs misérables quartiers !
D’ailleurs quand les tours du World Trade Center sont tombées, cela ne pouvaient pas être d’autres auteurs que les Américains, toujours eux, disent certains révolutionnaires. S’il y a quand même l’action de terroristes, ceux-ci n’ont fait que réagir à l’impérialisme… mais bon, Meyssan et compagnie vous montreront qu’au fond c’est bien la CIA et les méchants occidentaux qui ont tout fait.
Essayez et vous verrez qu’au-delà des raisonnements les plus poussés, vous connaissez toujours d’avance la conclusion. Gagnez du temps et donnez sa propre conclusion à votre interlocuteur.
On se demande alors comment des universitaires font pour adhérer à cette extrême gauche et à sa vision du monde, aussi simpliste que celle de George W. Bush, qui voyait lui aussi le monde de façon binaire.
Loick

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