Lettre de Serge Poinsot, maire de Vigneux, à Pierre Cassen, animateur de Riposte Laïque

Publié le 24 juin 2008 - par - 483 vues
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Monsieur,

Je prends aujourd’hui connaissance, avec un peu plus d’intérêt, de votre message du 12 juin dernier, ayant surfé, ce jour, sur votre site. Edifiant, s’il en est, de pouvoir écrire tant d’inepties en se drapant si maladroitement de nos plus beaux principes républicains.

Croyez-vous un seul instant qu’en ma qualité de Premier Magistrat de la commune, je puisse autoriser une association, quelle qu’elle soit, à utiliser un équipement public municipal si un risque de discrimination contraire aux lois de la République se révèle au grand jour ?! Quelle idée vous faîtes vous donc d’un Maire de France ?! Il est bien évident qu’à la minute où j’ai eu connaissance de la communication faite sur internet de ce tournoi de basket féminin révélant un manquement aussi grave aux règles d’utilisation d’une structure publique, j’ai pris les dispositions nécessaires pour annuler l’événement. L’Association Culturelle des Musulmans de Vigneux, à l’initiative de ce tournoi, que j’ai saisie la semaine dernière, pour lui exprimer ma réprobation, a parfaitement compris ce que signifiait une rupture d’égalité de traitement des usagers devant le service public. Elle a exprimé ses regrets s’agissant d’une communication pour le moins maladroite pouvant clairement s’afficher comme contraire aux lois de la République. Cette manifestation ne se tient donc évidemment pas. J’y ai veillé et n’ai pas attendu vos offuscations affectées pour agir. Voilà pour la forme.

Sur le fond, par contre, il est temps qu’on arrête, s’il vous plaît, les délires obsessionnels en cessant de projeter ses phantasmes islamophobes et ses anachronismes géopolitiques dans nos banlieues. Comment, me direz-vous ? Et bien, c’est tout simple : en se rendant sur place, en quittant son confort de plumitif ou son masque de zorro laïcisant, pour se frotter aux réalités sociales et citoyennes de la France, non pas des banlieues, mais de la France d’aujourd’hui.

Je vous invite donc à vous rendre à Vigneux-sur-Seine, à la rencontre notamment des 17 ethnies qui composent ma commune et à dialoguer avec ses différentes obédiences confessionnelles : juives, musulmanes et chrétiennes. A voir comment la laïcité est défendue et se construit jour après jour dans le respect des identités de chacune et de chacun. Et puisque le prisme musulman semble vous chatouiller tant que cela, puisque, selon vous, « la charia avance » dans ma commune et bien venez vous rendre compte par vous-même. Je vous invite déjà à me rencontrer pour juger à sa juste mesure si je fais ou non partie des élus qui « préfèrent s’aplatir pour acheter la paix sociale ». Venez, je vous invite également à aller à la rencontre de l’Association Culturelle de Musulmans de Vigneux pour en mesurer la prétendue dangerosité. Les femmes et les hommes qui la composent seront, à n’en pas douter, ravis de vous expliquer leur attachement à la République et à ses valeurs.

Mon secrétariat se tient à votre disposition pour caler un rendez-vous. N’ayez pas peur, la banlieue, ce n’est pas aussi terrible que cela… Vous apprécierez comment les élus locaux, de banlieue et d’ailleurs, défendent et font aimer la République. Il est toujours facile jeter des anathèmes, de se complaire dans un manichéisme outrancier ou de jouer la carte du populisme laïque. Il est autrement plus délicat de vouloir comprendre comment la République s’écrit et s’impose dans le champ local. L’individu-citoyen, coupé de ses allégeances primaires n’existe plus. C’est un mythe qui n’est plus opératoire de la Nation France. La construction de l’identité nationale ne se décrète pas, elle se construit au travers d’un processus de socialisation plus complexe que par le passé. Il est sans doute là le véritable défi de la République française : comprendre que les liens particuliers fortifient le lien général au lieu de l’affaiblir. Cessons ainsi de stigmatiser une appartenance religieuse en l’opposant à la citoyenneté française. La République, c’est une pédagogie, pas un dogme. Elle s’enseigne, elle se distille, elle se fait comprendre, elle s’affirme mais elle ne se décrète plus.

Je ne tolère ainsi aucun manquement aux principes républicains et fais respecter les lois de la République. Non à la hache mais dans le dialogue. Je ne tolère, de la même façon, aucune leçon de morale républicaine. J’essaie de la même façon de me garder des premières apparences, elles sont souvent trompeuses. En cela, vous êtes pour le coup dans l’erreur. Non dans votre attachement à la République dont je prends acte mais dans l’erreur grossière quant à vos interprétations.

Pour être réellement efficaces, la tolérance et la laïcité ne doivent pas relever de la seule abstraction philosophique, elles doivent aussi s’imposer naturellement par le dialogue et le respect d’autrui. Un concept qui vous a sans doute échappé mais je me propose bien volontiers de vous expliquer.

Salutations républicaines et vigneusiennes,

Serge Poinsot

Maire de Vigneux-sur-Seine

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