Lettre ouverte à Messieurs Gaudin et Guérini : que comptez-vous faire contre la prolifération de burkas à Marseille ?

Publié le 15 juillet 2008 - par
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L’un d’entre vous sera élu maire de Marseille, dans quelques semaines. Nous sommes des citoyens et des citoyennes appelés aux urnes les 9 et 16 mars prochains. Nous sommes des hommes et des femmes attachés aux valeurs du vivre ensemble fondées sur le principe de laïcité défini selon les termes de la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat.

En cette période électorale, nous voulons vous interpeller sur un sujet qui est, pour nous et pour un grand nombre de Marseillais, particulièrement préoccupant et qui concerne cette notion du « vivre ensemble » bien souvent évoquée dans les discours politiques des candidats de tous bords. Nous souhaitons exprimer, par cette lettre, notre désarroi face un phénomène qui touche à la dignité des individus et qui est une offense aux femmes libres de ce pays.

Vous ne pouvez pas ignorer, Messieurs, la présence de plus en plus visible dans les rues de Marseille, en centre ville comme dans les quartiers périphériques, de femmes vêtues du voile intégral islamique, certaines d’entre elles étant enveloppées de la burqa qui les recouvre entièrement.

La vue de ces fantômes noirs, que nous croisons au quotidien dans notre ville, nous heurte avec violence et nous renvoie les images insupportables des femmes iraniennes ou afghanes, battues ou lapidées, victimes muettes des lois barbares de l’islam politique. Cela fait frémir lorsqu’on sait que certaines d’entre elles ont payé de leur vie pour avoir refusé de se vêtir ainsi, que d’autres, comme Taslima Nasreen ou Chahdortt Djavann, ne cessent de dénoncer l’ignominie du voile islamique.

Par leur tenue ostentatoire, ces femmes portent le drapeau de l’islam politique. Enfermées dans ce linceul de la pudeur, elles affichent leur relégation au second rang de l’humanité. Elles sont les marqueurs d’un retour à l’oppression et à la discrimination sexuelle. Elles sont une caution à la barbarie.

Parce que nous refusons de supporter plus longtemps la vue de ces femmes sans humanité.

Parce que nous ne voulons pas que les acquis des femmes pour leur émancipation soient bafoués par une minorité d’intégristes musulmans prônant un islam radical contraire aux valeurs humanistes qui sont les nôtres.

Parce que nous réclamons plus de sécurité, nous n’acceptons pas que des personnes non identifiables circulent dans les rues de Marseille, qu’elles entrent dans les magasins, dans les banques ou dans les bibliothèques. Comment expliquer qu’elles puissent rentrer, le visage ainsi dissimulé, à la bibliothèque de l’Alcazar malgré le plan vigie pirate qui impose que les sacs et cabas des usagers sont systématiquement inspectés ?

La France est une République laïque où la liberté de croire et de ne pas croire, où la liberté d’expression et la tolérance sont des acquis forgés par son histoire mais où la loi régie cette liberté quand la sécurité des personnes et des biens est en jeu.

La France est aussi un pays marqué par les luttes émancipatrices de femmes qui, comme Aubertine Auclair ou Simone De Beauvoir, ont œuvré pour acquérir des droits : droit à l’égalité, droit à la dignité, droit à la reconnaissance de leur citoyenneté.

Certains maires ont su prendre des arrêtés municipaux, pour interdire par exemple aux résidents d’aller faire leurs courses, dans les magasins de leur commune, torse nu, ou en maillot de bain. Entre-t-il dans vos projets de protéger les habitants de notre ville de cette agression visuelle, et de proposer un arrêté exigeant qu’on puisse identifier les personnes qui se promènent dans les rues de notre ville ?

Nous faisons appel à votre discernement devant l’intolérable et à votre responsabilité devant l’histoire passée et à venir de notre République laïque et démocratique. Nous estimons qu’il est de votre devoir, en tant qu’élu et peut être futur maire de notre cité phocéenne, de mettre un terme à l’exhibitionnisme de ces personnages sans visage.

Nous demandons que les responsables politiques de ce pays, que les maires, les députés et les ministres légifèrent afin de réglementer, comme cela a déjà été fait pour les tenues de bain dans les stations balnéaires, contre le port de ces tenues islamiques contraires au principe constitutionnel d’égalité entre les hommes et les femmes et contraire à la sécurité des espaces communs de la vie civile. Nous vous prions d’agréer, Monsieur Gaudin et Monsieur Guérini, l’expression de nos respectueuses salutations laïques et républicaines.

A Marseille le 28 février 2008

Brigitte Bré Bayle, enseignante, militante féministe et laïque.

Véronique Decrop, association PHARE.

Cécile Silvestri, coordinatrice culturelle.

Mireille Mavrides, élue PCF.

Monia Haddaoui, association Ghofrane.

Antonio Rodriguez, responsable d’association.

Constentin Kastoris, cinéaste.

Paru le 5 mars dans le numéro 31

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