Lettre ouverte au lâche Michel Drucker et aux menteurs qui comparent Marine Le Pen aux nazis

Publié le 13 décembre 2010 - par - 19 596 vues
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Messieurs Durand, Revel, Mélenchon et Drucker,

Chacun d’entre vous avait de ma part une petite estime pour certaines de vos prises de position ou vos qualités personnelles. Mais depuis l’affaire du refus de Michel Drucker de recevoir Marine Le Pen à son émission « Vivement dimanche » sur France 2, je n’ai plus pour vous que le dégoût le plus total.

Résumons l’affaire. Le 6 novembre 2010, dans l’émission animée par Laurent Ruquier « On n’est pas couché », l’animateur interpelle à brûle-pourpoint Michel Drucker en lui demandant s’il inviterait Marine Le Pen à son émission dominicale (1). Michel Drucker répond : « Non. Je n’ai pas reçu le père. La question ne se poste pas. On ne m’a rien demandé. De toute façon, nous recevons comme vous librement nos invités. Et non… j’ai pas… Non… »

Réponse un peu courte et ô combien ambiguë. En quoi les raisons de ne pas inviter Jean-Marie Le Pen – que Michel Drucker ne précise hélas pas – vaudraient également pour sa fille ? Et si « on » lui « avait demandé », se serait-il exécuté ? On aurait attendu de Michel Drucker un peu plus de clarté et de franchise.

Sur le « père » Le Pen, Michel Drucker avait été plus prolixe en décembre 2006, dans l’émission « La matinale » de Canal + : « Il est trop bon à la télévision. C’est une bête de télé ; c’est le meilleur de tous ! Et c’est pour çà qu’on ne le montre pas. » Je n’ai hélas retrouvé cette citation que sur des sites ultra catholiques (2), mais je me souviens personnellement de cette émission. Je crois me souvenir que Michel Drucker avait également dit que s’il invitait Jean-Marie Le Pen à son émission du dimanche, il aurait quelque peine à contrer ses dires et les invités ultérieurs paraîtraient bien fades. Si quelqu’un peut retrouver la vidéo de cette émission, je suis preneuse !

Quoi qu’il en soit, l’argument de Michel Drucker selon lequel Jean-Marie Le Pen est une « bête de télé » qui écraserait tous les autres politiques est recevable. C’est un fait reconnu aujourd’hui par les pires ennemis de ce vieux loup de la politique, quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir de son positionnement idéologique et de ses prises de positions fracassantes.

Cet argument de Michel Drucker peut-il être appliqué à sa fille ? Sans doute, mais on aurait aimé que Michel Drucker l’avouât chez Ruquier pour lever toute ambiguïté sur ses véritables motivations, au lieu de laisser courir les pires rumeurs comme nous allons le voir.

La polémique enflamma un peu le net, puis s’estompa. Elle fut relancée le 7 décembre sur les ondes de Radio Classique par Guillaume Durand interviewant Marine Le Pen. Très curieusement, la vidéo mise en ligne par Radio Classique a charcuté le passage concernant Michel Drucker (3) mais on peut le retrouver dans la bande son originale (4). On aimerait bien que Radio Classique s’explique sur cette censure…

Marine Le Pen répond à la question de Guillaume Durand : « Est-ce que vous trouvez normal que Michel Drucker refuse de vous recevoir ? » Je vous laisse juger de la réponse de Marine Le Pen, mais ce qui m’a choquée, c’est cette déclaration de l’animateur : « Mais c’est peut-être lié à son histoire personnelle, la famille, la déportation. (…) Et lui, peut-être que pour l’histoire de sa famille… »

A quelle « histoire personnelle » Guillaume Durand fait-il allusion ? Certainement au fait qu’Abraham Drucker, père de Michel, fut interné par les nazis au camp de Drancy. Et là, c’est tout à fait scandaleux : en quoi Marine Le Pen, née en 1968 et qui n’a jamais été liée de près ou de loin au nazisme ou à ses thèses antisémites, serait coupable ? Guillaume Durand vient là d’atteindre le « point Godwin » le plus abject (5).

Et cette « reductio ad hitlerum » est d’autant plus dégueulasse qu’elle est prêtée à Michel Drucker qui ne s’est jamais expliqué là-dessus, que ce soit dans son opinion sur Jean-Marie Le Pen ou sa fille. Mais même si cette accusation envers le père Le Pen était fondée, il est insultant de laisser penser que Michel Drucker fasse une lecture génétique d’une supposée complaisance de Marine Le Pen avec le nazisme, alors que le grand-père de celle-ci fut tué par une mine allemande lors de la seconde guerre mondiale et que son père tenta d’entrer chez les FFI à l’âge de 16 ans. (Mais il fut éconduit à cause de son jeune âge et de son statut de pupille de la Nation.)

Prêter cette accusation d’hérédité « nazie » des Le Pen à Michel Drucker est d’autant plus étonnante que le père de celui-ci a été mis en cause par un autre Juif inquiété par Vichy, Maurice Rajsfus, dans son ouvrage sur le camp de Drancy (6) : « Dans leurs fourgons, les SS avaient emmené une partie du personnel interné de Drancy, dont le docteur Abraham Drucker, médecin-chef du camp. Un « physionomiste » faisait également partie de l’équipe […] Au cours de nombreuses chasses à l’homme conduites dans les rues de Nice, les nazis se faisaient accompagner par des « spécialistes » juifs chargés de vérifier, sous les porches des immeubles, si les hommes interpellés étaient circoncis ou non. »

Il n’en faut pas plus à toute une fange conspirationniste soit d’extrême droite, soit d’extrême gauche, soit islamiste (7), pour se taper sur le ventre dans un bel œcuménisme brun-rouge-vert en partageant cet amalgame douteux sur une collusion entre sionistes et nazis. Chaque humaniste sait que rien ne saurait justifier une telle réduction historique dont le but est manifestement plus de salir le peuple juif que de comprendre l’horreur cynique du nazisme.

Dans son dernier ouvrage autobiographique (8), Michel Drucker fait l’impasse sur ces accusations à l’encontre de son défunt père. C’est dommage. Et c’est d’autant plus lâche de ne pas répondre à des saloperies en laissant croire que le refus de recevoir Marine Le Pen serait dû à une autre hérédité supposée et fantasmée.

Car relancé par plusieurs journalistes suite à l’interview de Marine Le Pen par Guillaume Durand, Michel Drucker joue le silence radio total, laissant ainsi les spécialistes de la « reductio ad hitlerum » dire n’importe quoi.

Parmi ces professionnels de la « nazification », signalons Renaud Revel qui signe un papier sur son blog de L’Express (9) : « Il faut en effet faire preuve d’un bien grand cynisme et feindre de méconnaître le destin pour le moins bouleversant des Drucker, pour réagir de la sorte. Un destin que Michel, l’un des fils, retrace avec émotion dans son dernier livre, Rappelle moi, publié chez Robert Laffont. En quelques pages bouleversantes, l’animateur et journaliste y raconte comment à l’age de 22 ans, convoqué pour son service militaire, il fut envoyé à Compiègne et logé dans le baraquement où fut interné, durant l’Occupation, son père Abraham. Tout est dit en quelques mots simples : l’insoutenable télescopage de l’histoire et ces journées passées sur le lieu même où un père juif, chassé par les Nazis, côtoya la mort. On peut du coup aisément pardonner à Michel Drucker de ne pas vouloir donner suite à demande d’une responsable politique de premier plan, à la droite de la droite, qui n’a jamais cru bon contester, même du bout des lèvres, les propos infâmes d’un père, Jean-Marie Le Pen, sur la Shoa. Inutile ici de refaire l’historique des petites phrases de l’intéressé. Tel père, telle fille ? Si Michel Drucker n’entend pas faire de distinction, au nom d’un mimétisme idéologique que Marine Le Pen parvient souvent à gommer sur les plateaux de télés, en polissant son image qu’elle arrondit et ripoline à souhait, évitant, prudemment, de tomber dans les errements de son patriarche, c’est son droit le plus strict. »

Renaud Revel ment par omission. Marine Le Pen n’a jamais cautionné les dérapages de son père, et donc son point d’interrogation dans l’expression « Tel père, telle fille ? » est d’une totale tartufferie. Renaud Revel conclut : « Bref, que Michel Drucker bannisse de Vivement Dimanche Marine le Pen, au nom du souvenir, au nom du refus d’une forme à peine déguisée de banalisation des extrêmes, n’a absolument rien, à mes yeux, de choquant. Oui, au nom d’un père, Michel Drucker a bien fait. »

Il est tout de même curieux qu’on bénisse Michel Drucker « au nom d’un père » et qu’on stigmatise Marine Le Pen au nom d’un autre ! Marine Le Pen n’est ni plus ni moins responsable ou redevable de sa naissance que Michel Drucker. Cette « reductio ad hitlerum » héréditaire est contraire à tout ce que notre civilisation des Droits de l’homme et du libre arbitre a produit depuis des siècles. Elle est même contraire à nos principes fondamentaux du droit, selon lesquels chacun est responsable de ses propres actes et non de ceux d’autrui, fût-il de votre famille. Ou alors tous ces donneurs de leçon devraient condamner Michel Drucker pour avoir reçu Rachida Dati victime d’un mariage forcé par ses parents, ou Fadela Amara dont le frère fut coupable du meurtre d’un bijoutier braqué et séquestré.

Dernier spécialiste de l’amalgame – du moins dans ceux que j’ai relevés sur le net – : Jean-Luc Mélenchon. Et c’est lui qui me déçoit le plus. Ecoutons-le sur le plateau de Canal +, dans l’émission « Le grand journal » le 7 décembre (10). Le leader du Parti de gauche, qui fut lui-même récemment la vedette de « Vivement dimanche », soutiens mordicus la censure de Michel Drucker et explique qu’« on peut avoir une détestation légitime et absolue des positions de l’extrême droite en France ». Jusque là, tout va bien et je suis d’accord : on a le droit de détester ou d’apprécier qui on veut. Jean-Luc Mélenchon reconnaît donc à Michel Drucker le droit de ne pas estimer Marine Le Pen. Mais il explique ensuite qu’il porte à la boutonnière l’insigne des communistes déportés par les nazis, et il ajoute : « Les ancêtres de ces gens-là, l’extrême droite européenne, ont envoyé non seulement des Juifs, mais des socialistes et des communistes dans les camps de la mort. »

C’est un quadruple déni de réalité historique, très étonnant de la part de quelqu’un qui fut enseignant et même ministre de l’Enseignement professionnel. Pauvres élèves français, je comprends mieux votre ignorance crasse de l’Histoire de France avec de tels éducateurs ! Jean-Luc Mélenchon feint d’ignorer totalement le pacte germano-soviétique et les militants communistes distribuant des tracts appelant « l’ouvrier français » à pactiser avec « le soldat allemand », ou les socialistes du Front Populaire qui votèrent en masse les pleins pouvoirs à Pétain quand ils ne s’enrôlaient pas dans les milices collaborationnistes. Il ignore cette « extrême droite » de l’époque qui rejoignit De Gaulle à Londres ou qui s’enrôla dans les maquis bien avant d’être rejoint par les résistants de gauche. Et sur ce qu’il qualifie d’« extrême droite européenne » contemporaine, il amalgame sans vergogne des gens qui revendiquent un héritage nazi ou un soutien au terrorisme islamique avec d’autres qui combattent ces deux fascismes.

J’espère que les organisateurs des Assises contre l’islamisation du 18 décembre ont envoyé à Jean-Luc Mélenchon une invitation pour qu’il parfasse à 59 ans son éducation citoyenne et politique… Encore que son alliance contre nature avec les scories ménopausées du PCF me fasse quelque peu douter de sa capacité à un quelconque discernement intellectuel.

Bref, Jean-Luc Mélenchon prête à Marine Le Pen des « ancêtres » qu’elle n’a jamais eus. Et quand bien même elle les aurait eus, en quoi en serait-elle coupable ?

Messieurs Durand, Revel, Mélenchon, vous êtes des falsificateurs de la vérité, donc des diffamateurs. Monsieur Drucker, vous êtes un lâche en laissant salir ou instrumentaliser la mémoire de votre père et l’honneur de Marine Le Pen. Tous les quatre, vous hurlez avec les loups, et vous me rappelez donc ces heures les plus sombres de notre histoire que vous condamnez tout en les falsifiant. De plus, vous êtes stupides à souhait, puisque tout ce « buzz » que vous entretenez profite finalement à Marine Le Pen dont vous rendez la position victimaire tout à fait légitime et digne de sympathie.

A cause de votre ignominie et de votre bêtise, vous ne méritez plus mes salutations.

Djamila GERARD

(1) http://www.dailymotion.com/video/xfll50_ruquier-et-drucker-n-invitent-pas-marine-le-pen_news

(2) http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2006/12/le_pen_la_tlvis.html

(3) http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2006/12/le_pen_la_tlvis.html

(4) http://www.nationspresse.info/wp-content/uploads/2010/12/mlp_radioclassique_07122010.mp3

(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

(6) Drancy, un camp de concentration très ordinaire 1941-1944, Maurice Rajsfus, éditions Manya, 1991

(7) http://pensetouseul.unblog.fr/2010/12/09/marine-le-pen-medecin-chef-a-drancy-comme-le-pere-drucker/

(8) Rappelle-moi, Michel Drucker et Jean-François Kervéan, éditions Robert Laffont, 2010

(9) http://blogs.lexpress.fr/media/2010/12/07/marine-le-pen-sen-prend-a-michel-drucker-indecent/

(10) http://www.123video.nl/playvideos.asp?EMB=EmbedLayer&MovieID=899905

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