Libraire au Bourget, victime d’agressions fréquentes, mes plaintes sont régulièrement classées sans suite…

Publié le 8 février 2010 - par - 253 vues
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2 avril 1978, j’avais vingt ans, je venais de prendre possession d’une petite librairie, proche de la gare, du centre ville et du marché,  en une commune de Seine-Saint-Denis: Le Bourget.

Cité proche de Paris, où j’ai fait mes premiers pas, dans son aéroport international, mes premiers tours de vélo,  sur les pistes cyclables de ce dernier, sauté dans les bras de mon militaire de père lorsqu’il venait en permission, alors que la guerre faisait rage en Algérie, pleuré toutes les larmes de mon corps lorsqu’il s’en retournait , usé mes fonds de culottes sur les bancs de ses écoles et de son collège, échangé mon premier baiser amoureux au fond du parc, devant la porte de la croix-rouge .

Durant vingt-six ans, la vie s’écoula ainsi, égrenant ses moments de joies et de partages intenses,  avec une population bourgetine qui m’avait vue grandir, m’épanouir à la naissance de ma fille, courber l’échine, m’ arquebouter  pour résister, lors de notre abandon et de notre mise à la rue par son père, un élu aux mains emplies de pouvoirs , de coups et de haines .

11 juin 1995, une crise cardiaque foudroyante emporta ce père que j’avais découvert sous un autre jour, au fil des années passées, à mes côtés, à rire, à échanger, à discuter politique , philosophie, littérature, armement, à tenir la librairie, à nous pinailler sur des bêtises,  pour finir en vrille sur des blagues à la hussarde.

25 janvier 2004, un dimanche ordinaire, jour du prix d’Amérique;  il est douze heures trente , la recette a été bonne, encore quelques minutes… et tout va basculer dans l’horreur d’un braquage à mains armées.

Ils sont deux, l’un masqué, l’autre non, les coups de cross pleuvent, le sang gicle, coule dans mon dos, s’épand au sol, une marre se forme, mes yeux s’accrochent à ceux d’une petite fille, présente en l’échoppe avec son père et son petit frère; ils ont gazé tout le monde et je la sens terrorisée prête à hurler……

Non, non, il ne faut pas, elle ne doit pas, sinon l’arme, il vont la retourner contre elle. Comment faire pour retenir ses cris, à part me mettre à faire des grimaces,  comme nous le faisions chaque dimanche,  quand elle venait à la boutique et que nous faisions ce concours, de la plus vilaine sorcière !

Avec nos yeux, nous avons tellement échangé durant ces longues minutes qu’aujourd’hui encore nos cils s’en souviennent. Je fis diversion, en mordant le mollet de l’un des agresseurs, la petite famille eut le temps de s’enfuir , les coups redoublèrent , la caisse se vida ,je les poursuivis en pleine rue, seule, les gens s’écartaient sur leur passage ,le sang envahit mes yeux, je m’écroulais.

Réponse judiciaire: ordonnance de non lieu à la faveur du coupable, formellement reconnu, mais dont la soeur et la mère ont dit »qu’il dormait »!

22 juin 2004, un mercredi tranquille, jour de marché , il fait doux, il est douze heures quinze, ma fille est en voyage d’études, je me sens bien…
quand soudain surgit un aigle noir……
La suite, de longues, longues minutes d’un viol collectif, partant de la boutique pour s’achever en mon appartement ….
Le sentiment, une nouvelle fois de vivre mes derniers instants…..
Une super-aide de la part des policiers de la base, intervenant sur les lieux..

Le début, d’un double parcours du combattant, proche d’un « on achève bien la victime », véritable union  » justicopolicière ».

Réponse judiciaire : ordonnance de non lieu, au bénéfice du doute pour les auteurs, malgré des témoignages sous X, puisque ceux ci se vantaient de leurs exploits, à qui voulaient les entendre….
Indemnisation par le fond de garantie.

Les années passent, les agressions se succèdent (25 à ce jour), je fais des grèves de la faim pour faire entendre ma voix et mon désarroi face à ces risques constants.

Les politiques de tout bord regardent tous pour une fois,en un même sens; celui du déni, du silence, de la lâcheté , du politiquement correct, leur propre intérêt en somme.

11 avril 2007, je reviens de chez mon avocate , concernant l’affaire du viol, de nouveaux éléments pourraient faire se rouvrir le dossier; depuis plusieurs semaines mes alarmes subissent des dégradations la nuit,des sabotages que la télésurveillance répare au plus vite….

Pourtant c’est insouciante, que je descends les marches, traverse la petite cour, pour rejoindre l’arrière de la boutique. Le Maire vient de me joindre au téléphone, il m’assure avoir prévenu le commissariat pour me sécuriser et ma petite chatte a soif.

Il fait doux, tout est calme, du moins en apparence ,car à peine ai-je tourné le robinet ,que je me retrouve face à deux « ninja » tombés de nulle part ,impossible de capter même leur regard…

Mon sang se glace, la lutte s’engage, la chatte bondit sur l’un d’entre eux en feulant; celui qui me maintient est immense; commence alors ce bruit de scotch qui s’enroule autour de moi tel un piton .

Cette fois, c’est la fin j’en suis certaine , pourtant l’instinct de survie est toujours présent en moi , parvenir à se garder un peu d’air ,oui mais comment?

Au fil des secondes la voix de mon père raisonne en ma tête « Minège souviens-toi ,on est sous l’eau ,on joue à qui va rester le plus longtemps, compte avec moi, je suis là « ….

Je me traîne jusqu’à la porte vitrée ,par bonheur sous les genoux mes jambes sont libres, aller vers la lumière; j’étouffe, tous mes bruits internes m’assaillent , mon coeur fait un vrai vacarme ….

Soudain je te vois , papa, tu as quarante ans, tu me souris, me rassure, tu es juste de l’autre côté de la vitre, je sens ta chaleur au creux de mes mains , j’ai envie de te toucher, je suis si proche ……tu es parti depuis si longtemps .

Soudain, tous mes muscles me font mal ,ma bouche sent passer un filet d’air frais , mes poumons se gonflent , je suis allongée au sol.
Un policier rive ses yeux aux miens, il est blanc comme un linge, lui le noir de peau.
Il me relève la tête ,la soutient, me serre fort contre lui et essuie discrètement une larme qui ruisselle sur sa joue.

Tout le monde sur place a eu très très peur, les témoignages vont tous pour un fois être concordant; il est important de le souligner, pas une seule fausse note……..et pourtant, pourtant ………contre toute attente..
Le capitaine du sdpj93 chargé de l’enquête sur cette séquestration avec violences aggravées va là encore ne pas s’en tenir à la vérité et aux témoignages de tous les acteurs présents mais à cinq photos extraites des vidéos par ses soins qui vont lui permettre de conclure dans son rapport au procureur  » images permettant de mettre en doute les déclarations de madame sardin……..ect »…..

Ben voyons , elle est pas belle la hiérarchie policière, piétinant encore et encore les victimes, traitant  ainsi, ceux qui m’ont sauvée, de menteurs, de complaisant, d’incapable….

Réponse judiciaire : classement sans suite, pour non identification des individus.

D’autres agressions ont eu lieu en 2009, l’une d’elles me vaut des jours d’itt, encore non fixés totalement par le médecin légiste, puisque les choses ne sont pas encore consolidées, cela n’a pas empêché le commissariat de La Courneuve de conclure là encore l’affaire  pour le motif « infraction non constatée » alors que là aussi les caméras étaient présentes.

Comment tout ceci est il possible, comment faire confiance à ceux qui se sont engagés à nous protéger et qui préfèrent tirer sur les victimes.

Sans doute une question de courage, d’honnêteté professionnelle, demandés à la base,  mais qui n’a plus cour dès que l’on prend du galon..

Le résultat de toutes ces manipulations conduisent les victimes à se taire, à se retrancher dans le silence …

Les institutions font de nos agresseurs, des bombes en puissance:

– nos vies ne valent pas les leurs,

– nos pleurs ne valent pas leurs cris ,

– nos mots ne valent pas leurs mensonges, nos souffrances ne sont rien comparées à leur séjour en prison et comme me disait si bien une juge d’instruction :

 » Je préfère avoir des coupables en liberté que des innocents en prison »

Marie-Neige Sardin

http://m.neige.free.fr

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