Loi sur la burqa : les coulisses de mon débat sur RFI avec Marc Blondel

Publié le 29 janvier 2010 - par
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Le 26 janvier, j’ai donc eu le plaisir de débattre, sur Radio France International, avec Marc Blondel, président de la Fédération de la Libre Pensée, et ancien secrétaire confédéral de Force Ouvrière.
Riposte Laïque avait été sollicitée par cette radio, une semaine auparavant. Pour la petite histoire, nous avions reçu, il y a plusieurs mois, une invitation pour participer à un débat sur France Inter, mais nous n’avions rappelé le journaliste qu’une heure après… et c’était trop tard ! Il faut répondre vite, et, ce jour là, Marc Blondel avait répondu plus vite que nous, et c’est lui qui était intervenu à notre place !

Echaudé par l’expérience, j’ai rappelé dans les dix secondes qui ont suivi la réception du courriel la journaliste Véronique Durand. Excellent contact, elle m’a dit qu’elle ne savait pas encore quel serait mon interlocuteur, mais qu’elle était ravie que nous soyons disponibles, et répondions aussi vite. Elle m’a alors fait savoir qu’elle avait des contacts avec les Féministes pour l’Egalité (féministes défendant le voile), et qu’elle me rappellerait dès qu’elle aurait le nom de l’autre débatteur.

Ce serait donc la première fois que nous allions passer à une émission grand public, en direct. Certes, en pleine actualité guadeloupéenne, notre collaboratrice Gabrielle Desarbres avait été invitée sur France Culture, mais il y avait trois autres intervenants, et le sujet marquait moins notre site que le débat sur la burqa.

Sans doute un peu paranoïaques, nous avons décidé de ne pas rendre publique l’information, de peur que des pressions ne s’exercent contre les journalistes pour ne pas nous inviter. J’ai su que mon interlocuteur serait Marc Blondel le vendredi précédant le débat.

Je me suis réjoui à cette idée, pour plusieurs raisons. D’abord l’ampleur des désaccords entre la Libre Pensée et Riposte Laïque est telle qu’un débat public me paraissait une bonne chose. Ensuite, j’ai trouvé bien pour notre site que Marc Blondel accepte de débattre avec nous, alors que sur le terrain, quelques sectaires de son organisation refusent de participer à une réunion publique où un rédacteur de RL serait à la tribune. Enfin, ayant été membre de la CGT pendant près de 40 ans, il ne me déplaisait pas de me confronter à un homme que j’ai respecté en tant que secrétaire confédéral FO.

D’ailleurs il me faut avouer que si je me sentais sûr de nos positions et de mes arguments, je me demandais si la grande habitude des plateaux de télévision de Marc Blondel ne lui donnerait pas un avantage sur moi et ce mardi 26 janvier m’a paru un peu long.

J’ai rejoint, dans un café, une amie, fidèle lectrice de RL, qui habite à côté de la maison de la radio, avenue Kennedy, et m’avait proposé de m’accompagner. Nous sommes arrivés vingt minutes avant l’heure. Accueillis de manière courtoise, nous avons été guidés dans une salle où attendait… Marc Blondel. Il lisait Le Monde et a paru surpris de nous voir. Spontanément, je lui ai serré la main, en lui disant « Bonjour Marc Blondel ». Il m’a répondu poliment, mais très rapidement s’est replongé dans la lecture de son journal, montrant son peu d’envie d’amorcer une discussion avant le débat. Nous sommes restés dans un silence lourd et pesant plusieurs minutes.

Nous avons été appelés cinq minutes avant l’émission. Je dois l’avouer, j’avais le coeur qui battait un plus vite que d’habitude. J’ai pourtant confiance en moi, mais on ne sait jamais quelle latitude on aura pour répondre clairement sans avoir la parole coupée, on ne sait pas si le journaliste sera objectif ou tentera de favoriser l’autre intervenant, on n’est jamais à l’abri d’un « trou » qui fait oublier précisément l’argument ou l’exemple auquel on songeait en écoutant l’autre… L’animateur du débat, Jean-François Cadet, a présenté d’abord Marc Blondel, et moi ensuite.

Je m’attendais donc à ce qu’il passe la parole à Marc Blondel, et c’est à moi qu’il l’a donnée. J’avoue avoir été surpris une seconde. J’ai essayé de ne pas être désarçonné quand il m’a interrompu deux fois dans ma première phrase. D’abord pour me reprendre, comme j’avais dit « voile islamiste », il m’a fait remarquer qu’il fallait dire « voile islamique ». Surpris, je lui ai dit qu’on pouvait dire les deux. Il m’a interrompu, ensuite, plus légitimement, pour signaler que Sihem Habchi, dont je parlais, était présidente de Ni Putes Ni Soumises. J’ai été un peu perturbé par ces deux interruptions, et j’ai eu du mal à reprendre le fil de ce que je voulais dire. Mais j’ai l’impression que je suis retombé sur mes pattes.

Ensuite, j’ai eu beaucoup de mal à me retenir de ne pas interrompre Marc Blondel à chaque fois qu’il avançait des arguments pour moi inacceptables, voire parfois énormes (lire les articles d’Anne Zelensky et d’Alain Rubin). Mais il faut être discipliné sur un plateau, et respecter l’autre intervenant. J’avoue avoir beaucoup aimé le voir obligé de défendre Eric Besson, suite à des reproches que j’avais faits au ministre, quand il avait utilisé, lors d’un entretien accordé à RL, l’argument de l’incapacité de la République de faire respecter la loi, si jamais elle était votée. Et je me suis amusé à lui faire remarquer ma surprise devant sa comparaison entre l’interdiction de la burqa par la République et l’interdiction de la mini-jupe par les colonels grecs, sous la dictature !

J’ai eu très peur, à un moment, que Jean-François Cadet, le journaliste, et Marc Blondel, ne monopolisent la conclusion de ce débat sur la discrimination des musulmans et de leur religion, que serait, selon eux, une loi interdisant la burqa. Il a vraiment fallu que je me batte pour ne pas laisser passer cet argument. Marc Blondel a conclu le débat (c’est normal, j’avais commencé). Le présentateur a eu la gentillesse, dans sa dernière phrase, de présenter notre livre Les dessous du voile (ce que j’avais oublié de faire).

Partie 1 du débat

http://www.youtube.com/watch?v=evNJFVCfZ4w

Partie 2 du débat

http://www.youtube.com/watch?v=B3HoV7AJI5I

Nous avons été raccompagnés, et un deuxième débat a commencé, dans les couloirs, avec Marc Blondel. Je partageais l’avis du président de la FNLP pour dire que c’était trop bref, mais nous connaissions les règles en venant. Il m’a reproché alors certains articles de Riposte Laïque où il était attaqué sans ménagement. Je lui ai fait remarquer que venant du président d’une association qui, dans sa presse officielle, sous la plume de Christian Eyschen, qualifie notre site et ses rédacteurs de « racistes » et de « connards », ces reproches me paraissaient cocasses. Amusé, Marc Blondel a dit que « connard », ce n’était pas trop méchant. Je lui ai dit que je connaissais des mots plus fraternels pour approfondir un débat.

Je sentais que la tension ne retombait pas, entre nous. Cela me faisait de la peine, car je n’avais pas envie de quitter cet homme, qui a marqué l’histoire du syndicalisme de ces vingt dernières années, sur une mauvaise impression, quelle que soit l’ampleur de nos désaccords. Je lui ai dit alors, en changeant de sujet, que le cégétiste que j’étais le remerciait pour la poignée de main historique qu’il avait donnée en tant que secrétaire de Force ouvrière à Louis Viannet, alors secrétaire de la CGT, à une époque où c’était encore la guerre froide entre les deux centrales syndicales.

Je l’ai senti touché par ma sincérité, et nous avons pu alors discuter assez librement, pendant les cent mètres où nous avons marché ensemble. J’ai regretté de ne pas avoir eu le réflexe de l’inviter, avec mon amie, au restaurant, il aurait peut-être dit oui.

Ensuite, retour à la maison, les sms qui tombent, les coups de téléphone des amis de RL qui me disent que c’était bien. Cela fait du bien à entendre, je n’aurais pas voulu rater ce débat de RL sur une grande chaîne radiophonique.

Pierre Cassen

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