Lynchage médiatique et « antiraciste » d’un ophtalmologue d’Aix-en-Provence

Publié le 11 octobre 2010 - par - 761 vues
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C’est avec une violence verbale inouïe que des grands médias et des organisations « antiracistes » ont traîné dans la boue, et sans aucune preuve de leurs accusations, Jean-Christophe P., médecin ophtalmologue à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

RTL qui lance l’hallali, le 8 octobre 2010. Sur un ton affirmatif et sans aucunes précautions oratoires, la radio raconte que le mercredi 6, Mohamed M. et sa fille attendaient dans la salle d’attente du médecin, avec qui ils avaient rendez-vous à 9 heures. A 9 h 15, s’impatientant, Mohamed aurait frappé à la porte du cabinet. Toujours selon la version de la « victime », le médecin serait alors sorti du cabinet et aurait dit à Mohamed M. : « Qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu fais ? Dégage d’ici, je ne reçois pas les sales arabes ! Tu es en train de me salir mon cabinet. Dégage d’ici ! »

C’est moi qui mets le conditionnel, contrairement à RTL qui donne la parole à Mohamed M. sans réserves et sans contradicteurs. Mohamed M. explique qu’un autre médecin du cabinet médical, le généraliste Laurent D., serait témoin de l’affaire : il se serait offusqué des paroles de l’ophtalmo et les aurait condamnées. Mohamed M. et Laurent D. multiplient les déclarations aux médias, qui, les uns après les autres, reprendront le « scoop » de RTL qui dit que celui-ci lui a été signalé par « un auditeur témoin de l’affaire » sur temoins.rtl.fr.

Sur RMC, Jean-Jacques Bourdin prendra fait et cause pour Mohamed M. et l’interviewera pendant une dizaine de minutes, là encore sans aucune réserve ni contradicteur. Idem sur France Bleu Provence, France 3, L’Express, Le Nouvel Obs, Europe 1, Paris-Match, etc. Comme une traînée de poudre, la nouvelle est recopiée de site d’information en site d’information. Mohamed M. multiplie les interviews, affirmant qu’il a plusieurs témoins. Quant au médecin, il refuse pour le moment de répondre aux journalistes et cela est interprété comme un aveu.

Mohamed M. a porté plainte contre Jean-Christophe P. Il a saisi le Conseil de l’Ordre des médecins. Il a écrit au Président de la République et à plusieurs ministres, dont Roselyne Bachelot. Le ministre de la Santé, très remontée, condamne sur RTL les propos de l’ophtalmologue en ajoutant toutefois « si ceux-ci sont confirmés », et compte sur le Conseil de l’Ordre des médecins pour une sanction exemplaire : une radiation à vie. Mohamed M. remercie le ministre et prend acte de son soutien pour accréditer ses propres dires.

Si, dans les dépêches des médias, on trouve parfois un ou deux conditionnels (« le médecin aurait dit… »), les titres sont sans réserves aucune, ainsi que la condamnation très ferme des « propos racistes », « inimaginables », etc. « Un médecin refuse de soigner une arabe » (RMC). « Sale arabe, dégage, tu salis mon cabinet ! Ce sont les propos tenus par un ophtalmologiste […] » (Nouvel Obs). « Il refuse de recevoir son patient qu’il traite de sale arabe » (Paris Match). Etc. Rue89 publiera même le nom du médecin, avant de le retirer quand la suite des événements tournera en sa faveur comme nous allons le voir.

Bien que de nombreux internautes réagissent en signalant qu’on fait fi de la présomption d’innocence et qu’on ne relaie qu’une version de l’affaire sans contradiction, d’autres réactions sont tout simplement ignobles, surtout sur les forums musulmans. Jean-Christophe P. est traité de « sale porc », de « Docteur Mengele » et autres saloperies.

Le Mrap réagit au quart de tour par un communiqué : « Un homme et sa fille chassés d’un cabinet d’ophtalmologie ». Si le mouvement islamogauchiste de Mouloud Aounit met toutefois un conditionnel (« Selon ce que rapportent les médias, le médecin aurait lancé à l’homme […] »), il dit saisir l’Ordre des médecins « afin que ce dernier prenne des sanctions face à des propos qui déshonorent la profession médicale. »

Quelques heures après ce lynchage général, l’ophtalmologue commence à donner sa version des faits par plusieurs interviews. Bouleversé et se sentant sali, il dément tout propos raciste : « C’est une invention pure et simple. », déclare-t-il à Europe 1. Selon lui, il a bien eu une altercation avec Mohamed M., mais parce que celui-ci, impatient, aurait pénétré sans frapper dans son cabinet alors qu’il recevait un autre client et ses deux enfants. Il aurait alors « essayer de calmer » Mohamed M. particulièrement énervé. Cette version des faits est confirmée, selon France-Info, par le client présent dans le cabinet au moment de l’irruption. Jean-Christophe P. dit qu’il n’a strictement rien contre les « Arabes », et qu’il avait d’ailleurs reçu plusieurs fois Mohamed M. dans son cabinet par le passé.

Et les premiers éléments de l’enquête donnent raison à l’ophtalmologiste. Interrogé par Le Post, le procureur d’Aix-en-Provence dit qu’« au regard des témoignages recueillis, les faits rapportés paraissent infondés ». Son adjoint confirme : « Pour l’heure, aucun des témoins de la scène ne confirme ces propos racistes. » Quant au « témoin » le généraliste Laurent D., selon la même source judiciaire, il n’a pas assisté à la scène mais a seulement répété la version de Mohamed M. à laquelle il donnait crédit. Depuis, il refuse de parler à la presse. Bref, c’est une « non-affaire » pour le Parquet.

Pour ma part, dans un premier temps, j’avais aussi plutôt tendance à croire Mohamed M. étant donné son ton très affirmatif, et le fait que les médias martelaient qu’il y aurait plusieurs témoins allant dans son sens. Mais en fait, en réécoutant les interviews de Laurent D., je constate qu’il ne prétend jamais avoir assisté à l’altercation ni entendu les propos incriminés. Il s’offusque seulement de ceux-ci… au cas où ils seraient vrais ! Et aucun autre « témoin » réel ou supposé n’a donné été précisément cité par la presse, et a confirmé la version de Mohamed M. Quant à l’« auditeur témoin de l’affaire » (sic !) qui aurait informé RTL du « scoop », il suffit d’aller sur le temoins.rtl.fr pour constater que c’est tout simplement… Mohamed M. lui-même, et lui seul !

On s’aperçoit donc que contrairement à ce qu’affirmaient péremptoirement les médias, la version de Mohamed M. n’est confirmée… que par lui-même, et est infirmée non seulement par l’ophtalmologue, mais également par tous les témoins entendus par le procureur et son adjoint.

Malgré ces nouvelles informations, la section des Bouches-du-Rhône de SOS-Racisme publie à son tour un communiqué hallucinant, qui mérite d’être reproduit ici intégralement pour que chacun juge de sa mauvaise foi :

« L’agression à caractère raciste dont a été victime un patient d’origine maghrébine ce mercredi de la part d’un ophtalmologiste est un acte odieux qui ne saurait être étouffé. Contacté dès mercredi par la victime, SOS Racisme a, via son comité d’Aix-en-Provence, tenu à recueillir les éléments nécessaires à l’appréciation de la situation.

Au regard de ces éléments, les faits paraissent – malheureusement – bel et bien fondés. La crédibilité du témoignage de la victime ainsi que les « étranges » pertes de mémoire du personnel de ce centre médical tendent à montrer qu’il flotte comme un parfum de mensonges visant à masquer une vérité embarrassante.

Au regard du lien de subordination liant notamment les secrétaires médicales au médecin incriminé, SOS Racisme demande à l’Ordre des Médecins de prononcer a minima une mesure de suspension provisoire de ce praticien afin de permettre aux témoins de s’exprimer en toute quiétude.

Par ailleurs, SOS Racisme a confié à Maître Thibaud COTTA, du barreau de Paris, le soin de se joindre à la plainte déposée par la victime auprès du Procureur d’Aix-en-Provence. SOS Racisme demande au Procureur de ne pas, comme il l’a déclaré, prendre pour argent comptant des témoignages. Et ce d’autant plus que, comme l’a souligné la presse, ces derniers apparaissent comme des rétractations après des premières affirmations accablantes pour le médecin incriminé. Le Procureur doit faire la part des choses au regard de la situation des témoins, subordonnés de ce médecin, et de prendre en considération la faible probabilité qu’une personne invente – pour quel profit ? – des propos et des actes d’une telle violence raciste.

Il appartient désormais au Procureur d’organiser une confrontation entre la victime et les personnes présentes sur le lieu de l’agression. »

(fin de citation)

Oui, incroyable mais vrai : SOS-Racisme demande au Procureur de ne pas croire tous les témoins innocentant Jean-Christophe P., mais de prendre en compte uniquement la version défendue par Mohamed M. et par lui seul ! SOS-Racisme parle de « rétractations » alors qu’aucun témoin, dans cette affaire, n’a jamais donné deux versions contradictoires des faits ! Et SOS-Racisme ose parler de « parfum de mensonge » ou d’« étranges pertes de mémoire », discréditant et diffamant ainsi les témoins qui ne vont pas dans son sens. Et avec tout ce fatras purement idéologique et dégueulasse, SOS-Racisme ose demander la suspension provisoire de l’ophtalmologue !

Attendons la décision du Conseil de l’Ordre des médecins, et la fin de l’enquête. Jean-Christophe P. a porté plainte contre Mohamed M. pour diffamation. Mais s’il s’avère que tout cela est une « non-affaire » (selon l’expression du procureur adjoint), alors l’ophtalmologue sera en droit de demander réparation à tous les médias – et aussi à SOS-Racisme ! – qui ont failli à leur devoir d’objectivité et de recherche de la vérité, et qui ont procédé à un véritable lynchage médiatique totalement abject du médecin d’Aix-en-Provence.

Roger Heurtebise

– La version de Mohamed M. : http://www.youtube.com/watch?v=aLnA-4mWlLY

– La version de Jean-Christophe P. : http://www.youtube.com/watch?v=WnO6_TuR1cY

Dernière minute : nous apprenons ce lundi soir que le procureur d’Aix-en-Provence « classe sans suite » la plainte de Mohamed M. « en l’absence d’infraction » et après avoir auditionné tous les témoins. Le procureur ajoute : « Suite à la plainte de ce médecin [contre Mohamed M.], nous enquêtons à présent sur sa plainte pour dénonciation calomnieuse et/ou dénonciation de faits imaginaires ». Une dénonciation calomnieuse peut valoir à son auteur 5 ans de prison et 45.000 euros d’amende. Par ailleurs, contrairement à ce qu’avaient annoncé Roselyne Bachelot et certains médias, le docteur Jean-Christophe P. n’a jamais été convoqué par le Conseil de l’Ordre des médecins.

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