M. Baubérot, ou les stigmates du colon déchu

Publié le 29 juin 2009 - par
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Une interview accordée le 16 juin 2009 par M. Baubérot au quotidien « Libération » (1) m’a inspiré cette courte réflexion sociologique.

Je suis toujours surpris de relever chez une large frange de nos concitoyens, plutôt bien instruits, une certaine tendance aux lamentations sur le sort des « pauvres concitoyens Musulmans ». Je crois que nous sommes là face à un phénomène qu’on pourrait nommer les stigmates du colon déchu.

En quoi consiste-il et quels sont ses acteurs ?

Il s’agit tout simplement d’une posture intellectuelle qui considère, dans la plupart des cas qui posent problème à la société française contemporaine, que les Français musulmans sont stigmatisés ou poussés à adopter, malgré eux, des comportements qui ne leur conviennent pas. Le complément d’objet étant plutôt bien désigné, reste à deviner quels sont les affreuses personnes qui infligent des stigmates à nos pauvres concitoyens que nous voudrions tant fusionner dans le melting-pot national ? Quels que soient ces affreux personnages, ils sont de facto considérés par nos intellectuels comme sujets agissants, puisqu’ils sont capables d’infliger des stigmates, sont en mesure de savoir ce qui est bon pour les citoyens Musulmans et veulent les libérer « malgré eux » , comme dit M. Baubérot.

Dans la comédie humaine que nous sommes capables de nous jouer pour atténuer les souffrances et malaises sociaux dont notre corps collectif est traversé, je crains fort que les rôles tenus par les uns et les autres et dévolus aux uns et aux autres, ne soient factices ; éloignés de la vraie vie des comédiens que nous sommes.

Dans la mascarade que se jouent et nous jouent bien des intellectuels, comme M. Baubérot, le Musulman (pratiquant et/ou culturel) est assigné à un rôle peu enviable : celui d’éternelle victime, de père en fils et de mère en fille. Ainsi, même s’il y a belle lurette que la France a mis un terme à la colonisation et même si nous sommes maintenant face à des citoyens qu’il s’agira d’assimiler, tôt ou tard, comme nous avons su le faire avec tant de strates immigrées, malgré cela, certains héritiers des Jacobins et des colonies ne veulent pas se résoudre à penser dans d’autres catégories que celles de « victimes » et de « coupables ». Ce qui exclue des citoyens également responsables.

Je crains fort que cette frange d’intellectuels ne soit tout simplement héritière d’une profonde tendance à la mortification et à l’expiation. Certains idéologues musulmans, tels les Ramadan & Confrérie, longtemps soutenus par « Islam & Laïcité » et « la Ligue de l’Enseignement », l’ont bien compris. Ils ne ratent jamais une occasion pour nous signifier que les Musulmans sont discriminés, stigmatisés, font l’objet d’une phobie et tutti quanti… Tout ce que certains « sujets », capables d’endosser la responsabilité des malheurs de la terre entière, sont avides et ravis d’entendre. Cela les confirme dans le rôle de « dignes » héritiers des colons. Faut-il ajouter le qualificatif « déchus » pour leur ôter leur dernières et illusoires prétentions ?

Oui, il nous faut mettre un terme à cette mascarade qui n’a que trop duré. Je suis Français musulman et je vous garantie que mes semblables, que je connais de très près, ne portent aucun stigmate. Ni de la colonisation ni de la vie commune que nous avons eu jusqu’ici avec nos concitoyens dans la vie active. Arrivé à la retraite, j’ai toujours le même sourire qu’arborait mon père qui a, un temps, servi dans l’armée française. Je ne souffre d’aucune aigreur sur laquelle certains comédiens jouent très bien. C’est pour cela qu’aujourd’hui je ris aux nez et à la barbe des prétendus stigmatisés et prétendus héritiers des colons qui voudraient se persuader que nous sommes encore dans l’ère des indigènes afin de se fournir en bonnes occasions de battre leur coulpe.

Savons-nous que les vrais héritiers des pays colonisés, de l’autre côté de la Méditerranée, aimeraient tant vivre parmi nous, en France et en Europe ?! Ils sont prêts à payer le prix fort pour y parvenir, quitte des fois à y laisser la vie.

A M. Baubérot et à mes amis de l’association Islam & Laïcité, je dis aujourd’hui : torturez-vous et lamentez-vous tout seuls. La burqa et les voiles intégraux que mettaient et que mettent toujours les musulmanes ne sont absolument pas de votre faute. Ce n’est pas un stigmate où vous y serez pour quelque chose. Sachez Mesdames et Messieurs les intellectuels qui portez, en quelque sorte, les stigmates du colon déchu, que les Musulmans sont aussi sujets agissants et non pas uniquement des compléments d’objet. Et aujourd’hui, ils vous em…bêtent en espérant ainsi être considérés comme responsables à part entière.

Fini la comédie, oui ?!

Pascal Hilout

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(1) – Burqa: «On ne libère pas les gens malgré eux» : http://www.liberation.fr/societe/0101575081-burqa-on-ne-libere-pas-les-gens-malgre-eux

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