M. Liogier et le voile intégral : un discours tout à fait creux

Publié le 6 juillet 2009 - par - 411 vues
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M. Raphaël Liogier est enseignant-chercheur à Aix-en-Provence. Il est directeur de l’Observatoire du religieux. De ce haut lieu, nous pouvions légitimement attendre un éclairage précis et des informations consistantes sur le phénomène des voiles intégraux en France. Attente totalement déçue lors de l’émission « Mots croisés » du 29 juin 2009 (1).

En écoutant M. Liogier, même plusieurs fois, nous ne décelons rien de nouveau ni de scientifiquement vérifiable dans ses propos. Que de banalités, que de verbiage ! M. Bidar, professeur de philosophie présent sur le plateau, a d’ailleurs qualifié de tautologique un certain discours sur la liberté et sur l’adoption de postures insoutenables sur la place publique, au nom de l’identité.

Rappelons qu’une tautologie est un énoncé creux, toujours vrai : « juste avant sa mort, il était bien vivant ! » ou bien « elles s’habillent ainsi parce qu’elles disent l’avoir choisi ».

Ce qui était clair et net dans le propos de M. Liogier, c’est qu’il trouverait illégitime l’interdiction du port des voiles intégraux en France. Il admet que cela constitue un problème social qu’il faudrait étudier et analyser. Cependant, il nous invite à ne pas trancher « à partir de préjugés, à partir « d’évidences » ». Cette attitude est un tantinet hautaine et accusatrice, non pas des voiles intégraux, mais de ceux qui ne veulent -en aucun cas- supporter cette horreur qui étouffe l’expression de toute individualité, de toute personnalité féminine en lui ôtant son visage. Cette posture laisse donc supposer que le citoyen Liogier n’a pas de préjugés, ou en sait plus que nos « évidences ». Mais nous n’en saurons pas plus : notre savant ne partage pas son savoir et il sait y faire.

Tout observateur qu’il est, il ne voit même pas que nous sommes face à un fait religieux tangible : le voile intégral, aussi bien en France qu’en Arabie ou en Angleterre, renvoie à une appartenance communautaire où la femme, et uniquement la femme, n’a pas d’identité publique parce qu’elle dissimule son visage. Les deux reportages de l’émission ne nous ont pas montré de femmes particulières, mais des êtres non identifiables. La seule chose sûre que nous pouvons énoncer à leur propos est qu’elles appartiennent à la communauté musulmane. L’individu disparaît au profit d’une visibilité accrue de la communauté. Peut-on trouver meilleure illustration du communautarisme ? Quoi qu’en disent nos théologiens, nos chercheurs et même notre chef de l’Etat, ces femmes obéissent à la prescription, certes imprécise, mais bel et bien coranique (1). L’imprécision fait partie intégrante du coran : ce n’est pas un papyrus muni d’illustrations nous montrant comment les Egyptiennes et les Egyptiens s’habillaient bien des millénaires avant Mahomet.

En réalité, M. Liogier ne veut pas s’en tenir d’abord aux aspects tangibles de ce phénomène social, à ce qui est vérifiable par tout un chacun, indépendamment de son engagement politique, religieux ou idéologique : les voiles intégraux cachent les femmes tout en laissant supposer que, sur la place publique, les hommes seraient incapables de les respecter si elles ne se voilaient pas. Autrement dit, dans tous les cas de figure, ces voiles sont dégradants pour les deux moitiés de notre humanité.

A l’évidence, il suffit d’ouvrir les yeux, sans avoir à lire le coran, pour comprendre que l’islam a de sérieux problèmes avec l’expression et la représentation publique de la beauté du corps féminin ; mais aussi masculin. En cela, il est diamétralement opposé à la culture gréco-romaine et européenne, surtout depuis la Renaissance. Il nous faut énoncer cela clairement afin que nos concitoyens musulmans puissent dépasser cette pathologie et ce malentendu esthétique qui est à la base des frustrations subies par tant de musulmanes et de musulmans.

Rappelons qu’à travers l’espace et l’histoire, des musulmans de différentes cultures ont fait des tentatives, plus ou moins réussies, pour se libérer de leurs propres carcans. Un de ces fameux épisodes est le dévoilement des Tunisiennes par le président Bourguiba. C’était sur la voie publique et face à des caméras. Moi j’en appelle aux musulmans de France pour qu’ils envoient leurs filles et leurs garçons aux Beaux Arts afin qu’ils puissent croquer, entre autres, des nus divins.

Confusion entre Noël et Halloween ?

M. Liogier a tout tenté pour ramener le port du voile intégral à l’expression d’une liberté religieuse. Il n’admet pas que M. Bidar la qualifie de pathologique. Il n’admet pas, non plus, que la secrétaire d’Etat, Fadela Amara y voit la montée en puissance d’un intégrisme qui en veut à la démocratie, à l’égalité et à l’émancipation des musulmanes. M. Liogier y voit plutôt l’expression d’une minorité qui aurait décidé d’être visible après avoir été considérée, très longtemps, comme invisible. Mme Badinter ayant fait remarquer qu’on n’étaient pas face à des êtres, mais à des fantômes et que cela faisait peur à tout le monde, sans parler des enfants. A ce fait, M. Liogier a opposé une phrase perfide et tout à fait ignoble : « Ce n’est pas parce que ça fait peur à nos petits enfants le jour de Noël qu’on doit interdire à ces jeunes filles de s’habiller comme elles s’habillent ! ».

Si vous ne voyez pas ce que le jour de Noël vient faire ici, considérez que sur le même plateau télévisé, Mahmoud Doua, l’autre adepte du « laissez-faire, laissez-aller » à l’anglaise avait reproché à la France sa « catho-laïcité ». Devenu insensible et presque aveugle à cette horreur, M. Liogier ne remarque plus qu’avec les voiles intégraux, c’est halloween tous les jours de l’année.

Notre enseignant-chercheur a fait le pari d’un positionnement fuyant ou faux-culs : à plusieurs reprises, le modérateur de l’émission -Yves Calvi- lui a demandé de préciser sa pensée. Peine perdue : M. Liogier passait immédiatement à autre chose ou usait de formules bidons comme « Alors là, il y a débat ! » ou bien « c’est très complexe, il ne faut pas tout mélanger ».

En tant qu’observateur privilégié du religieux, M. Liogier ne nous a fourni aucune vision claire du phénomène nommé burqa et voile intégral. Il nous recommande, encore et encore, d’étudier le phénomène. Ce qui, concrètement, peut être traduit par : « confiez-moi un peu plus de vos €uros ! ». Et comme traitement de la question, il nous a recommandé de la pédagogie ! Devinez qui sera le pédagogue es qualité ?

Pour ceux qui font le choix de la lucidité, en lieu et place du vide dans lequel certains de nos enseignants-chercheurs nous précipitent, je rappelle cette phrase que Yves Calvi avait empruntée au ministre anglais Jack Straw : « porter le voile intégral est une déclaration visible de séparation ». Contrairement aux Anglais, disons tout simplement non à cette séparation dans l’espace public.

Nous autres militantes et militants de Riposte Laïque nous savons que tous les voiles, grands et petits, sont le symbole de séparation des êtres, pour que chaque communauté se reproduise en vase clos. Ceci est un fait religieux vérifiable par tout un chacun, par tout honnête homme de ce pays et d’ailleurs. Les religions sont avant tout faites pour nous séparer. Aux ségrégations d’origine céleste nous disons non, comme nous le disons à toute autre ségrégation. Nous les combattrons toutes, sans discrimination ni hiérarchie.

Pour promouvoir un réel vivre-ensemble, nous avons lancé un mot d’ordre :

« Ni voile, ni burqa,
la charia ne passera pas ! »

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(1) – Mots croisés

(2) Coran XXIV, 31 : Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de ce qui fait leur beauté que ce qui en paraît (??) et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leur beauté qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, croyants, afin que vous récoltiez le succès.

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