M. Raoult, en voulant faire sanctionner l’islamophobie, vous réintroduisez le délit de blasphème

Publié le 27 septembre 2010 - par
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Monsieur le député,

Je trouve extrêmement inquiétant que vous vouliez entrer en guerre contre l’islamophobie, étymologiquement « peur de l’islam ». Car la peur d’une religion, sa critique ou sa remise en cause ne sauraient en aucun cas être assimilées à du racisme (le racisme -comme chacun sait- visant des individus du fait de leur ethnie, ce qui n’a rien à voir avec les croyances). Quant à l’amalgame qui est fait couramment entre « islamophobie » et ce qu’on pourrait appeler « musulmanophobie », il me semble des plus condamnables et des plus dangereux. Le mérite de l’homme ne se mesure pas à sa religion, et on peut apprécier, estimer des musulmans -en tant qu’individus- et en avoir pour amis (c’est mon cas), tout en portant un regard sans concession sur l’islam, tout comme on peut avoir des amis catholiques, en rejetant leur religion.

Le devoir d’un élu est de faire respecter et de respecter lui-même les lois républicaines et les Droits de l’homme, droits fondamentaux sur lesquels repose le pacte social de notre nation. Ces droits garantissent, entre autres, la liberté de conscience, d’opinion et d’expression de chacun.

Or, c’est cela que vous entendez remettre en question, en voulant restaurer le délit de blasphème, disparu en France depuis le XVIIIème siècle. Ce que vous souhaitez, c’est un retour en arrière, vers une époque où on pouvait couper la main, la langue d’un Chevalier de la Barre, avant de le brûler, pour avoir manqué de respect à une religion (avec, bien sûr, des châtiments adaptés à notre XXIème siècle, plus clément pour les coupables !). Alors qu’un Voltaire se battait « contre l’infâme », voici que quelque deux cents ans plus tard vous, un député démocrate, vous militez pour le retour d’une censure religieuse qu’on croyait définitivement éteinte, avec l’avènement de la République !

Ainsi, dans la France que vous appelez de vos voeux, on ne pourrait pas plus refuser certains dogmes du catholicisme que condamner certains aspects de l’islam, on ne pourrait pas plus blâmer certaines prises de position des papes que s’offusquer de certains chapitres de la vie de Mahomet ! Car il est évident que, si vous interdisiez toute critique de l’islam, il vous faudrait également interdire toute critique du catholicisme, du protestantisme, du judaïsme ou de n’importe quelle autre religion. Sinon, vous tomberiez dans une discrimination passible de la justice. Et croyez que je m’emploierais, ainsi que d’autres, à la dénoncer et à porter plainte !

La Religion deviendrait donc un sujet totalement tabou !
Et je demande : à quand l’interdiction de critiquer les idéologies, comme le communisme ? à quand l’interdiction de critiquer les partis politiques, les députés, les ministres, ou le Président de la République?
Va-t-on voir se lever une ère où un journaliste pourra prononcer ces mots du monologue de Figaro : « pourvu que je ne parle en mes écrits, ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit…je puis tout imprimer librement… » ?

Monsieur le Député, une France amputée des droits énoncés aux articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, mériterait-elle encore le nom de démocratie ?

Je suis, moi, une citoyenne viscéralement attachée aux valeurs de notre pays, en particulier à ce « liberté » inscrit au fronton de nos mairies, et je m’insurge contre votre volonté de vouloir la brimer, pour des raisons religieuses, dans un pays laïc comme le nôtre. Ce que vous voulez, c’est ni plus ni moins l’application de la charia, qui ne peut même pas concevoir pas la critique de l’islam, puisque seul celui-ci détient la vérité, et qui punit de mort l’apostasie. A quand la conversion obligatoire ou la dhimmitude ?

J’ose espérer que le bon sens va l’emporter et qu’on ne va pas priver les français d’exercer leur esprit critique vis-à-vis d’une idéologie politico-religieuse, dont ils peuvent d’ailleurs d’autant plus légitimement condamner certains aspects que ces derniers ne sont pas compatibles avec notre Constitution. A moins que l’infériorité de la femme, la polygamie, les mariages forcés, l’interdiction de l’apostasie, l’obligation de se conformer aux prescriptions du Coran, les crimes d’honneur etc… ne soient désormais inscrits dans la loi française, je ne vois pas comment il pourrait être illégal de prendre position contre !

Veuillez croire, Monsieur le député, en mes meilleurs sentiments.

Chantal MACAIRE

Ni raciste, ni xénophobe, ni fasciste, ni lepéniste…simplement citoyenne française

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