M. Sifaoui, un ami qui a tort de nous vouloir du mal !

Publié le 31 août 2009 - par - 200 vues
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Il y a presque deux siècles, dans un texte devenu célèbre, Heinrich Heine, poète et journaliste allemand, se lamentait au sujet de ses compatriotes intellectuels et progressistes qui ne voulaient pas comprendre que pour amorcer une révolution on ne commençait surtout pas par demander l’avis du peuple et des autorités politiques ou ecclésiastiques.

Et aujourd’hui, M. Mohamed Sifaoui, comme Mme Leïla Babès et bien d’autres illustres Musulmans progressistes(*) vivant en France, n’a pas encore compris que « la maladie de l’islam »(1) n’a nullement comme origine le wahhabisme, l’intégrisme ou je ne sais quel autre « isme », mais bel et bien l’islam=coran+Mahomet. C’est cette plaie béante que ces intellectuels ne veulent surtout pas examiner pour en guérir ses premières victimes : la musulmane et toute sa progéniture.

Sachant que cette opération, échue depuis des siècles, ferait très mal aussi bien au peuple des croyants qu’à toutes les autorités, mes coreligionnaires progressistes se cantonnent à ressasser un diagnostic relevant des médecines douces et qui a toujours débouché sur la prescription de fumigations et d’édulcorants comme traitement. Ce diagnostic, mille fois entendu et que notre ami Sifaoui répète ad nauseam, se résume ainsi : les intégristes, les islamistes, les salafasistes et autres « istes » ont une mauvaise lecture de l’islam !

Que nenni !

C’est au sujet du jeûne que, de façon musclée, Leïla Babès avait interpellé Riposte Laïque(2). C’est au sujet de cette même pratique obscurantiste que M. Sifaoui vilipende notre magazine et sa ligne rédactionnelle(3). Notre ami Sifaoui, pour lequel nous avons pourtant bien du respect, se permet aussi de nous salir à un autre endroit de FaceBook(4). Il y a promis de lancer un débat public pour nous dénoncer. Ce ne sera que son troisième coup d’essai. Il est donc temps de mettre les points sur les i et d’expliquer, encore une fois, quelques évidentes banalités au sujet de l’islam.

Que pense Mohamed Sifaoui ?

Mais avant tout cela, lisons un peu ce que M. Sifaoui pense du texte publié la semaine dernière par Lucette Jeanpierre (5).

« Texte irresponsable, haineux, condescendant et n’ayant rien à voir avec le combat contre (sic) la laïcité. Anticléricalisme idiot qui en ces temps difficiles nourrit le « choc des civilisations » en alimentant ceux qui surfent sur le discours victimaire. Il n’y a pas meilleur moyen de nourrir ceux qu’on prétend honnir que de tenir ces discours baignés de certitudes et manquant totalement d’humilité.

Je ne veux pas ramener le débat à ma petite personne, mais ce texte me blesse et si je ne permettrai à aucun intégriste, à aucun salafiste d’attaquer d’une manière ou d’une autre son auteur, je trouve cependant totalement déplorable qu’on fasse dévier de la sorte le nécessaire combat contre le fanatisme vers une lutte acharnée et contre-productive contre l’islam en prenant le risque de se couper des musulmans démocrates et laïques.

Je suis justement un fervent démocrate et un militant pour la laïcité, j’ai mis ma vie et celle de ma famille en danger pour lutter contre l’obscurantisme cependant que les démocraties occidentales ouvraient leurs portes aux tenants du salafisme. Et je fais le ramadhan ! Cela pose-t-il problème à quelqu’un ? Jour après jour, je vois la dérive de Riposte Laïque. Je vais les laisser dans leur modernisme et demeurer dans mon obscurantisme. A bon entendeur ! »

Et voici un échantillon de ce que M. Sifaoui a écrit sur FaceBook en réponse à Jean Robin, journaliste et éditeur, que Riposte Laïque avait interviewé :

« Vous ne faîtes pas le distinguo entre le salafisme et les autres courants de l’islam (et notamment les soufis et les mutazilites). Vous demandez une « résistance » contre l’islam non pas contre les tenants d’un islam politique, cette « résistance » devrait donc logiquement aboutir à une résistance contre TOUS les musulmans. Je pensais que mes amis européens (dont Riposte Laïque) reviendraient à la raison pour être aux côtés des musulmans démocrates, mais je vois qu’en fait on cherche à déclarer la guerre à TOUS les musulmans. »

Le petit glissement de sens qui, en douce, prépare de redoutables amalgames

Relevons d’abord les erreurs mineures avant d’en venir au fond du problème : dans le premier extrait, M. Sifaoui parle « d’anticléricalisme idiot » (du mot clerc) alors que notre collaboratrice critique la religion islamique, notamment sa prescription pratique consistant à boire, à faire l’amour et à manger copieusement la nuit tout en faisant semblant de pratiquer jeûne et abstinence tout au long de la journée ! Mais dans les faits – et nos commerces ne s’y trompent pas(6)- c’est au mois de ramadan que l’alimentation des musulmans est la plus riche. Ceux qui jeûnent passent leur matinée à digérer le dernier repas pris juste avant l’aube et passent l’après-midi à se ménager et à récupérer des longues veillées ponctuées par trois repas nocturnes.

Le ramadan est tout simplement une inversion des rythmes digestifs et de veille/sommeil. Mais c’est aussi une redoutable pratique sociale, fabrique aliénante du conformisme communautaire qui broie l’individu. N’y échappent que les fortes têtes, libres et honnêtes, qui osent dire ses quatre vérités à la masse pesante de la famille, du clan et de la communauté musulmane. Et aujourd’hui, notre médecine en sait un peu plus : ne pas boire, même pas de l’eau plate, de toute la journée, pendant tout un mois, est dangereux pour la santé de nos lycéens, si ce n’est collégiens, qui doivent pratiquer des sports et pour nos concitoyens actifs. Ne pas s’en préoccuper, au nom du respect « dû » à une croyance, est totalement irresponsable et irrespectueux des êtres.

L’utilisation d’un mot à la place d’un autre, technique dont use ici M. Sifaoui, n’est pas anodine : cette touche imperceptible prépare un redoutable amalgame que peu d’analystes savent décomposer. Et c’est ainsi qu’à la place de la prescription religieuse obscurantiste, dont il n’est nullement responsable mais plutôt exécutant, notre ami Sifaoui se présente comme notre souffre-douleur : « Je vais les laisser dans leur modernisme et demeurer dans mon obscurantisme ».

Au lieu de disserter des conséquences sociales et individuelles des prescriptions islamiques, il tente de nous amener à disserter du spécimen Sifaoui qui n’est pas un argument en soi. Ceci l’amène finalement à remplacer notre guerre clairement déclarée à l’islam=coran+Mahomet, maladie dont les premières victimes/vecteurs/re-producteurs sont les musulmans, par sa propre expression : « on cherche à déclarer la guerre à TOUS les musulmans ». Vous l’aurez donc compris : tous les médecins qui se résignent à la chimiothérapie comme unique choix déclarent la guerre à leurs patients !

Nous sommes désolés M. Sifaoui, mais c’est la loi de toute thérapie efficace ! C’est qu’en France, nous ne croyons plus aux « guérisseurs » qui soignent en psalmodiant le coran et en enrobant les malades de fumée et d’encens brûlé ! Vous qui nous accusez d’avoir des méthodes contre-productives, sachez que notre obsession de l’efficacité et du stakhanovisme nous amène à privilégier les remèdes de cheval.

Humilité et progressisme

M. Sifaoui dit ne pas vouloir ramener le débat à sa petite personne, mais il le fait quand même dans la foulée ! En plus de cela, il recommande l’humilité à Lucette Jeanpierre et l’accuse d’avoir trop de certitudes. Notre bougre n’en a pas du tout !

En nous accusant « de nourrir ceux qu’on prétend honnir », il attribue à Riposte Laïque un sentiment détestable à l’égard d’êtres humains (même s’il les considère comme déviants et égarés), alors qu’il s’est agi de critiquer une religion et une pratique religieuse. Nous reprochons simplement aux progressistes et aux bienveillants de se comporter en idiots utiles aux régimes islamiques et à l’islam qui n’a jamais été autre chose qu’un archaïsme, dépassé dès sa naissance (7).

Mais, finalement, où veut en venir M. Sifaoui ?

Il aurait tant aimé engager Riposte Laïque sur le seul créneau qu’il occupe déjà très bien et pour lequel nous l’avons toujours félicité : combattre les extrémistes qui, soi-disant, instrumentalisent l’islam. Mais il ne remarque même pas que cet angle de tir est fortement encombré : tout le monde, absolument tout le monde, y compris Riposte Laïque, tire à qui mieux-mieux sur le fanatisme, sur l’intégrisme, sur le salafiste, sur le terrorisme etc. Mais peu de nos journalistes et de nos intellectuels s’avisent à interroger correctement l’histoire écrite par les musulmans eux-mêmes :
– Mahomet, était-il fanatique et usait-il de la terreur ou pas ?
– A-t-il usé de la religion pour justifier des razzias politiques et pour installer un pouvoir théocratique ?
– S’est-il limité à prêcher paisiblement l’islam en commençant par la Mecque, là où Allah et son alter-ego féminin Allat, entre autres, étaient vénérés à côté des monothéismes non hégémoniques et non belliqueux ?
– Est-il considéré comme modèle par tous les musulmans ou pas ?

Et lorsque Riposte Laïque pose clairement ces questions basiques, les progressistes et les bienveillants qui font semblant, nous rétorquent en quelque sorte : « N’allez surtout pas directement au cœur du problème ! Ne visez surtout pas le cœur de cible ! ». Monsieur Sifaoui sait très bien que, de cette manière, nous risquons fort de lui signifier le fatidique « game over !», ou en bon français, « changez de disque, regardez l’histoire en face et soyez enfin de bonne foi ! ». Avec la critique radicale, y compris caricaturale, du coran et de Mahomet s’ouvre une autre ère à laquelle M. Sifaoui et bien d’autres musulmans ne sont pas du tout préparés.

La dent de M. Sifaoui contre Riposte Laïque s’explique aisément : notre démarche annonce la faillite de son discours autant que celui des régimes et des élites islamiques qui ne veulent pas revoir les fondations de toute la pensée arabo-islamique, celle de la communauté que le coran désigne comme étant la « meilleure suscitée au monde ».

Mahomet, Averroès et la physique géocentrique d’Aristote sont bel et bien morts et enterrés sous les décombres des sept cieux superposés du coran. Il n’y a pas que les Gaulois qui craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tête !

Oui les musulmans, TOUS les musulmans, qui n’osent pas regarder l’histoire de Mahomet en face et secouer leur joug, baissent la tête et s’engagent à faire fi des réalités en y perdant et la raison et leur bonne foi ! C’est cette maladie historique et endémique dans tout le monde musulman qui a conduit à une absence complète de toute critique des deux pieds de sable de l’islam et à l’adoption généralisée d’une hypocrisie apologétique qui ne trompe même pas les petits enfants.

Décidément, comme tous les régimes islamiques qui luttent, soi-disant, contre les « ismes », M. Sifaoui veut continuer à nous amuser avec ce jeu consistant à déambuler autour du pot sacré au lieu de retirer tout simplement le tapis volant sous l’assise de ses passagers. Le retour sur terre de tout ce beau monde risque d’être très douloureux.

Le « progressisme » consistant à ne jamais critiquer l’islam=coran+Mahomet ne trompe plus personne aujourd’hui. Il était temps de faire tomber cette clé de voûte pour que la vaste et magnifique prison islamique s’effondre et pour que les masses musulmanes puissent enfin goûter à la Liberté d’expression et à la Liberté tout court.

Oui M. Sifaoui, je suis prétentieux et donneur de leçons et je pense pouvoir vous désigner cette clé de voûte : ne vous en déplaise, sans sabre, sans menace et uniquement par la parole, je veux et je peux immédiatement vous libérer, ainsi que nos coreligionnaires, de vos illusions et de votre servitude volontaire, sans avoir besoin de faire la révolution ni en Iran, ni en Arabie, ni en Algérie et sans tirer une seule flèche sur quelque être humain que ce soit et aussi égaré et déviant qu’il soit. Voici ma première prescription que vous connaissez certainement : priez tout simplement la tête haute, les yeux tournés vers le Ciel et vous saurez comment ne plus inscrire la soumission dans le corps, l’espace et le temps. Je ne vous demande pas de renier l’islam, mais de le réformer en actes. Je propose et vous disposez !

Les musulmans ne peuvent pas racheter l’islam, mais ils doivent déclarer caduques certaines de ses prescriptions

M. Sifaoui,

Par ailleurs, vous avez tout à fait raison de constater que les musulmans ont des pratiques sociales et politiques diverses et variées, mais ils ne peuvent en aucun cas être invoqués pour dédouaner ou racheter l’islam, religion dont les principes n’ont jamais été compatibles avec nos valeurs républicaines. S’il y a des musulmans démocrates comme vous, c’est qu’il s’agit d’êtres humains qui ont été à l’école de l’humanisme et non pas de l’islam.

Vous ne pouvez pas imputer votre modernité, votre esprit démocratique, humaniste et critique au coran, à Mahomet ou bien à Allah qui ont toujours eu de sérieux problèmes avec la liberté d’expression. Les mérites de notre modernité reviennent aux luttes d’êtres humains et non pas au Ciel.

Nous autres enfants de l’islam, pratiquants ou pas, nous devons résolument opter pour la bonne foi et moderniser l’islam en déclarant caduques ses prescriptions liberticides, ségrégationnistes et irrespectueuses des non-croyants. Nous devons déverrouiller ses carcans ancestraux et rouillés que portent nos masses musulmanes au quotidien : ils s’empressent de se mettre ou bien mettre un baillon à celui qui s’exprime de façon critique au sujet de l’islam=coran+Mahomet. Nous devons définitivement renoncer à la tentation de facilité qui consiste à vouloir islamiser la modernité. Elle est vaine.

Il y a huit siècles déjà, d’illustres intellectuels musulmans ont tenté d’islamiser l’Ethique à Nicomaque et celle héritée de Platon : ce fut un fiasco. Ils n’ont jamais tenté d’acclimater l’adoration que nous vouons à la beauté divine du nu ; marque exclusive et éclatante de la Renaissance et de la modernité. Nous n’avons plus le droit d’être les éternels perdants de l’histoire, ceux qui tournent toujours en rond et déambulent toujours autour du pot sacré.

Contre l’avis de islam et contre l’avis des musulmans, vous avez encore à conquérir votre droit de filmer et de projeter ce que vous aimez et de vous exprimer sur tous les sujets tabous en islam et dans le monde musulman. C’est à ce prix que vous serez un peu libre et que vous n’aurez plus besoin de vos caméras cachées. Ce ne sera jamais le cas si vous continuez à flatter les musulmans et à défendre l’islam classique.

Et si cette grande religion meurt suite à cette opération, c’est qu’elle n’est plus viable. Comme nous ne sommes pas ingrats, nous lui réserverons une des plus belles places à côté des plus grandes figures de l’Histoire. Je crois que tous les musulmans finiront par en faire le deuil et n’en seront que plus libres et plus émancipés.

Je vous remercie M. Sifaoui de m’avoir « donné » l’opportunité et l’occasion de cette explication.

Pascal Hilout

Nouvel islam

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(*) Musulmans de foi et/ou de culture

(1) Titre d’un livre publié par Abdelwahab Meddeb aux éditions Seuil en 2002 et qui a connu un grand succès auprès du public

(2) [Visiblement, Leïla Babès manque de discernement->http://www.nouvel-islam.org/spip.php?article120]

(3) FaceBook, Lucette Jeanpierre : J’ai piqué un coup de sang contre le moyen-âgeux ramadan ! (voir commentaires de M. Sifaoui)

(4) Lucette Jeanpierre : [70 % des musulmans vivant en France jeûneraient pendant le ramadan : un chiffre effrayant->http://www.ripostelaique.com/70-des-musulmans-vivant-en-France.html

(5) FaceBook, Jean Robin : Mon interview sur Riposte Laïque (voir commentaires de M. Sifaoui)

(6) Aussi bien en France qu’en Afrique du Nord, les commerçants savent très bien que le mois de ramadan est une sorte de fête où l’on se laisse affamer de jour pour mieux faire ripaille la nuit. Et tous les ans, [les prix augmentent durant ce mois au Maroc->http://www.yabiladi.com/article-economie-2162.html :

(7) Les Arabes de Syrie-Palestine, d’Irak (Harrân, al-Djazîra) et de l’Arabie (Kinda et même à la Mecque) étaient en partie chrétiens et ne pratiquaient plus la polygamie, par exemple. Le qitâl (du verbe qatala=tuer) ne faisait pas non plus partie de leurs prescriptions religieuses ; même si l’activité belliqueuse a toujours été donnée en héritage à toute notre humanité. Mahomet est d’ailleurs resté fidèle à sa première femme, Khadija, jusqu’à la mort de celle-ci. D’après la tradition islamique, elle avait un oncle « versé dans les livres », ce qui, vraisemblablement, veut dire chrétien et non pas juif.

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