M. le député Vanneste, faire du ménage dans la magistrature serait un acte de restauration de la justice républicaine

Publié le 8 octobre 2010 - par
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Jury populaire, élection des magistrats : je m’adresse à Monsieur Christian Vanneste à propos du judiciaire

Monsieur le député,

C’est avec beaucoup d’attention que je viens de visionner l’interview que vous accordez à Enquête et Débat, interview que j’ai découvert sur le blog de Marie-Neige Sardin. Une fois de plus, le républicain de gauche que je suis constate amèrement qu’il n’y a guère qu’à droite où quelques uns,
comme vous, osent résister à cet insupportable système d’inversion des valeurs qui tient lieu de justice. Il est vrai que vous avez eu affaire vous-même à des magistrats arrogants, dans le cadre d’une histoire de propos homophobes ou supposés tels – propos que je ne partage pas, il est vrai, mais sans pour autant soutenir vos adversaires, ni la judiciarisation de la libre parole qu’ils ont sottement contribué à exacerber. Bref : disons le clairement, passons sur « l’affaire Vanneste », en évoquant récemment l’affaire Galinier, puis l’affaire Sardin, vous avez frappé juste, et fort. J’irais même jusqu’à dire que vous avez été brillant.

Cela posé, le modeste professeur de philosophie que je suis aimerait malgré tout vous faire quelques objections, auxquelles, j’en suis bien sûr, vous aurez l’occasion de répondre dans quelque entrevue ou quelque article.

L’idée de l’extension du jury populaire

1) Dans un cadre normal, un pays où existerait une vraie cohésion nationale, où les valeurs républicaines, patriotiques et, ajouterais-je, sociales, seraient prédominantes, nul doute qu’un jury tiré au sort équivaudrait à un simple collège de citoyens vertueux. Malheureusement, imaginons un département comme la Seine-Saint-Denis, avec quelques années de plus, où nos chers amis les islamistes seraient non seulement très nombreux mais très influents, voire très remuants… je n’ose
imaginer la composition de ce jury, et, en admettant même que ce jury soit composé de justes et de sages, je n’ose imaginer les pressions et les menaces (j’emploie des termes pudiques) qui ne manqueraient point de s’abattre sur ce jury. Bref : je suis sceptique, une première fois.

2) Par ailleurs, le jury populaire n’empêche ni les erreurs ni les magouilles. Dans le cadre d’une justice d’abattage, avec des jurys tirés au sort, du jour au lendemain, composés de personnes qui ne connaissent pas grand chose au droit, réunies à la va-vite, ayant à connaître d’affaires complexes
sans avoir le temps nécessaire, délibérant à la vitesse de l’éclair, etc., il est évident que ces jurys, par ailleurs toujours influençables, vont faire à peu près tout et n’importe quoi. Sans compter les grognons qui vont voter les décisions les plus aberrantes, pour se venger d’avoir été tiré au sort
contre leur gré. Clairement : je suis sceptique une seconde fois.

3) Et enfin, il y a le spectre toujours possible de la collaboration… Il n’est qu’à lire les « objections » que certains juristes ou pseudo-juristes bien-pensants laissent sur votre blog concernant vos prises de position en faveur de M. Galinier…, cela laisse pantois, comme d’ailleurs tout ce qui circule sur la Toile au sujet de ce brave retraité. N’en doutons pas un instant, il y a en France des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes qui se réjouissent de l’incarcération de M. Galinier, cautionnant un système d’inversion des valeurs qui pourrait pourtant les briser elles
aussi. Comme l’écrivais récemment Cyrano, un pays composé de « masos-bobos » se livrera toujours pieds et poings liés à la racaille, sans même que celle-ci n’ait à le demander, servitude volontaire oblige. Bref : je reste résolument sceptique.

L’idée d’une élection des juges

Les objections que je viens de faire, quant au jury, sont à peu près les mêmes en ce qui concerne l’élection des juges. Pire : l’élection induit des risques bien supérieurs encore au tirage au sort. Dans un territoire ou règne, de fait, l’islam, nul doute que nous autres, braves dhimmis, seront jugés par de véritables tribunaux islamiques. Et le sort des justiciables n’est guère plus enviable lorsque des élections de juges sont organisées dans des territoires ou règnent la plus grande beaufitude ou les
plus grands obscurantismes.

Nous risquerions, en fonction des régions, d’avoir une justice totalement communautaire, que dis-je ? communautariste : des magistrats musulmans favorisant les musulmans, des magistrats autonomistes bretons favorisant les autonomistes bretons, des magistrats cathos favorisant les cathos, des magistrats gauchistes favorisant les gauchistes, des magistrats gays
favorisant les gays, des magistrats homophobes favorisant les homophobes, des magistrats féministes favorisant les féministes, des magistrats pêcheurs à la ligne favorisant exclusivement les pêcheurs à la ligne…

Comme Platon l’a magistralement montré dans la République, il y a
démagogie et sophistique dès lors qu’il y a des élections, et le risque permanent du jeu démocratique est de faire émerger la tyrannie ; il suffit qu’un beau parleur de candidat parvienne à séduire tout un département (beaucoup d’argent et de bons conseillers en communication sont
déterminants pour cela, souvent plus que les vraies valeurs et la vertu) et il est certain que ce juge, une fois élu, fera régner la terreur et la forfaiture. Ajoutez à cela le risque de la privatisation des prisons, et nous aurons une de ces formidables magouilles à l’américaine, où l’on voit des juges véreux envoyer des fourgons entiers d’innocents dans des prisons-usines (des bagnes, en définitive) afin de livrer au patronat local des bataillons de main d’oeuvre docile et non-payée (et même si le
juge se fait éjecter à la prochaine campagne, il n’est pas sûr que ces malheureux sortiront de leur geôles).

Bref : l’élection des juges peut nous emmener tout droit à la justice communautaire, voire religieuse, à la sécurité-spectacle sans sûreté réelle, à la démagogie généralisée, à la privatisation à outrance de l’univers carcéral, à l’inversion des valeurs encore et toujours… Décidément, je ne suis pas sûr que le justice américaine puisse être érigée en modèle.

Ce que pourrait faire un gouvernement républicain

Cette fois, Monsieur le député, permettez-moi un peu d’utopie. Platon ne s’en privait pas…, je ne prétends pas m’égaler à lui, mais deux mesures me semblent raisonnables, et pas si difficiles que cela à mettre en oeuvre. La première est favorable à la magistrature, la seconde est une mesure de rétorsion contre les magistrats indignes de leurs fonctions (et ils sont nombreux).

Recrutement et formation. Il faut, je crois, que cessent ces suppressions de postes (de magistrats comme de fonctionnaires) et ces fermetures de tribunaux. Dans une république digne de ce nom, chaque sous-préfecture, et chaque préfecture, devrait avoir son tribunal de police, son tribunal d’instance, ses juges de proximité, ses juges d’instruction, son tribunal de grande instance, son tribunal correctionnel, et ses juridictions d’exceptions, prud’hommes et TASS compris. Chaque préfecture devrait réunir également une cour d’assises. Chaque région devrait avoir sa cour d’appel (on pourrait imaginer de faire coïncider le lieu de résidence de la cour d’appel avec celui de la préfecture de région). Chaque sous-préfecture, même villageoise, devrait, comme chaque préfecture, posséder une petite maison d’arrêt. L’encellulement individuel serait la règle, pour des
motifs évidents de dignité, et pour protéger d’éventuels innocents et des fragiles (sachant que le risque d’enfermer des innocents subsiste toujours, même dans la république la plus vertueuse) ; l’incarcération préventive serait exceptionnelle, sauf, bien entendu, pour nos chers amis les multirécidivistes.

Cela coûterait beaucoup moins cher à mettre en oeuvre que ce que représente, pour les finances publiques et privées, le coût faramineux de la délinquance, de la criminalité, et de l’inversion des valeurs elle-même, qui se solde, comme chacun sait, par une surcroît de délinquance et de criminalité ! De ce point de vue là, il faudrait plus de magistrats et de prisons, et non pas moins. La thématique du « manque de moyen », même si elle est utilisée de manière démagogique par certains syndicats de magistrats, qui tentent d’excuser les décisions iniques de leurs collègues en arguant, précisément, de ce manque de moyen, cette thématique, dis-je, n’est aucunement dénuée de légitimité.

Ménage dans la magistrature

Faire le ménage dans la magistrature est l’acte de restauration républicaine par excellence, et on sait que le Général de Gaulle y a procédé, très imparfaitement d’ailleurs, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Dans l’état actuel de ce que vit la France, à savoir une situation d’inversion des valeurs généralisée, où l’on voit régulièrement des magistrats se comporter en prestataires de service de la voyoucratie, tout en sanctionnant, parfois avec un sadisme non dissimulé, des citoyens irréprochables, il est clair qu’il faut procéder sans délai à cette épuration.

Il ne s’agit pas de révolutionner le fonctionnement du judiciaire, d’inventer une magistrature élective et de mettre des jurys populaires à tous les coins de rues, mais il s’agit bien de remplacer une partie de la magistrature actuelle par de meilleurs magistrats. A cette fin, il est radicalement impossible de confier une mission d’une telle ampleur aux instances « naturelles » de la justice, à savoir la hiérarchie, les inspections, et le conseil supérieur de la magistrature : cela équivaudrait à ne rien faire. Il nous faut un acte d’exception, et une autorité administrative d’exception, choses possibles uniquement si le chef de l’État instaure l’état d’urgence et s’arroge un exercice absolu du pouvoir pendant quelque temps, suspendant les prérogatives des institutions habituelles. Il suffirait alors que le chef de l’État (je ne désigne pas ici le président Sarkozy, mais une notion abstraite) crée un haut-commissariat à l’épuration de la magistrature, pour une durée temporaire et unique, mettons, de trois ans, entièrement habilité à procéder à cet indispensable ménage.

Il serait intéressant de recruter les hauts-commissaires dans la société civile, parmi les résistants notamment. On pourrait imaginer un collège de sept personnes, statuant par consensus, sur dossier ou après comparution de magistrats devant elles ; sur quoi pourraient-elles bien statuer, me direzvous ? C’est très simple : sur la révocation ou le maintien en exercice de tel ou tel magistrat. Inutile de préciser que ces archontes d’un nouveau style bénéficieraient d’un pouvoir souverain (susceptible d’aucun recours devant aucune instance que ce soit) et d’une immunité judiciaire totale,
et viagère, afin de les préserver de toutes les machinations que les magistrats ne manqueraient pas d’ourdir contre eux, pour se défendre et pour échapper à la révocation.

Pour autant, ce pouvoir absolu serait étroitement limité, tant dans son domaine (les hauts-commissaires ne s’occupent que de révoquer des magistrats et sont interdits de tout autre mandat politique), que dans sa durée (deux ou trois ans), que dans ses prérogatives (il faut que ces fonctions soient peu rétribuées, un SMIC et un logement de fonction suffisent, c’est un gage de désintéressement). Ce haut-commissariat gagnerait alors à être installé dans un bâtiment de province, par exemple un vieux palais de justice désaffecté, dans une petite ville facile à contrôler, protégé par l’armée ou par les forces de police, afin de préserver la sûreté des commissaires. Il va sans dire que si la guerre civile venait à éclater en France, et qu’un gouvernement républicain réussisse malgré tout à rétablir nos valeurs et nos fondamentaux, la création immédiate de ce haut-commissariat serait la première et la plus importante de toutes les mesures à mettre en oeuvre.

Voilà, Monsieur le député, n’hésitez pas à écrire un article dans RL ou sur votre blog pour nous dire ce que vous en pensez. Je vous prie d’agréer l’expression du respect qu’un modeste citoyen doit à un élu républicain qui a su faire preuve, même si nos avis sont différents, de clairvoyance et de courage.

Jacques Philarcheïn

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