Madame Fourest, notre crime est-il de parler de l’islam comme vos “amies” Ayaan et Taslima ?

Publié le 5 octobre 2009 - par
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Madame Fourest,

Dans le quotidien “Le Monde” du 3 octobre 2008, vous avez publié une chronique intitulée « Retour de flamme anti-islam », dans laquelle vous affirmez que notre journal, Riposte Laïque, incarnerait une « dérive populiste » et une « tentation monoculturaliste », qui ferait de nous des dangereux « ultra-laïques », à craindre autant que les racistes du BNP, les libéraux du Parti de la Liberté de Wilders, et les chrétiens-démocrates suisses de l’UDC. Le point commun ? Vous nous reprochez de considérer qu’il « n’existe pas de différence entre l’islam et l’islamisme », vous nous croyez « complaisants envers le christianisme », et coupables de travailler « en réseau avec des sites nationalistes chrétiens ». Vous concluez en nous accusant de ne pas « vouloir d’un islam éclairé et laïque ».

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Mme Fourest, depuis des années, plus précisément depuis votre livre Tirs croisés, vous vous exprimez en laissant entendre que vous seriez une experte ès religions, suprêmement qualifiée pour juger les courants doctrinaux, leurs origines, leurs histoires, leurs possibles développements et leurs potentielle dangerosité. Alors que vous n’êtes ni islamologue, ni historienne des religions, ni même historienne des idées, vous vous autorisez à séparer le bon grain de l’ivraie, et vous vous permettez d’affirmer sans le démontrer que l’islam n’a rien à voir avec l’islamisme.

Or personne n’a accompli de travail philosophique et théologique sérieux pour fonder cette distinction. C’est un article de foi, un credo, un mantra, que les politiques, les intellectuels et les journalistes se sentent obligés de répéter rituellement avant de commenter un fait divers, un crime ou un attentat accompli par des musulmans au nom de leur religion. Il se trouve que nous sommes des laïques assez rétifs aux injonctions autoritaires de croire quelque chose sans qu’on nous le démontre. Notre mécréance est renforcée par les études d’islamologues autrement plus qualifiés que vous, qui montrent plutôt le contraire, et par les nombreuses affirmations émanant de leaders politiques et religieux musulmans, disposant d’une reconnaissance dans la communauté musulmane internationale d’une envergure autre que la vôtre.

Ce n’est pas, comme vous l’affirmez, l’appareil médiatique occidental qui laisse croire que les musulmans laïques, seraient de « faux musulmans », mais la manière dont ces musulmans « éclairés » sont traités par leurs coreligionnaires, le fait qu’ils sont très minoritaires, et qu’ils ne trouvent pas à l’intérieur de leur cadre conceptuel les armes rhétoriques pour dépolitiser leur religion. Nous, nous prenons acte de ce qu’est l’islam majoritaire, dans ses discours, ses affirmations et ses revendications, alors que vous, vous souhaiteriez que nous oeuvrions à l’émergence d’un « islam éclairé et laïque ». Il ne me semble pas que ce soit le rôle d’un militant laïque que d’émettre des vœux aussi pieux que le vôtre. En outre nous pensons honorer davantage l’intelligence des musulmans en les considérant parfaitement capables d’entendre la critique de l’islam, fût-elle la plus radicale, plutôt qu’en adoptant une attitude protectionniste somme toute méprisante.

Notre position par rapport à l’islam est la même que celle d’Ayaan Hirsi Ali, que vous avez reçue et félicitée pour son combat en février 2008, et qui a déclaré à cette occasion que « l’islam est incompatible avec la démocratie. » C’est la même que celle de Taslima Nasreen, co-lauréate du prix Simone de Beauvoir, qui déclarait le 10 avril 2003 dans les colonnes de l’Express : « Beaucoup de musulmans modernes disent que les fondamentalistes ont tort, que ces derniers ne représentent pas le vrai islam, et que celui-ci n’a jamais prescrit d’assassiner les incroyants. C’est faux! C’est bien l’islam, le vrai islam, l’authentique islam, qui prescrit de tuer les apostats et les incroyants. Cela est explicite dans le Coran. Le Coran dit même que l’on peut tuer les juifs et les chrétiens et que, si on se lie d’amitié avec eux, Allah promet l’enfer. » Notre vision de l’islam ne rejoint donc pas celle des « islamistes », comme vous le dites, elle rejoint celle de ces deux femmes, qui paient de leur personne pour avoir dit ce que vous trouvez « nauséabond » pour nous de répéter.

Elles seraient sans doute ravies d’entendre ce que vous pensez réellement de leur combat, après avoir grappillé quelques miettes de leur gloire réelle et méritée, en vous affichant à côté d’elles.
Nous vous laissons de bon cœur le monopole de la « posture (sic) “laïcité contre tous les intégrismes” ». Ce qui nous travaille, c’est le fait que l’islam est une loi positive révélée, plus qu’une foi personnelle. Comme tel, il heurte la République de plein fouet en tant que projet politique séditieux, qui avance masqué sous couvert de « foi religieuse ». Nous n’avons rien contre des croyances, aussi longtemps qu’il ne s’agit pas de la croyance qu’il faille suivre exclusivement la Loi d’Allah dans sa vie quotidienne, et l’imposer aux autres. Or l’exemple de la Grande-Bretagne montre que l’islam commence comme « association culturelle », et finit comme tribunal islamique. Connaissez-vous beaucoup d’associations « culturelles », autres que celles musulmanes, dont le but serait d’instaurer leurs propres tribunaux et vivre exclusivement selon leurs propres lois ?

La République a déjà terrassé par le passé la prétention de faire la loi au nom de Dieu, et nous en sommes heureux. Marianne possède les armes législatives pour se défendre contre toute prétention théocratique, notamment l’article 35 de la loi de 1905, qui condamne tout appel religieux à résister à l’autorité publique. Or qu’est-ce que la promotion de la charia, faite impunément par nombre d’associations musulmanes, notamment celles qui ont signé la Charte des musulmans d’Europe en janvier 2008 (1), sinon la diffusion d’une doctrine séditieuse qui peut nous mener à des troubles sociaux graves ?

Sans doute plus efficace encore, et donc plus préoccupant, est le mécanisme qui consiste à travailler au corps et au quotidien les membres de la communauté musulmane en la séparant de l’ensemble de la communauté nationale et en l’enfermant dans des ghettos matrimoniaux, culinaires, vestimentaires, linguistiques et sépulcraux. L’exemple du voile dans l’espace public est là pour en témoigner visuellement. La taille du tissus ne fait qu’ajouter un degré dans la violence symbolique de ce marquage sexiste, mais ne change pas le sens du symbole : la stigmatisation du corps des femmes et le rappel qu’elles sont la propriété d’un homme musulman. En ce sens nous affirmons en effet que le problème c’est aussi le voile et non seulement la burqa.

Si vous aviez étudié sérieusement l’islam, vous sauriez aussi que l’érection des minarets signifie pour les musulmans que la charia doit être appliquée dans toute la zone géographique observable depuis son sommet. S’opposer à leur construction n’est pas « usurper le drapeau de la laïcité », mais au contraire, une résistance légitime une propagande politique, faite cinq fois par jours, sept jours sur sept. « C’est Toi (Allah) que nous adorons, et c’est de Toi que nous implorons le secours. Dirige-nous dans le droit chemin. Le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes bienfaits. Non de ceux qui ont encouru Ta colère ni de ceux qui se sont égarés. », dit la sourate Fatihah, avec laquelle commence la prière de tout musulman. Or ce « droit chemin », c’est la charia, alors que « le chemin de ceux qui se sont égarés », désigne les lois des non musulmans.

Aussi sachez que nous n’avons nullement la nostalgie d’une quelconque théocratie, fût-elle chrétienne, nous ne voulons pas d’une nouvelle croisade, comme vous le laissez entendre en écrivant que nous fantasmerions un combat “chrétienté contre l’islam”. Votre affirmation selon laquelle nous aurions une « complaisance envers le christianisme », est mensongère puisque que nombre de nos articles dénoncent les atteintes à la laïcité qui sont le fait de chrétiens. Mais force est de constater qu’elles ne constituent pas la majorité aujourd’hui. Si vous avez cette impression, c’est peut-être parce que certains de nos rédacteurs ne font pas preuve de la même superficialité que vous dans la compréhension des religions.

Le fait que nous ayons des contacts avec d’autres militants, dont nous ne partageons certainement pas toutes les idées, ne peut que démontrer que nous ne sommes pas sectaires et que nous savons véritablement discuter avec des personnes en dehors de notre chapelle. Car notre journal est avant tout un espace de débats, c’est-à-dire qu’il pratique réellement la tolérance et l’ouverture, même par rapport aux personnes qui ne sont pas nos jumeaux idéologiques. Or qu’est-ce que l’acceptation de la différence, si ce n’est cette capacité d’avoir des relations humaines, de débattre, de se contredire et de se respecter, sans avoir à ériger ces « digues » dont vous déplorez qu’elles « se fissurent » ? Si nous ne saluions que nos frères, que ferions-nous d’extraordinaire ? Si pour vous, la tolérance n’est qu’un principe au nom duquel vous déclarez certaines personnes infréquentables, ce que vous pratiquez réellement c’est l’intolérance. Et si vous ne débattez qu’avec ceux qui sont d’accord avec vous sur toute la ligne, vous ne débattez pas, mais vous monologuez en chœur.

Dans votre article, vous mettez dans le même sac les racistes du BNP, les libéraux du Parti de Geert Wilders, et les conservateurs de l’UCD suisse sous prétexte qu’ils seraient « anti-islam ». On sent que l’envie vous brûlait les lèvres d’utiliser le terme « islamophobe », mais vous ne pouviez pas le faire, car vous vous êtes jadis distinguée par une critique brillante de ce « concept », c’est pourquoi vous avez employé un synonyme, vous, qui tonniez pour le droit au blasphème lors de l’affaire des caricatures de Mahomet ! Il semblerait donc que l’une des rares choses précises que vous ayez dernièrement apprises de l’islam, c’est l’utilisation des subterfuges du « double discours ».

Rassembler sous l’épithète « populiste » ces trois partis politiques distincts est simpliste, parce que tout d’abord Wilders ne veut d’aucun contact avec le BNP (2), et ensuite parce que l’UDC est un parti historique, qui n’est pas né de la dernière immigration en masse. Les comparer à notre journal n’a aucun sens parce que nous, nous ne sommes de toute façon pas un parti politique ! Cela ne sert dans votre rhétorique qu’à plonger le lecteur dans la plus grande des confusions mentales, copie conforme de celle qui vous habite. Vous essayez de refaire le coup du Front républicain de Mitterrand : tout ce qui n’est pas un laïcisme tendance fourestienne serait un danger pour la République !

Vous déplorez « la tétanie avec laquelle les politiques nuancés ou progressistes abordent ces sujets ». Les anathèmes du type de ceux que vous lancez à l’égard des esprits critiques et libres lorsqu’ils débattent du fond des choses ne seraient-ils pas pour quelque chose ? Nous serions curieux de savoir ce que vous considéreriez comme une « politique non tétanisée » à l’égard de la doctrine musulmane, à part le fait de la promouvoir de facto comme vous le faites, en priant fortement qu’elle se montre « modérée et laïque ». Les mains de votre laïcité sont pures, parce qu’elle n’a pas de mains.

En ce qui nous concerne, (passez-nous cette affreuse expression chrétienne, mais il paraît que le catholicisme a contribué un peu à la formation de la langue française) la messe est dite : il s’agit de réaffirmer les valeurs fondamentales de l’identité républicaine de la France, à travers une politique délivrée du complexe de culpabilité post-colonial. Si, pour vous, promouvoir une politique éducative qui rétablisse le respect des valeurs civiques, et lutter contre la subversion des lois de la République, c’est une « tentation monoculturaliste », sachez que nous ne voyons aucune honte d’y succomber, et de « dériver » dans la direction tracée par votre amie Ayaan Hirsi Ali.

Votre « posture » n’est sûrement pas la meilleure des protections contre le populisme, ni la meilleure « résistance à l’intégrisme », elle se résume à cette « manie » des intellectuels, que fustigeait déjà Rousseau dans La nouvelle Héloïse : « nier ce qui est, et expliquer ce qui n’est pas. »

En vous remerciant le plus sincèrement pour la publicité inespérée que vous nous faites,

Radu Stoenescu

(1) http://www.aidh.org/txtref/2008/Images/Charte_francais_def.pdf

(2) https://www.ripostelaique.com/Geert-Wilders-Je-n-ai-rien-a-voir.html

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