Malgré Dominique Sopo, écrasons l’infâme !

Publié le 8 avril 2008 - par

Avec Fitna, Geert Wilders a jeté un pavé dans la mare qui n’a pas fini de faire des vagues. Beaucoup en sortiront éclaboussés, et ce ne sont pas ceux que l’on pourrait croire ! Ainsi, M. Dominique Sopo, le sémillant président des antiracistes, dans une prise de position, publiée dans Libération du 31 mars intitulée « Le film de Wilders renforce le choc des extrémismes » et reprise sur son site sous le nom « Crameur contre crameurs » (1), nous a fait la mauvaise surprise d’adopter servilement des positions dignes de Mouloud Aounit. M. Sopo nous avait habitués à plus de courage intellectuel, et avait par le passé élevé sa voix contre le danger islamiste, aussi ce fut avec consternation que nous le vîmes joindre sa voix au concert de lyncheurs médiatiques d’un homme traqué par une internationale de fanatiques sanguinaires dont la détermination n’est plus à prouver. Son article est un plaidoyer éhonté contre la liberté d’expression et la laïcité, un brillant exercice d’essentialisation, une indigne démonstration d’amalgame et un sournois morceau de propagande qui vise la stigmatisation des véritables laïcs – hélas ! – décomplexés !

Ce n’est pas sans une triste satisfaction que j’ai retrouvé sous sa plume les quatre faux arguments que j’ai déjà démontés dans un précédent article : « essentialisation, comparaison avec les Croisades, provocation à la haine, et racisme ». Je ne me répéterai pas. Je vais concentrer mon tir sur trois autres notions fallacieuses auxquelles M. Sopo fait appel pour continuer à vendre sa soupe indigeste. Je vais décortiquer ce qui se cache derrière l’accusation de « faire de l’amalgame », de « stigmatiser » et enfin de faire du « fanatisme anti-fanatique », c’est-à-dire ce qu’il appelle le « choc des extrémismes ».

« Quand les mots perdent leurs sens, les hommes perdent leur liberté », disait Confucius il y a plus de deux mille ans. C’est sous cette maxime que j’inscris la démarche de clarification conceptuelle, qui me semble d’autant plus urgente que la philosophie a été supplantée par la propagande inculte, autoritaire et soporifique. Car un dessin de Goya me hante : « Le sommeil de la raison engendre des monstres ».

L’inculture anti-voltairienne

M. Sopo nous montre tout d’abord d’une manière éclatante son inculture en prétendant que Voltaire s’est « attaqué frontalement aux trois monothéismes ». La vérité, c’est que Voltaire, comme tous les philosophes des Lumières, avait un sens de la nuance et un bagage de connaissances qui l’empêchaient de mettre dans le même sac Moïse, Jésus et Mahomet. (Puis, soit dit en passant, il n’y a pas « trois monothéismes » mais au moins quatre, puisque l’hindouisme est aussi un monothéisme, mais cette erreur est tellement répétée à longueur d’émissions de télévision, qu’on ne peut l’imputer aux seules lacunes intellectuelles de M. Sopo. Soit dit en passant aussi, pour votre information, M. Sopo qui évoquez les « bûchers hindous », sachez que les indiens ont payé le plus lourd tribu en vies humaines à la « religion d’amour, de tolérance et de paix » : lors de la conquête de l’Inde par les musulmans, certains historiens estiment que les mahométans ont fait environ 80 millions de victimes, massacrées pour leur mécréance. (2))

M. Sopo redéfinit la démarche de Voltaire pour qu’elle serve ses analyses, et n’a aucune vergogne de qualifier le film de M. Wilders « d’étron audiovisuel. » Oserait-il dire à Voltaire aussi que sa pièce « Mahomet, ou le fanatisme » est un étron dramaturgique ? Comment peut-on être d’aussi mauvaise foi et d’une telle impudence, pour dire que la ferme mais pacifique dénonciation du fanatisme est aussi condamnable que le fanatisme sanglant ? Comment se revendiquer de Voltaire, et oublier ce que même un élève de Terminale retient : « Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer. » ?

Stalinisme essentialisant

M. Dominique Sopo, comme beaucoup de « progressistes », compense son inculture par son stalinisme. Non content que M. Wilders ait réussi à diffuser son film, malgré toutes les tentatives de censure et les menaces de mort dont il a fait l’objet, M. Sopo est de surcroît outré que l’on ne l’ait pas bâillonné plus fermement et que le monde entier débatte de son film, car il note « avec inquiétude – la faiblesse ou le caractère hallucinant des réactions officielles de nombre d’Etats. Ainsi, les réactions politiques des Etats européens sont manifestement défaillantes. Incapacité à désigner Wilders pour ce qu’il est (un personnage qui joue sur le racisme et non un trublion libertaire). Incapacité à empêcher de laisser cette sombre histoire devenir le sujet d’un stupéfiant débat quasiment international. » Débattre internationalement d’un sujet d’importance internationale, quelle idée extrémiste et anti-voltairienne !

Non, M. Sopo SAIT, on ne la lui fait pas : « Nous sommes encore moins face à un défenseur de la liberté mais trivialement face à un provocateur raciste qui maquille d’un prétendu amour de la liberté occidentale une obsession anti-arabe et/ou anti-musulmane. (…) Car pour Monsieur Wilders, en dehors de deux ou trois précautions de pure forme sur la nature des musulmans, il ne faut point en douter : un musulman est un ennemi de la liberté qu’il faut de toute urgence extirper d’Europe ! » Voilà un stalinien dans son numéro de stalinisme : peu lui importe les « formes », et les nuances que les individus réels font, lui, M. Sopo, sait déceler derrière les voiles de l’apparence l’ESSENCE diabolique des individus ! Sans aucune preuve, ou plutôt MALGRE LES PREUVES, à savoir par exemple que M. Wilders a toujours défendu les juifs et les homosexuels, M. Sopo, avec son flair naturel, reconnaît infailliblement le raciste hypocrite caché sous le discours du démocrate ! N’est-ce pas pour cela qu’on le paie ? Selon la rhétorique néo-antiraciste, M. Wilders attaque le Coran, donc il attaque les musulmans, donc il EST xénophobe, donc il EST raciste. Quel bel exercice d’essentialisation d’un individu ! On reste pour le moins pantois devant l’outrecuidance de l’auteur de l’article à dénoncer chez M. Wilders un essentialisme qu’il pratique lui-même d’une manière aussi stalinienne.

L’amalgame, méthode musulmane

Au-delà de pure mauvaise foi, le seul reproche que M. Sopo adresse à M. Wilders qui semble intéressant à analyser est cette petite bombe artisanale difficile à désamorcer : l’accusation de « faire des amalgames ». Souvent, elle est employée conjointement avec l’accusation de « discriminer », ce qui est assez comique, car ces expressions sont antonymes : « faire de l’amalgame », c’est « confondre, indifférencier », tandis que le sens premier de « discriminer » est « distinguer, préciser des différences ». Mais les idéologues pourfendeurs de faux fascistes recouvrent cette contradiction avec l’emploi terroriste d’une troisième accusation : celle de « stigmatiser » les musulmans. « Amalgame, discrimination, stigmatisation », voilà l’ordre d’agencement des stéréotypes dormitifs des « antiracistes ».

Que dire de l’accusation d’amalgame ? Quels sont les différents éléments que l’on ne devrait pas confondre, d’après nos vaillants anti-fascistes ? Ceux-ci accusent M. Wilders de mélanger intégristes et musulmans modérés, Coran et musulmans. Ceci est un parfait renversement de la réalité : ceux qui font cet amalgame, ce sont les musulmans eux-mêmes ! Le terme d’islamophobie qu’ils ont tout le temps à la bouche implique l’amalgame entre l’islam et les musulmans ! Le silence assourdissant de tous les « modérés » quant aux crimes des « intégristes », les rend solidaires de ces crimes ! Leurs justifications passionnées de tous les agissements des mouvements fascistes du Moyen Orient tels que le Hezbollah ou le Hamas les rend complaisants envers leur terrorisme. Ceux qui parlent sans cesse de l’insulte faite à un milliard de musulmans par un petit film de quinze minutes, qui ne montre que des images produites par les terroristes eux-mêmes, entretiennent une confusion générale entre l’islam, le Coran, Mahomet et les musulmans intégristes et modérés. La confusion entre l’islam et les musulmans est cautionnée par tous ceux qui crient au racisme à chaque fois que l’on critique l’islam et Mahomet. M. Sopo lui-même, en accusant M. Wilders d’incitation à la haine raciale, entretient l’amalgame entre l’objet du film – le lien entre les actes abominables de certains musulmans et le Coran – et l’ensemble des musulmans. Tout son article n’a pour objet que le maintien de cette confusion, sous peine de perdre son fonds de commerce. Sans racisme, il n’aurait pas d’antiracisme à vendre !

Plus encore, la confusion entre l’islam, Mahomet et les personnes musulmanes est le but même du culte musulman. Mahomet est le modèle paradigmatique à imiter pour tout musulman : tout musulman doit s’amalgamer avec Mahomet et la oumma. Plus il se confondra avec son idéal de vie, meilleur musulman il sera. Les distinctions ou, oserais-je dire, les discriminations mêmes qu’opère la pensée laïque entre la personne, sa foi, sa communauté et ses textes sacrés sont activement niées par la manière de vivre sa foi dans l’islam. Le refus de s’amalgamer avec le Coran, avec la Sunna et avec ses coreligionnaires non seulement barbus mais sourcilleux, est activement combattu par l’islam, comme un délaissement coupable de ses devoirs religieux, et peut être considéré comme de l’apostasie, punissable de mort.

Voilà donc pourquoi les musulmans se sentent agressés en tant que personnes dès que l’on critique Mahomet, l’islam ou le Coran : pour eux, c’est la même chose, alors que pour la pensée laïque, il s’agit d’objets différents. Les antiracistes qui leur emboîtent le pas contribuent au démantèlement de la laïcité, en tant que celle-ci distingue la personne humaine de sa religion afin de sauvegarder les droits de la personne contre les abus de la religion. En joignant leurs voix au cœur musulman qui amalgame dénonciation de la religion et incitation à la haine raciale, ils rejettent dans les bras velus de la oumma tous les musulmans modérés qui, à l’instar de Mohamed Sifaoui, luttent pour établir ces distinctions laïques à l’intérieur de l’islam.

Crier à la stigmatisation, refuser d’avoir honte

Dès lors, il est très facile pour la plupart des musulmans de se sentir « stigmatisés ». (L’emploi de ce mot est par ailleurs assez comique car l’islam nie la crucifixion de Jésus.) Si ceux-ci ne font aucune discrimination entre personnes, textes sacrés, guide spirituel et communauté de croyants, à chaque fois que l’on mettra précisément en évidence les torts, les failles, les horreurs ou l’immoralité de l’un d’entre eux, les musulmans dans leur ensemble se sentiront attaqués et persécutés. Si l’on critique le Coran, on est raciste. Si l’on condamne le Hamas ou le Hezbollah, on est sioniste. Si on caricature Mahomet, on incite à la haine raciale. Si on interdit le voile à l’école, on discrimine tous les musulmans, qu’ils vivent en Iran ou en Picardie. L’islam est partout et nulle part : c’est une religion, c’est une culture, c’est une race, c’est une nation, c’est un peuple, c’est un texte, c’est une foi intime, c’est un homme qui a vécu il y a mille quatre cents ans. A la moindre atteinte d’une des hypostases de l’islam, l’hypostase humaine crie à la stigmatisation, pour interdire la critique de toutes les autres. En criant à la stigmatisation, les musulmans en tant que personnes tentent de placer au-dessus des lois toutes les autres manifestations de l’islam, en faisant condamner toutes les attaques contre le Coran ou Mahomet comme des discriminations à leur encontre.

En négatif, ce que signifie cette dénonciation de la « stigmatisation », c’est un refus catégorique de se remettre en question, et de critiquer l’islam, l’exemple de Mahomet et les agissements des autres musulmans. Crier à la stigmatisation, c’est crier son refus d’avoir honte de ce que l’on fait au nom de l’islam ! Hurler « on nous stigmatise », c’est proclamer à la face du monde qu’on ne veut avoir honte ni des crimes d’honneur, ni des décapitations d’innocents, ni des lapidations, ni des attentats terroristes, ni des appels au meurtre. Ceux-là même qui ne ménagent aucun effort pour afficher leur solidarité avec leurs coreligionnaires quand ils les pensent opprimés, n’ont aucune honte de ce qu’ils font comme oppresseurs ! Ceux-là mêmes qui passent leur temps à faire la morale à l’Occident, en lui rappelant l’Inquisition, les Croisades, l’esclavage, ou la Shoah, qui nous somment d’avoir honte de notre culture et notre passé et de nous considérer viscéralement comme des croisés, des inquisiteurs, des esclavagistes ou des nazis, tous ces procureurs de banlieue qui ne pardonnent jamais le passé, ne veulent même pas rougir de ce que leur « communauté » fait dans le présent ! Ce n’est pas seulement la peur qui doit changer de camp, mais aussi la honte.

Le « choc des extrémismes », ignoble démission de la raison

Mais voilà que je m’emporte. M. Sopo m’accuserait sans doute d’être un « fanatique des Lumières » ou « un intégriste des droits de l’Homme ». A chaque fois que l’on donne de la voix d’une manière passionnée et engagée contre la barbarie, les tièdes censeurs qui n’ont ni le cœur à s’indigner, ni la tête à comprendre, condamnent cela comme de l’extrémisme « en miroir », de la « propagande visant à éveiller l’instinct », comme a osé l’écrire à son tour Caroline Fourest dans sa lâche condamnation de Wilders, qui a sans doute consterné son amie Ayaan Hirsi Ali, première scénariste de Fitna. (3)

Dominique Sopo et Caroline Fourest mettent en avant dans leurs deux articles respectifs une distinction très jésuitique entre le bon et le mauvais « combat laïque ». « Monsieur Wilders vient polluer les débats sur les universaux, la liberté, la laïcité en venant affaiblir des combats qui ne sont en rien les siens. A une époque où, en France, des débats relatifs à la laïcité vont sans doute se poser avec rudesse dans les mois qui viennent, le camp laïc auquel j’appartiens devra d’ailleurs prendre garde à ces racistes anti-arabes reconvertis dans la défense de la laïcité… Autrement dit, il faudra être en mesure d’expliquer en quoi la laïcité, face à ceux qui veulent la ringardiser, est par essence moderne et antiraciste. Un effort de pédagogie qui permettra à notre camp d’éviter l’entrée de quelques intrus et de mener un débat sans ambiguïté…» écrit Sopo, tandis que Fourest lui emboîte le pas et proclame qu’il faut distinguer « l’engagement sincère destiné à éveiller l’esprit critique d’un acte de propagande visant à éveiller l’instinct. » Ce genre de byzantinisme me rappelé une note de Jean-Jacques Rousseau sur le fanatisme, que je vous laisse le plaisir de découvrir en entier.

« Bayle a très bien prouvé que le fanatisme est plus pernicieux que l’athéisme, et cela est incontestable ; mais ce qu’il n’a eu garde de dire, et qui n’est pas moins vrai, c’est que le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cœur de l’homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un ressort prodigieux, et qu’il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus : au lieu que l’irréligion, et en général l’esprit raisonneur et philosophique, attache à la vie, effémine, avilit les âmes, concentre toutes les passions dans la bassesse de l’intérêt particulier, dans l’abjection du MOI humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais fondements de toute société ; car ce que les intérêts particuliers ont de commun est si peu de chose, qu’il ne balancera jamais ce qu’ils ont d’opposé. Si l’athéisme ne fait pas verser le sang des hommes, c’est moins par amour pour la paix que par indifférence pour le bien : comme que tout aille, peu importe au prétendu sage, pourvu qu’il reste en repos dans son cabinet. Ses principes ne font pas tuer des hommes, mais ils les empêchent de naître, en détruisant les mœurs qui les multiplient, en les détachant de leur espèce, en réduisant toutes leurs affections à un secret égoïsme, aussi funeste à la population qu’à la vertu. L’indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l’Etat sous le despotisme ; c’est la tranquillité de la mort : elle plus destructive que la guerre elle-même. » (4)

M. Sopo et Mlle Fourest, avec leur désir de « débat critique sur les universaux », et leur condamnation des « troublions » qui parlent des hommes et non des idées pures, nous donnent un bel exemple de cette indifférence philosophique, mêlée à la « bassesse de l’intérêt particulier » ! Peu importe au prétendu sage Sopo que Wilders soit menacé de mort, qu’il vive comme en prison dans son propre pays, pourvu que lui, Sopo, puisse toujours y voir du racisme, et vendre ainsi son antiracisme, en toute tranquillité !

La défense passionnée, engagée et tranchée de la laïcité n’est pas un extrémisme, M. Sopo ! Il ne s’agit pas d’appel à l’instinct, Mlle Fourest ! Quelle duplicité que de respecter les « sensibilités » religieuses et de condamner sans appel les « sensibilités » anti-religieuses ! Vous avez beau jeu, vous, les raisonneurs critiques, à vous tapir dans l’ombre d’une Ayaan Hirsi Ali menacée de mort, et poser en grands défenseurs de la laïcité, tout en condamnant lâchement son ami Geert Wilders ! Immondes récupérateurs sans morale et sans cœur, plus intéressés par vos piètres carrières télévisuelles que par les valeurs que vous prétendez défendre ! La résistance au fascisme, ce n’est pas du fascisme. Le fascisme, ce mot tellement galvaudé que personne ne se souvient plus de ce qu’il désigne, est caractérisé avant tout par l’intimidation physique, la haine de la liberté d’expression, la propagande manipulatrice, le refus d’avoir honte, c’est-à-dire, on l’oublie trop souvent, le désir fanatique de venger impitoyablement une humiliation historique – le « diktat de Versailles » comme l’appelait Hitler.

Le deuxième assassinat de Théo van Gogh

La dénonciation pacifique mais ferme de ces agissements, comme le fait Wilders avec son film, alors qu’il est menacé de mort et sommé de se taire par son lâche gouvernement, ce n’est pas du fascisme. Honte à tous ceux qui capitulent devant l’infâme, en clamant que lui résister, c’est tout aussi infâmant ! Accuser Wilders du même extrémisme que celui des criminels qu’il montre dans son film, c’est faire preuve de la plus grande ignominie qui soit ! C’est gommer l’infinie distance qui sépare la condamnation des idées de l’assassinat des individus !

Dire, comme le fait M. Philippe Val à la suite de M. Sopo et de Mlle Fourest, que Fitna n’est que « le clip d’un facho rasé à la gloire des fachos barbus » (5), c’est cracher avec nonchalance sur la tombe de Théo van Gogh, coupable aussi d’avoir fait un film qui « amalgame le Coran et la violence ». Prétendre, goguenard et spirituel, qu’entre « les islamistes et Geert Wilders il n’y a qu’un poil de différence », c’est assassiner une seconde fois l’ami d’Ayaan Hirsi Ali, et lui dire qu’il ne valait pas mieux que son meurtrier impénitent ! C’est presque affirmer d’une même voix que son assassin avait raison de le tuer, puisqu’il n’était qu’un affreux facho qui ne méritait pas de s’exprimer.

Quelle extraordinaire stratégie de la part de ces progressistes engagés ! Quand on menace les caricaturistes danois, ou Ayaan Hirsi Ali, ou Robert Redeker, ils disent que c’est la liberté d’expression que l’on assassine, et ils font leurs choux gras de la défense des idées, et quand Ayaan Hirsi Ali, Robert Redeker ou Geert Wilders seront réellement assassinés comme Théo van Gogh, ce fera toujours un facho de moins ! Voilà comment avoir le beurre et l’argent du beurre sans faire le moindre effort de confrontation de ses idées avec le réel. La réalité ? Trop « vulgaire » ! comme le dit Bernard Henry Lévy, froissé dans ses goûts esthétiques par le film de M. Wilders. (6)

Cette attitude qui se veut éclairée et intelligente, allant au-delà des faits pour soi-disant révéler la nature équivalente de M. Wilders et des extrémistes musulmans, est une insulte à la démocratie et à la raison, car c’est sur cette nuance, dans cet espace fin comme un cheveu entre les individus et les idées que s’est construite toute la culture occidentale, la démocratie, la raison et la paix sociale. Tout l’humanisme tient dans cette distinction que M. Sopo ne prend même pas la peine de mentionner ; tout le débat démocratique dépend du maintien de la distinction entre la critique philosophique d’une doctrine, la mise en lumière des agissements criminels de certains de ses fidèles et le massacre d’individus. Dans ce « poil de différence » que la rhétorique de M. Sopo, Mlle Fourest et M. Val rase proprement, se concentre tout ce que distingue la civilisation de la barbarie.

« Allié objectif » : revoilà les réflexes staliniens !

Comment peut-on être aussi ignoble, après avoir posé en preux chevaliers défenseurs des vertus de Marianne ? Tout d’abord, le poids de la tradition stalinienne française est pour beaucoup dans ce déni de réalité et dans cette lâcheté déguisée en stratégie supra intelligente : Val, Fourest et Sopo ont de brillants prédécesseurs, comme Henri Barbusse lynchant Panait Istrati à son retour d’URSS en 1929, pour la publication de son témoignage désespérée sur la situation réelle des ouvriers réels dans le pays du « socialisme réel » (7), ou Jean Paul Sartre fustigeant avec indignation Kravtchenko pour avoir dit la vérité sur les camps soviétiques et les crimes de Staline. Barbusse et Sartre avaient alors les mêmes arguments que Sopo, Fourest, et Val aujourd’hui : ils traitèrent ceux qui disaient la vérité et mettaient en danger leur confort mental « d’alliés objectifs » des impérialistes américains. Cette gauche stalinienne a toujours préféré les révolutionnaires aux révoltés, et a souvent condamné les seconds au nom des savants calculs géo-idéologo-propagando-stratégiques des premiers. Cette gauche intellectuelle adore les révolutionnaires qui ont de grandes idées, de grands systèmes, de grandes stratégies subtiles POUR LE FUTUR, et déteste les révoltés qui vous parlent passionnément des « vulgaires » souffrances des moujiks anonymes, ou des femmes excisées, DANS LE PRESENT. Ils ne peuvent jamais voir la dénonciation pour ce qu’elle est : la banale mise en évidence de la souffrance de son prochain afin de faire honte aux bourreaux ; il faut que leur « engagement » soit pris dans un système de conséquences alambiqué, qu’il soit compris en tant que coup tactique dans une stratégie globale.

Montrer des horreurs, c’est trop simpliste, trop vulgaire, trop banal pour des esprits épris d’idées sublimes, de démonstrations merveilleuses, et de dialectique matérialiste. Ce n’est pas assez intéressant pour M. Bernard Henri Lévy qui écrit à propos de Fitna « Si ce film est haïssable c’est parce que, ne serait-ce que dans le principe de son montage faisant alterner des sourates et des images gore, il dit que le Coran est, en tant que tel, source de barbarie – thèse proprement idiote et qui, de surcroît, ne laisse d’autre choix que celui de l’affrontement. » Bien sûr, c’est trop simple pour l’esprit amoureux de complexité de M. Lévy, que de croire que des gens auxquels on répète sans cesse des versets qui incitent au meurtre puissent vraiment passer à l’acte juste à cause de cela. Ce n’est pas assez profond comme cause, pour que l’on mérite vraiment de se pencher dessus ! On se demande alors pourquoi la loi française réprime l’incitation à la haine et à la discrimination raciale, si cela ne peut causer aucun dommage, ni aucune barbarie. M. Lévy, c’est vous qui êtes simpliste en considérant que ce film « ne laisse d’autre choix que celui de l’affrontement » car il y a une autre possibilité : que les fanatiques commencent à avoir honte de ce qu’ils voient dans les miroirs qu’on leur tend ! Rien d’autre ne les fera véritablement changer en profondeur. J’espère de tout cœur que Mme Ayaan Hirsi Ali restera toujours aussi simplette et qu’elle ne comprendra jamais les subtiles analyses post-hégéliennes et néo-staliniennes de M. Sopo et consorts, qui concluent contre la raison et la réalité que Geert Wilders est un « allié objectif » de ceux qu’il condamne et qui veulent littéralement sa tête.

L’immigration et l’assimilation : le tabou de la gauche

Il y a un deuxième élément d’explication de ces spectaculaires plongeons dans la fosse à purin qu’effectuent acrobatiquement et spirituellement tous les hérauts du progressisme de gauche depuis une semaine : ils étaient timidement partis en guerre contre l’islam politique, entraînés par le courage d’une somalienne naturalisée européenne, dont la foi néophyte dans les valeurs humanistes ne cessait d’émerveiller leur cynisme post-moderne, mais soudain ils ont aperçu la queue du dragon qui les terrifie depuis des décennies, et comme d’habitude, ils ont pris la fuite, abandonnant doctement la somalienne à son enthousiasme juvénile.

Nous voici arrivés au cœur du problème que la sainte trinité « amalgame, discrimination, stigmatisation » refoule sans résoudre : l’islam pose le problème du « vivre ensemble » entre Hommes, pas entre idées. Le dragon dont nos valeureux chevaliers ont aperçu la queue, c’est le tabou de la gauche : c’est la question de l’immigration, et de l’assimilation des immigrés. Ne nous voilons pas la face : la critique de l’islam est une critique implicite des musulmans. Les antiracistes staliniens veulent toujours nous faire croire qu’une telle critique serait de la xénophobie : « Monsieur Wilders ne dit pas grossièrement qu’il n’aime pas les bougnoules. Il dit qu’il se bat pour une liberté menacée par un Islam qui – heureuse coïncidence – est la religion des bougnoules. » écrit M. Sopo.

Critiquer les musulmans et leur doctrine, ce n’est pas de la xénophobie, car les musulmans sont à présent français, anglais ou hollandais. La critique de l’islam est la critique du projet de société porté par un groupe de citoyens égaux en droits. Les musulmans et leurs idées doivent être justement traités comme tous les autres groupements idéologico-politiques européens, puisqu’ils sont européens ! On n’a pas le droit de les protéger contre la critique sous prétexte qu’ils ne seraient pas européens, tout en disant par ailleurs qu’ils sont citoyens à part entière ! Que les choses soient claires : le débat doit être sans concession avec l’islam et ses sectateurs, justement parce qu’ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres européens ! Ceux qui censurent ce débat au nom de la lutte contre la xénophobie, présupposent que les musulmans ne sont pas des citoyens européens, mais des étrangers. Pas plus que l’on ne prend de précautions pour dénoncer les atteintes des catholiques à la laïcité, de peur d’être taxé de racisme anti-vendéen, ou de xénophobie à l’égard des bretons, il n’y a aucune raison de se censurer pour critiquer les musulmans, de peur d’être taxé de xénophobie anti-arabe. Les musulmans ne peuvent pas être Français quand il s’agit de revendiquer des droits, et se prétendre soudainement « étrangers stigmatisés » quand on les met devant leur devoir de respecter les principes de la République.

La lutte anti-laïque des hérauts de la laïcité « anti-raciste »

M. Sopo prétend que le débat sur la laïcité « va se poser avec rudesse dans les mois qui viennent » et qu’il faudrait en écarter les « troublions » qu’il a identifiés, grâce à ses dons de voyance, comme des « racistes anti-arabes reconvertis dans la défense de la laïcité ». J’ai bien peur que ce qu’il veut dire par là, c’est exactement le contraire, à savoir qu’il veut absolument éviter que le débat sur la laïcité se pose avec rudesse, parce que cela froisserait les sensibilités des musulmans, c’est pourquoi il condamne des troublions comme Geert Wilders. Dans le débat sur la laïcité, les musulmans sont le fer de lance des attaques contre la loi de 1905, qui visent à créer une brèche par laquelle d’autres cultes rêvent aussi de s’engouffrer, pour profiter des deniers publics. M. Sopo veut éviter que l’on résiste à « l’aménagement » de cette loi, c’est pourquoi il stigmatise préventivement tout défenseur trop passionné de la laïcité contre l’islam, comme étant un raciste qui s’ignore.

Il y a quelque chose de très étrange dans le débat public autour de l’islam et des questions soulevées par le film de Wilders, par celui de Théo Van Gogh, par l’article de Robert Redeker, par Ayaan Hirsi Ali. Tout ce passe comme si l’Occident découvrait soudainement l’islam, comme s’il n’y avait pas depuis des siècles des chaires universitaires d’arabe et d’études islamiques. On laisse les rappeurs comme Abd al Malik et les poètes comme Abdelwahab Meddeb nous exposer l’islam comme s’ils étaient des puits de sagesse, et comme s’il n’y avait jamais eu d’islamologues occidentaux, et des docteurs en histoire des religions. Dans une société qui convoque des experts pour débattre de sa moindre défaillance, des tocs des ses adolescents à l’empoisonnement de sa nourriture, il est pour le moins étonnant que les pouvoirs publics agissent comme s’il n’en existait aucun pour trancher la question brûlante de savoir si l’islam est oui ou non compatible avec la laïcité, avec la démocratie et avec la République.

L’islam a une histoire et une manifestation actuelle. Il existe des écoles actuelles de droit musulman qui expliquent d’une manière parfaitement claire à leurs ouailles comment interpréter le Coran et la Sunna. Tous les débats qui nous épuisent sur le sens de tel ou tel verset, sur ce qui est abrogé et ce qui est valide, sur ce qui est haram et ce qui est hallal, ont déjà été tranchés par les légistes musulmans qui officient à Téhéran, à Damas ou à Riyad. (Il n’y a pas plus « d’islam de France » indépendant des universités islamiques de Damas ou de Riyad, qu’il n’y a de « catholicisme de Normandie » spirituellement indépendant du Vatican.)

L’islam, en tant que corpus juridique dérivé du Coran, est parfaitement défini et peut être parfaitement connu par les occidentaux arabisants. Si nous nous posons d’une manière rationnelle la question de savoir si l’islam est compatible avec la démocratie, agissons de manière rationnelle : ETUDIONS LES FAITS, comparons le droit musulman tel qu’il est enseigné par universités musulmanes actuelles avec le droit républicain. Pourquoi ne réunissons-nous pas un collège d’experts, composé à la fois d’islamologues et de juristes occidentaux, pour trancher d’une manière claire et nette cette question ? Car l’islam est moins une foi qu’une loi, supposée divine, à laquelle tous les musulmans sont censés obéir, où qu’ils soient, et il est d’autant plus aisé de statuer sur sa compatibilité ou sa nocivité par rapport aux lois occidentales. On pourra faire autant de nuances qu’il y a d’écoles juridiques musulmanes, et classer ensuite les mosquées selon leur obédience. C’est d’autant plus étonnant qu’on n’ait pas encore fait ce travail comparatif quand on sait que de leur côté les théologiens musulmans l’ont déjà accompli, ce qui a donné par exemple la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme (8).

Au lieu de perdre notre temps en querelles stériles sur l’islam que l’on craint et sur celui que l’on souhaite, étudions l’islam tel qu’il est enseigné par les écoles dominantes actuelles, et statuons sur la compatibilité de ses prescriptions avec les principes fondamentaux de la République. Voyons un peu comment sont contextualisés officiellement les versets problématiques et les hadiths violents, et quelle est l’essence avouée de la doctrine musulmane, dans la multiplicité de ses courants ! Voilà ce qui serait une manière objective et rationnelle de poser le débat laïque, sans racisme aucun.

Ecrasons l’infâme !

Radu Stoenescu

(1) http://www.sos-racisme.org/?Crameur-contre-crameurs

(2) http://www.geocities.com/Colosseum/Stadium/5142/negislamindia.html

(3)http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/04/01/1975-que-pensez-de-fitna-le-film-de-wilders-caroline-fourest

(4) (Rousseau, Emile ou de l’Éducation, Garnier-Flammarion, 1966, p. 408-409.)
http://books.google.fr/books?id=kB4CF7Z2LDEC&pg=RA1-PA314&lpg=RA1-PA314&dq=%22le+fanatisme+est+plus+pernicieux+que+l’ath%C3%A9isme%22+rousseau&source=web&ots=LOoonZGhaD&sig=918hmLHEM5K-7xDdVK3vK2lxN3s&hl=fr#PRA1-PA314,M1

(5) http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/philippeval/

(6) http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/boycott-oui-islam-et-islam-le-don-juan-de-scarpitta/989/0/235196

(7) Vers l’autre flamme, confession pour vaincus, 1929

(8) http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Arabe/inst_cons-decla81_1.htm

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi