Manifestation d’extrême droite contre le mondialisme : rien de Républicain !

Publié le 10 mai 2010 - par
Share

Dimanche 9 mai, une manifestation était annoncée à Paris, avec comme mot d’ordre « Contre le mondialisme, organisons la Résistance nationale ! » Les thèmes tenaient la route (Le Diable sait à quel point la gouvernance mondiale qui s’instaure peu à peu et le système économique associé, la mondialisation, n’est pas la tasse de thé des républicains). Ajoutez à cela une vidéo (1)de Serge Ayoub qui répondait à la CGT avec d’excellents arguments pour expliquer que celle-ci n’avait pas le monopole de la lutte sociale. Tout cela m’a donné envie d’en savoir davantage sur les initiateurs et participants. D’ailleurs il n’est pas inutile de surveiller ce qui se passe à l’extrême droite, et, après avoir fait le point sur le FN de Marine le Pen(2), il n’est pas inintéressant de regarder les partis voisins.

J’attendais donc, dimanche dernier à 11h 30 place des Pyramides, l’arrivée de la manifestation.
Ma première réaction, étonnement : beaucoup de drapeaux noirs et de vêtements noirs… et pas de drapeau français. Les manifestants, de tous âges, plus nombreux que je ne m’y attendais, un millier à vue de nez, ont défilé dans un ordre rigoureux au rythme d’une musique lente, qui créait une atmosphère lourde, voire inquiétante. Quelques-uns ont lancé des slogans discutables, dont le choquant « Immigrés dehors ». D’autres avaient des mots d’ordre que je trouve absurdes, eu égard au maître mot du rassemblement : « Europe, social, identité » !
A l’arrivée, sentiment que si, de façon évidente, discipline et maîtrise des forces physiques étaient au point il y avait un problème d’organisation : quelques orateurs se sont succédé à la tribune improvisée devant la statue de Jeanne d’Arc sans que l’on sache qui, de tous les groupes/partis/associations qui défilaient était représenté ; il y avait une différence entre l’ordre qui paraissait régner, dans la manifestation, et l’absence d’organisation autour du podium. Les premiers orateurs n’étaient pas de bons tribuns, sans parler du contenu de leur discours. Ils revendiquaient une France française (et non africaine) et une Europe européenne, sans oublier un rappel larmoyant du 6 février 1934(3)… Moi, mon camp, c’est plutôt le Front populaire, et le 12 février 1934. Seul le dernier, Serge Ayoub, a un véritable talent et, aussi bon tribun que poète(4), est capable d’entraîner les foules, grâce à des racines populaires qui lui permettent de tenir un discours social. Il a lancé (enfin ! ) la Marseillaise à la fin de son intervention. Il n’empêche que les discours se sont focalisés sur la critique des politiques, tous pourris, des « voleurs »(référence au 6 février 1934), la nécessité de prendre le pouvoir dans la rue « qui est à tous », la résistance nécessaire… J’attends encore un hymne d’amour à la France (il semble que les nationalistes ne soient pas vraiment patriotes, quoi qu’ils en disent…), la dénonciation de l’islam et l’absence de souveraineté nationale, mise à mal par Bruxelles !

Bien évidemment, je fais un prix de gros, puisqu’il était impossible de savoir qui parlait et au nom de qui, alors qu’il y avait, de façon évidente, plusieurs « chapelles » présentes. Néanmoins, des tracts étaient distribués au nom du groupe qui semblait le plus important « La Nouvelle Droite Populaire », qui permettait d’en savoir un peu plus sur ce parti nationaliste. Ils dénoncent, à juste titre, le libéralisme, le mondialisme, le pouvoir de la haute-finance, l’ouverture des frontières, les délocalisations, la destruction des PME, l’islamisation progressive de l’Europe, les medias aux ordres… Mais certains points de leur programme, résumé ci-dessous, sont inacceptables pour des républicains :
– « Refus de l’immigration extra européenne et de l’islamisation » : tout à fait d’accord, à condition qu’on arrête l’immigration et qu’on expulse les sans-papiers, mais que l’on ne lance pas la chasse à l’immigré installé en France.
– « Défense des identités régionales, nationales et européennes » : c’est le contraire de la République, avec la défense évidente de l’Europe des régions, donc l’abandon et de la nation et de la souveraineté nationale.
– « Application de la préférence nationale et européenne » : elle est inutile si on met un coup d’arrêt à l’immigration et il n’y a pas de raison de préférer un Européen à un homme d’une autre nationalité. L’importance accordée à l’Europe vue comme une communauté, comme si il y avait un peuple européen (qu’est-ce qui le fédèrerait, sinon la couleur de peau et le christianisme, bien insuffisants à faire un peuple ?) est très inquiétante.
– « Réhabilitation des valeurs familiales et des principes de notre civilisation » : là c’est le pompon, « politique en faveur de la famille, instauration du salaire maternel, réapprentissage des valeurs » : on craint le pire, la femme qui n’existe plus que comme mère quitterait la vie publique, l’interdiction du divorce, de l’avortement…
– « Rupture avec l’ultralibéralisme mondialiste, rétablissement des frontières, créer un vaste marché européen protégé, réduire le racket fiscal » : d’accord avec les deux premiers points, le reste est inacceptable parce que cela revient à accepter l’Europe actuelle et que considérer que les impôts c’est du racket c’est vouloir la mort des services publics et l’instauration des inégalités.
– « Construction d’une Europe politique fidèle à ses racines helléniques, celtiques, germaniques et chrétiennes » : non à une Europe politique, puisqu’elle nierait la souveraineté et l’indépendance de la France ; oui on peut parler des racines helléniques et chrétiennes ( grave oubli, délibéré sans doute, les racines latines) mais les racines celtiques et germaniques sont non seulement historiquement douteuses mais idéologiquement frelatées et c’est peu dire…

Ajoutez à cela un tract comprenant une invitation au troisième congrès nationaliste, qui prévoit, outre un fort sympathique banquet gaulois, une messe traditionnelle qui occupe la matinée, et qui en dit long sur ce que serait la liberté d’expression, de mœurs, le délit de blasphème, j’en passe et des meilleures, si de tels partis, se revendiquant catholiques, prenaient le pouvoir. Ce serait le retour à une France catholique, et la fin de la laïcité.

Le congrès de janvier 2011 qui décidera qui, de Marine le Pen ou Bruno Gollnisch prendra la tête du FN aura des conséquences importantes sur le paysage politique français. Si Gollnisch l’emporte, il est évident que le FN sera sur la même ligne que le Nouvelle Droite Populaire et le vote FN qui augmente avec l’impéritie de nos gouvernants de droite et de gauche pourrait être une force dangereuse. Si c’est Marine le Pen, si son discours républicain et laïque actuel est sincère, il est totalement incompatible avec ce que j’ai entendu ce dimanche 9 mai ! A suivre !

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

(1) [http://lelocal92.over-blog.com/article-serge-ayoub-replique-aux-syndicats-49197475.html->http://lelocal92.over-blog.com/article-serge-ayoub-replique-aux-syndicats-49197475.html

(2) [http://www.ripostelaique.com/A-quoi-Marine-Le-Pen-joue-t-elle.html->http://www.ripostelaique.com/A-quoi-Marine-Le-Pen-joue-t-elle.html

(3) [http://fr.wikipedia.org/wiki/6_f%C3%A9vrier_1934
http://www.ripostelaique.com/Conte-barbare-de-Serge-Ayoub.html->http://fr.wikipedia.org/wiki/6_f%C3%A9vrier_1934]

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.