Martin Hirsch et les fusils-mitrailleurs « comme un poisson dans l'eau » à la Villeneuve de Grenoble

Le président de l’Agence du service civique, ancien Haut commissaire aux solidarités actives, ne tarit pas d’éloges sur la Villeneuve à Grenoble.
Dans une interview à France-Info, il décrit ce quartier qui s’est illustré par de récentes émeutes anti-françaises en soutien à un braqueur comme un « paradis sur terre » (1). Il note tous les efforts qui ont été faits en ce sens. La Villeneuve comporte de bons équipements collectifs, et est bien servie par les services sociaux et les transports en commun, ainsi que par un tissu associatif efficace. Ainsi, peut-être sans s’en apercevoir, Martin Hirsch vient lui-même de démolir le mythe selon lequel une prétendue « ghettoïsation » des « quartiers sensibles » serait à l’origine de la violence. Dont acte.
Mais pour Martin Hirsch, il n’y aurait à la Villeneuve que quelques trafiquants et caïds qu’il faudrait mettre hors d’état de nuire et tout irait bien. C’est curieux que lors de son séjour d’une semaine au lendemain des émeutes, il n’ait pas remarqué que ce n’est pas seulement une poignée de délinquants qui s’en prenaient aux forces de l’ordre avec racisme, mais des dizaines de personnes des deux sexes et de tous âges. Or c’est ce que nous dénoncions dans un article (2) : si les deux braqueurs du casino d’Uriage-les-Bains ont tenté de se réfugier à la Villeneuve – avec succès pour l’un d’entre eux puisqu’il n’y a toujours pas été retrouvé –, c’est bien parce qu’ils savaient qu’ils y seront accueillis « comme un poisson dans l’eau ».
Pour quelqu’un qui est nommé par le gouvernement comme grand patron du nouveau service civique, cet aveuglement est inquiétant. Mais il est vrai que depuis que Martin Hirsch a déclaré que « la vraie intégration, c’est quand des catholiques appelleront leur enfant Mohamed » (3) – et il parlait bien de la France –, son manque total de discernement politique et social est patent, et on se demande même pourquoi le gouvernement continue à lui confier des responsabilités officielles, en particulier auprès des jeunes.
Un autre exemple de cette cécité dans l’interview à France-Info, c’est quand Martin Hirsch signale qu’« il y a un centre de traficotage d’armes (sic !) qui a été démantelé. Très bien. Le café dans lequel il y a des fusils-mitrailleurs, on arrête là, quoi. Moi je n’ai pas du tout de vision angélique dessus ». Or c’est précisément de l’« angélisme » pur et simple de pas voir la réalité ahurissante que révèle cette découverte.
Le « café » en question est le Yaz Café, situé place du Marché, au 101 galerie de l’Arlequin, en plein cœur du quartier de la Villeneuve. C’est un établissement dûment enregistré au Registre du commerce par son gérant Kamel Lahreche, tantôt comme « bar-tabac », tantôt comme « librairie ». (Notons qu’il distribue en particulier « Le Postillon », journal du groupuscule gauchiste Indymedia Grenoble contre lequel le ministre de l’Intérieur vient de porter plainte pour ses appels à la haine et à la violence contre les policiers !)
Mais le Yaz Café n’est pas un sombre estaminet interlope. C’est un établissement d’apparence agréable et de bonne surface. Même pas halal : les bouteilles d’alcool sont alignées au bar, et le gérant n’est connu de la justice que pour une conduite en état d’ivresse en 2008. L’association Villeneuve Pétanque y a établi son siège social en octobre 2009. Une autre association, Alerte 38, militant « pour la qualité de vie des personnes âgées » y a organisé une réunion sur le thème « pourquoi faire du sport » (4). Bref, le type même d’établissement illustrant le « vivre-ensemble » et les « solidarités actives » chers à Martin Hirsch.

Et pourtant, c’est bien au sous-sol du Yaz Café que la police a découvert un sac contenant trois pistolets automatiques de calibres 9 mm et 7,65, un pistolet-mitrailleur Uzi – le même modèle que celui qui a servi pour braquer le casino d’Uriage-les-Bains pour tirer sur les policiers – et une centaine de munitions (5). Kamel Lahreche prétend qu’un « jeune » dont il ignore le nom aurait déposé ce sac dans ce sous-sol il y a plusieurs semaines et ne serait pas venu le reprendre. Bin voyons ! Mais au domicile de Kamel Lahreche, la police a également trouvé une kalachnikov…
Le gérant du Yaz Café a donc été mis en examen et écroué pour ces détentions illégales d’armes de guerre. Ce commerçant de 44 ans est le cousin germain de Karim Boudouda, l’un des braqueurs du casino, que certaines personnes à la Villeneuve présentent comme un gentil garçon aidant les vieilles dames à faire leurs courses.
On voit donc la double face des deux personnages, Kamel Lahreche et Karim Boudouda : honorables citoyens dans leur quartier, et gangsters à leurs heures perdues. Peut-on cependant nous faire croire que le voisinage ignorait les activités délictueuses voire criminelles de ces individus ?
Le fait qu’une partie de la population ait pris fait et cause pour les deux braqueurs semble déjà indiquer qu’elle n’a pas été particulièrement choquée par le fait qu’on effectue des vols avec violence ou qu’on utilise des armes de guerre contre des policiers. Remerciement pour services rendu ? Comme le note un policier, si les émeutiers s’en sont pris à des établissements représentant l’Etat, en revanche « personne n’a touché aux deux piscines hors sol acheté par les trafiquants à près de 7 000 euros chacune pour que les gamins du quartier se baignent cet été. » (6)
Une autre découverte des policiers dans le sous-sol du Yaz Café est surprenante : les murs étaient criblés d’impacts de balles et des étuis de projectiles percutés jonchaient le sol. Cette cave servait donc de lieu d’entraînement au tir avec des pistolets automatiques et peut-être des mitraillettes Uzi ou Kalachnikov. Place du Marché, au centre du « paradis » – selon Martin Hirsch – du quartier de la Villeneuve. Et personne n’aurait rien vu et rien entendu ?
Il faut se rendre à l’évidence. Des gangsters qui n’hésitent pas à tirer au fusil-mitrailleur contre des policiers, et leur complice déguisé en honnête cafetier qui leur permet de s’entraîner au tir dans le sous-sol de son établissement, étaient bel et bien « comme un poisson dans l’eau » au plein cœur du quartier de la Villeneuve à Grenoble. Et certainement dans des centaines d’autres « zones de non-droit » en France.
En nommant le nouveau préfet de l’Isère, le président de la République avait déclaré – comme il le fait régulièrement depuis huit ans ! – : « C’est une véritable guerre que nous allons livrer aux trafiquants et aux délinquants ». Soit. Mais d’une part on se demande pourquoi « nous allons livrer » cette guerre, ce qui sous-entends que Nicolas Sarkozy ne l’a pas encore fait malgré ses promesses antérieures, et d’autre part, que compte-t-il faire à l’encontre des habitants qui protègent à coup d’émeutes, d’incendies, d’appel au jihad ou de racisme anti-français, les trafiquants et les délinquants ?
Pour faire cesser l’impunité du phénomène « comme poisson dans l’eau », il faudrait déjà reconnaître sa réalité ! Or ni le Président de la République ni ses ministres ne l’ont évoqué. Pourront-ils se taire encore longtemps sur une réalité qui tient de plus en plus davantage du conflit ethnique et culturel que d’un grand banditisme marginal ?
Roger Heurtebise
(1) http://www.france-info.com/IMG/mp3/b/c/8/invite-8h15_2010-07-29-07-53-35.mp3
(2) http://www.ripostelaique.com/Guerilla-a-Grenoble-qu-attend-on.html
(3) hirsch-lintegration-cest-quand-des-catholiques-appelleront-leur-enfant-mohamed
(4) http://www.alertes38.org/Les-photos-du-Cafe-des-ages-au-Yaz.html
(5) le-gerant-du-yaz-cafe-a-ete-mis-en-examen-pour-detention-d-armes-de-1-ere-et-4-eme-categories-et-ecroue
(6) des-policiers-menaces-de-mort-obliges-de-quitter-grenoble.php

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