Martine et Ségolène, c’est bonnet rose et rose bonnet !

Publié le 18 novembre 2008 - par - 254 vues
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Quelques féministes seront ravies : pour la première fois, une femme dirigera le Parti socialiste. On nous annonce donc le duel au sommet pour le vendredi 21 octobre, si aucune des deux prétendantes n’est élue au premier tour dès le jeudi 20. Certains nous disent que Ségolène Royal est le dépoussiérage nécessaire pour sauver le Parti socialiste de la sclérose qui le guette. D’autres nous disent que Martine Aubry incarne l’ancrage à gauche du Parti socialiste, face à la dérive de centre droit de Ségolène Royal. Loin de nous l’idée de prendre partie, dans un débat qui concerne d’abord les socialistes. Mais il nous a paru utile de présenter, avec d’autres mots que ceux des médias, le parcours de ces deux femmes qui font aujourd’hui la une de l’actualité.

Martine Aubry est la fille de Jacques Delors, et passe évidemment par l’ENA. De 1989 à 1991, bien que socialiste, elle est l’adjointe de Jean Gandois, futur président du CNPF, à la tête de l’entreprise Pechiney. Elle entre au gouvernement en 1991, mais Jean Gandois doit lui conserver une grande estime, car il convainc la majorité des patrons français de financer de toute pièce un machin appelé Face (Fondation Agir contre l’Exclusion). Le but de la manœuvre est double : construire l’image d’une Martine Aubry femme au grand cœur, généreuse, et n’acceptant pas l’injustice sociale, et montrer que les employeurs ne sont pas si méchants qu’on le dit.

Des persifleurs feront remarquer que cela ressemble beaucoup à la charité des dames patronnesses du dix-neuvième siècle, et s’étonneront qu’une socialiste cautionne de telles opérations patronales, mais cela permettra à Martine Aubry de cultiver son image médiatique, et de bénéficier d’un staff politique payé par le CNPF.

En retour, elle sera la plus virulente adversaire des 35 heures, dans les débats internes au Parti socialiste, dans les années 1995 ! Quand les affreux gauchistes de la Gauche socialiste, autour de Dray-Mélenchon-Lienamann, rejoints par Filoche, réclamaient les 35 heures hebdomadaires, sans perte de salaires, la plus pugnace opposante était toujours Martine Aubry !

Bien joué, Gandois, cela s’appelle du retour sur investissement. Le monde étant petit, il est cocasse de se souvenir de la négociation qui eut lieu, en 1998, sur les fameuses 35 heures. Jospin, qui en 1995, lors de la présidentielle, avait été d’une prudence extrême sur cette question, avait compris que s’il voulait gagner les législatives de 1997, suite à la dissolution ratée de Chirac, il fallait être plus audacieux sur cette question. Le CNPF mit toutes ses forces dans la bataille, et fit monter Kessler, symbolisant l’aile libérale la plus combative du patronat.

La réunion de la grande explication eut lieu début 1998. La délégation gouvernementale comprenait Jospin, Strauss-Kahn et Aubry. La délégation patronale Gandois, Pinault-Valencienne et Kessler. Fait cocasse, outre le fait que Martine Aubry ait été la salariée de Gandois, Denis Kessler, ancien gauchiste, avait écrit avec Dominique Strauss-Kahn un livre dans les années 1980 ! On était presque en famille.
Mais au bout d’une journée de débats, horripilé par la mauvaise foi du patronat, Lionel Jospin, prenant son camp de court, tapera le poing sur la table, et affirmera que les 35 heures se feraient par la loi, et que Martine Aubry serait chargée de les mettre en place.

Finalement, celle qui deviendra maire de Lille devra appliquer une mesure qu’elle a combattue avec pugnacité toute sa vie militante.
La suite est connue, les compromis face à des patrons qui en demanderont toujours davantage, des avancées incontestables pour les franges du salariat le mieux organisé, souvent pour les classes moyennes, mais aussi le fait que la moitié des salariés n’en verront jamais la couleur, les pertes de salaires occasionnées, la flexibilité accrue, l’usine à gaz des six smic, etc.

La rivalité entre Strauss-Kahn, qui tenait les finances avant de démissionner, suite à une sombre affaire de commission avec la Mnef, et Martine Aubry sera montée en épingle par la presse. On nous vendra l’image du  » gestionnaire  » Strauss-Kahn, face à la  » sociale  » Martine Aubry.

Lors du référendum sur le TCE, en 2005, elle se surpassera en traitant de racistes et de xénophobes les partisans du  » non  » qui entendaient empêcher l’application de la circulaire Bolkestein, et qui voulaient défendre les droits des salariés de France contre l’ultra-libéralisme et la concurrence sauvage..

Dans la région lilloise, elle s’entend comme larronne en foire avec le recteur UOIF de la mosquée de Lille, Amar Lasfar. Elle n’a rien à lui refuser. Il exige, dans l’espace public, des horaires de piscine réservés aux femmes musulmanes ? Accordé, avec en plus les fenêtres dissimulées, des fois qu’un passant mécréant puisse deviner la forme d’une silhouette pieuse. Amar Bergham, français d’origine maghrébine, libre penseur, entend se faire incinérer, selon ses convictions, et ses dernières volontés, transmises à ses enfants ?

Son ex-femme, de qui il est séparé depuis longtemps, proteste, et se plaint auprès d’Amar Lasfar, qui bien sur se plaint auprès de Martine. Celle-ci pond un arrêté ordonnant aux pompes funèbres de suspendre l’incinération programmée d’Amar Bergham. Le citoyen Bergham sera enterré selon les rites musulmans, contre sa volonté.

Est-ce un hasard si l’époux de Martine Aubry, l’avocat Jean-Louis Brochen, est le défenseur attitré de l’UOIF dans le nord, et que les militants laïques le retrouvent, dans les tribunaux, dans le camp d’en face, celui des islamistes ?

Il est pour le moins cocasse, quand on sait tout cela, d’entendre le maire de Lille, à la tribune, faire un discours « à gauche toutes », et se présenter au congrès, et aux électeurs, comme le rempart de Ségolène Royal, suspectée de « dérive droitière ».

Une lectrice du Nord, Fanny Deulin, nous a d’ailleurs fait régulièrement parvenir les exploits de Martine Aubry contre la laïcité (1).
Cela fait-il pour autant de Ségolène Royal un rempart contre la communautariste fille de Jacques Delors ?

Hélas, trois fois hélas, il n’y a rien de mieux à en espérer ! Elle aussi est passée par l’ENA et, si un heureux hasard, en la personne d’Attali, ne l’avait pas placée au secrétariat général de l’Elysée en 1982, elle ne serait sans doute jamais sortie de l’ombre.

En effet, ce n’est pas un foudre de guerre : élue conseillère municipale à Trouville sur Mer(2), elle est présente à 12 conseils municipaux sur 39 ; élue députée, elle est classée 469° sur 577 par l’Express(3) au niveau de l’activité, avec seulement 8 interventions en séance, et elle n’a fait que 2 propositions de loi alors que la moyenne, par député, est de six.
Quand on sait, en plus, que ces propositions de loi ne portent que sur la situation des femmes, on peut s’inquiéter de sa capacité à s’occuper des problèmes économiques et internationaux…

C’est sans doute pour cela qu’elle fait une confiance aveugle à l’Europe, qu’elle a soutenue en faisant campagne pour le referendum sur le T.I.C.E. en 2005, n’hésitant pas, elle aussi, à assimiler aux xénophobes et racistes ceux qui n’étaient pas d’accord avec elle. C’est aussi sans doute pour cela, que, malgré sa promesse de campagne présidentielle, elle a encouragé et applaudi des deux mains la ratification antidémocratique du Traité de Lisbonne, sans jamais remettre en cause Maastricht et le monétarisme, sources de tous nos maux…

Non, il est beaucoup plus facile pour la donzelle de se « spécialiser » dans l’aide aux victimes, « les femmes et les enfants d’abord », en reniant tout bon sens. C’est ainsi qu’elle s’est ridiculisée pendant le débat entre les deux tours en 2007 en agressant Sarkozy, coupable de ne pas faire raccompagner chez elles toutes les femmes qui travaillent de nuit ! C’est ainsi qu’elle a proposé une loi contre l’utilisation dégradante du corps humain dans la publicité, menaçant de nous ramener à une conception du corps digne de l’Eglise catholique d’il y a cent ans !

Plus grave, sa circulaire de 1997, destinée à protéger les enfants de la pédophilie, a poussé à mettre en examen de nombreux enseignants, dénoncés faussement, ce qui a ruiné la vie d’un certain nombre d’entre eux et a même conduit Bernard Hanse(4) (l’affaire Montmirail) au suicide le 10 juin 1997. En effet, la circulaire part du principe que l’adulte doit être suspendu d’office et signalé aux autorités judiciaires. Même quand l’enfant s’est rétracté, Ségolène Royal, qui part du principe qu’un enfant ne ment jamais, a eu le front de dire « l’affaire n’est pas finie », « l’enfant s’est peut-être rétracté sous la pression des adultes, sous le poids d’un suicide, les reproches d’avoir parlé… »
C’est tout elle, elle se voit bien en Jeanne d’Arc défendant la veuve et l’orphelin, et peu lui chaut que sa lutte fasse d’autres victimes. Comment expliquer que les hommes adultes, surtout enseignants, aient mauvaise presse à ses yeux et ne paient jamais assez cher le fait d’être des hommes ?

Alors, bien sûr, dans sa région, on débloque des sommes monstrueuses pour l’équipement des lycées, on laisse le soin aux jeunes de décider (démocratie participative oblige) de l’attribution d’une bonne partie de ces sommes… et tant pis si cela n’a rien de pédagogique ! La soumission aux desiderata des enfants-rois est plus importante que le reste….

Le pire c’est qu’elle se croit spécialiste de l’éducation, elle qui n’y connaît rien, et, alors qu’elle était déléguée à l’Enseignement scolaire du Gouvernement Jospin, elle a été fichue d’inventer et de nous imposer les itinéraires de découverte au collège. Censés obliger les professeurs à pratiquer l’interdisciplinarité, tarte à la crème des pédagos, cela a servi à supprimer encore des heures de français, maths et histoire-géographie… qui ont disparu corps et bien et à jamais, comme les itinéraires de découverte eux-mêmes.

Enfin, il se raconte que la dame qui aime que le peuple donne son avis préfère décider seule, malgré l’avis de ses collaborateurs. D’ailleurs, toutes les décisions du Comité Régional de Tourisme du Poitou-Charentes ont été annulées par la justice : une élue de l’opposition n’avait pas été convoquée ;  » L’opposition parle de clientélisme pour certaines affectations de subventions et donne l’exemple du Fonds Régional d’Intervention Locale (FRIL) dont 24% des subventions étaient destinées à l’ancienne circonscription de Ségolène Royal qui ne représente que 5.3 % de la population »(2)

On passera pour pertes et profits sa tentation du blairisme, sa conversion à la social-démocratie et la tentation avouée de l’alliance avec le Modem de François Bayrou, comme elle européiste, favorable à l’Europe des régions et à la ratification de la Charte des langues minoritaires.

Evidemment pour la laïcité, il faudra repassser : elle a déclaré sans sourciller qu’elle ne « laisserait pas insulter Dieu  » suite à l’affaire des caricatures et a osé affirmer qu’il valait mieux le voile que le string ! On rappellera la sordide mise en scène, lors de la conférence de Ayaan Hirsi Ali où elle a osé monter l’embrasser à la tribune, se faire photographier avec elle et la poignarder dans le dos le lendemain en déclarant qu’on n’avait pas le droit de tenir des propos si critiques sur une religion et que ceux d’Ayaan devaient être imputés à sa condition de femme ayant souffert dans sa chair ! Enfin, c’est encore elle qui a osé s’ allier au maire communautariste de Lyon, Gérard Collomb, qui vient de s’engager à subventionner l’institut français de civilisation musulmane que réclame le recteur de la grande mosquée de Lyon…

Alors, laissons le mot de la fin à Jacques Duclos, lors de l’élection de 1969, opposant, au deuxième tour, Georges Pompidou et Alain Poher, avait eu cette formule inoubliable : c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ne peut-on pas dire qu’entre Martine et Ségolène, c’est bonnet rose et rose bonnet ?

Lucette Jeanpierre et Christine Tasin

(1) http://www.ripostelaique.com/Martine-Aubry-et-ses-principaux.html

http://www.ripostelaique.com/Le-palmares-anti-laique-lillois-de.html

http://www.ripostelaique.com/Lille-Martine-Aubry-persiste-dans.html

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9gol%C3%A8ne_Royal

(3) http://www.lexpress.fr/actualite/politique/s-eacute-gol-egrave-ne-royal-d-eacute-put-eacute-e-discr-egrave-te_480372.html

(4) http://desirsdavenir.over-blog.com/article-1870012.html
http://www.blanche-niaise.fr/dotclear/index.php?2007/01/24/26-l-affaire-bernard-hanse-dite-affaire-montmirail

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