Membre de la Ligue de l’Enseignement, je trouve Riposte Laïque appréciable, fondamental et indispensable

Publié le 19 octobre 2009 - par
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J’ai découvert votre site depuis quelques semaines et c’est avec grands plaisir et intérêt que je lis maintenant les articles qui y sont publiés.

Je ne partage pas tous les textes et idées qui quelquefois me semblent aussi inutilement agressifs : à titre d’exemple, l’histoire du TGV dans le n° 102 (car c’est un cas particulier et des illuminés ou des imbéciles, il y en partout) ou le commentaire de Cyrano sur les fautes d’orthographe de Mariam dans le n°103 (alors qu’à la page précédente, il s’excuse pour la même raison…).

Mais, ce qui est très appréciable, fondamental et indispensable, c’est cette liberté qui vous caractérise : vous êtes certainement un des seuls médias (à ma connaissance) à poser clairement un problème que beaucoup de citoyens ressentent et à ouvrir le nécessaire débat démocratique sur la question de la place des religions dans l’espace public qui me paraît malheureusement à nouveau un enjeu majeur à venir pour la paix civile dans notre beau pays.

Je suis par ailleurs adhérent à la Ligue de l’enseignement et à ce titre, j’avais envoyé une lettre ouverte à Pierre Tournemire en réponse à un article paru dans les « Idées en mouvement » (mensuel de la Ligue) en décembre 2004 (presque 5 ans déjà…).

Je vous la livre intégralement ci-dessous car je crains que les réflexions et commentaires que j’y développais soient plus que jamais d’actualité.

Bien amicalement

Patrick Lefèvre

« DIALOGUER OU DIABOLISER »

(Article de Pierre Tournemire dans les Idées en Mouvement de décembre 2004)

Réflexions et commentaires d’un citoyen ordinaire

Nous n’avons pas le droit de jeter un anathème général sur des personnes ni d’exclure a priori une partie de la population et il faut avoir bien peu confiance dans ses convictions pour refuser le dialogue : telles sont les idées justes et fortes rappelées dans l’article précité.

Ne serait ce pas pourtant la pratique usuelle vis-à-vis des militants et électeurs du Front national ?

Les religions, et en particulier les trois monothéistes largement majoritaires dans notre pays, se préoccupent avant tout de régir la vie quotidienne de la cité selon des dogmes au lieu d’alimenter la réflexion concernant les interrogations métaphysiques ressenties par de nombreux êtres humains.

Nous avons là un fonctionnement politique dictatorial et ce n’est pas parce qu’une secte a réussi et a maintenant « pignon sur rue » que cela l’absout des connotations racistes contenues dans son message et en particulier de cette notion « d’élus » pour ceux qui sont dans le « Vrai » par rapport aux autres qu’il faut tolérer mais qui restent tout de même quelque part des « sous-hommes ».

Il n’y a donc pas de différence entre des systèmes fascisants qui dans tous les cas utilisent l’ignorance, la crédulité, la superstition et la bêtise ; et ce n’est pas parce que certains se drapent de la « vertu » religieuse qu’ils en sont plus respectables.

Le totalitarisme religieux est d’ailleurs parfois initiateur, souvent complice et quasiment toujours complaisant vis-à-vis du totalitarisme politique (à l’exception notoire du malheureux exemple des pays dits communistes).

On pourrait longuement gloser sur les raisons de la présence et surtout du maintien dans le temps du Front national sur la scène politique mais une seule certitude s’impose à tout démocrate : l’obligation de dialoguer avec tout le monde et d’autant plus si les personnes que nous pensons être dans l’erreur disposent de la légitimité du suffrage universel (à moins d’avoir bien peu confiance dans nos convictions…).

La diabolisation est évidemment la pire des solutions et nous avons le devoir de faire en sorte qu’il n’y ait pas « deux poids, deux mesures » comme actuellement.

Pour en revenir sur la question religieuse, beaucoup de citoyens français ressentent l’Islam comme un problème pour notre pays par le fait qu’il participe activement à la ranimation de quelque chose qui, tout en étant malheureusement loin d’être moribond, était quand même en train peu à peu de perdre du terrain (ce qui d’ailleurs désespérait la hiérarchie catholique), à savoir le retour en force du cléricalisme sur la place publique.

Tout esprit libre ne peut être que fortement préoccupé par cette régression quand on voit les dégâts (et le mot est faible) qu’il a fait chez nous dans le passé et qu’il fait encore partout à travers le monde.

Il semble d’ailleurs que l’on perçoit çà et là le soulagement des chefs catholiques et surtout une volonté de « sainte alliance » entre les dirigeants de nos trois « partis de Dieu » quant à la nécessité que la Religion retrouve Sa Place dans la vie de la cité (en rêvant peut-être de « s’expliquer » entre eux quand les mécréants et autres infidèles auront été réduits au silence).

Il est également évident que des pratiques et des comportements d’un autre temps exacerbés par des prêtres prosélytes s’arc boutant sur les textes rétrogrades d’un manuel technique issu d’une époque et d’un folklore lointains (au lieu d’en supprimer ou modifier les articles ne favorisant pas une intégration sereine) ne peuvent qu’engendrer des phénomènes d’incompréhension au mieux ou des réactions de rejet au pire de la population autochtone.

Les musulmans ne sont malheureusement pas les seuls à être dans ce cas et on ne peut que s’étonner par exemple du silence de nos autorités vis-à-vis de la circoncision qui n’est pas autre chose qu’une mutilation barbare quand elle est infligée à des bébés.

Les religions ont certainement été un mal nécessaire pour structurer politiquement les sociétés mais il serait grand temps de dépasser ce modèle d’organisation.

Au début du siècle passé, nous n’avions pas d’autre choix que de transiger car nous étions minoritaires dans l’opinion publique et c’était le seul moyen de faire avancer les choses ; les évolutions juridiques de l’époque n’ont toutefois pas été réalisées dans un climat apaisé et serein et il est vraisemblable que pour nos illustres aînés, ce nécessaire compromis n’était qu’un premier échelon dans l’émancipation de l’être humain

Le contexte actuel est totalement différent et à l’inverse il faut profiter de « l’épine musulmane » pour aller au bout de la laïcisation de la vie publique.

Il n’est évidemment pas question d’empêcher quiconque de prier un ou plusieurs dieux s’il en ressent le besoin mais cette pratique n’a strictement rien à voir avec l’organisation sociale de la cité.

Il suffirait uniquement aux chefs religieux de répéter sans relâche qu’il suffit de mener son existence terrestre en essayant de respecter au maximum deux principes tout simples (et évidemment de se les appliquer) : l’exemplarité et le fait de ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse.

En suivant au mieux ces deux préceptes, tout homme participerait à l’instauration d’une société pacifiée et il est hautement probable qu’il aurait peu de risque d’avoir des comptes à rendre de l’autre côté (pour autant qu’il y ait quelque chose…).

Le plus inquiétant est certainement dans le fait qu’on peut avoir le sentiment que les « élites » dirigeantes ou influentes donnent l’impression d’apprécier positivement cette régression au lieu de favoriser une réelle participation décisionnelle des citoyens.

Si cette situation est somme toute logique pour celles de droite, faut-il que celles de gauche soient désemparées pour accepter le renouveau de cet instrument de domination et d’encadrement (mais peut-être sont-elles plus préoccupées par leurs carrières et leurs pouvoirs que par l’instauration d’une société plus juste, plus démocratique et moins violente ?).

Ne retrouverait-on pas là une version moderne de l’ancien pacte entre « le sabre et le goupillon » (le sabre étant maintenant remplacé par la « bien pensance ») ?

Ce serait oublier ou ne pas vouloir tenir compte du formidable travail d’instruction mené par les enseignants depuis maintenant de longues décennies et qui a permis l’émergence d’une majorité de citoyens aptes à décider directement de leur destin et particulièrement de leur vie quotidienne.

Faire vivre l’utopie ne doit pas être uniquement un concept incantatoire car dans ce cas, la désespérance des citoyens dignes et responsables (souvent silencieux) pourrait provoquer des dégâts considérables s’ils en arrivaient à la conclusion que le moins pire qui puisse leur arriver est d’aller à la pêche à la ligne…

Le 5 février 2005,

Patrick Lefèvre

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