Merci à Riposte Laïque de me permettre d’agir en accord avec mes convictions

Publié le 21 octobre 2008 - par
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Après le scandaleux verdict contre Fanny Truchelut, une question que nous devons être nombreux à nous poser, nous autres citoyens lambda lecteurs attentifs de RL, est : « Et moi, qu’aurais-je fait à sa place ? » Car, au-delà des déclarations martiales qui ne coûtent rien, il y a les actes et, comme le rappelle Maurice Vidal dans le courrier des lecteurs du n° 60, « C’est au fruit qu’on reconnaît la vraie nature de l’arbre », autrement dit aux actes qu’on prouve (ou
non) la force de ses convictions.

En ce qui me concerne, et jusqu’à la parution en août 2007 des premières informations concernant cette affaire, je pense que j’aurais été bien embêté (euphémisme) de voir débarquer des femmes voilées dans mon gîte ! J’aurais probablement hésité, indécis quant au comportement à adopter, et les minutes passant auraient finalement valu acceptation tacite.

J’aurais donc fait « comme si de rien n’était » (sic) afin de préserver ma tranquillité personnelle et celle des lieux (argument habituel de celui qui ne veut pas se mouiller) ; en version plus cynique, j’aurais pu me dire que l’argent n’a pas d’odeur et que ces femmes étaient des clientes comme les autres ; j’aurais pu également craindre de me voir accuser de quelque refus de vente ou acte discriminatoire. Mais ça ne m’aurait pas empêché d’être très mal à l’aise face à ces femmes exhibant chez moi, sous mon nez, leur détestable accoutrement.

Les autres hôtes présents auraient pu ne pas apprécier le spectacle et le faire savoir bruyamment, ce qui aurait ajouté à l’ambiance. Mais surtout la présence de ces voilées aurait été pour moi la preuve visible et ostensible que j’avais été faible à leur égard, que j’avais manqué de courage, que je n’avais pas été à la hauteur de mes convictions proclamées, en un mot que j’avais été lâche. Leur séjour aurait certainement été une période moralement pénible pour moi et leur départ un grand soulagement.

Mais depuis cette époque et grâce au patient travail d’information et d’explication de RL, je suis bien certain que j’agirai autrement, c’est-à-dire en plein accord avec mes convictions. Le procès de Fanny a montré qu’il y a un prix à payer pour cela, qu’il peut être exorbitant, que c’est inique parce que c’est toute notre société qui patauge dans la couardise, mais je le ferai quand même.

La « délinquante » Fanny n’a eu que 5 minutes pour prendre une décision qui a bouleversé sa vie (« Je n’ai rien cherché, j’ai juste été moi- même, une femme qui s’est adressée à une autre femme », dit-elle dans le n° 59), qui est lourde de conséquences dramatiques et injustes pour elle (procès, amendes, gîte perdu, famille détruite) et de monnaie sonnante et trébuchante pour des opportunistes malfaisants, mais qui lui permet de se regarder dans la glace avec fierté.

Ce qu’elle a fait spontanément n’est rien d’autre que l’expression légitime des valeurs laïques constamment claironnées et constamment bafouées de notre République et elle a eu raison de le faire car ça ne saurait être un délit ! Interrogé à ce sujet dans le n° 60, le député des Yvelines Jacques Myard, qui est sans aucun doute plus qualifié que moi dans le domaine législatif, va d’ailleurs dans ce sens.

Fanny nous prévient toutefois : « En confirmant ma culpabilité, en maintenant de la prison avec sursis, le tribunal veut me contraindre à me taire, le Président m’a bien expliqué que si je bougeais le petit doigt, j’allais directement en prison. Ce verdict est aussi un avertissement pour toutes celles et ceux qui voudraient un jour « la ramener » un peu trop.

Les juges ont fait un exemple, nous n’avons plus qu’à bien nous tenir. » Voici donc qu’un tribunal français se permet de lancer une fatwa menaçante sur toutes les mauvaises têtes qui refuseraient de rentrer dans le rang de la bien-pensance obligatoire et c’est totalement inacceptable car, outre qu’il pratique là (on croit rêver !) le genre d’intimidation préféré des fanatiques de la religion « d’amour et de paix », il se livre à une pure et simple oppression, il franchit l’ultime ligne rouge sur laquelle aucun citoyen libre ne peut transiger sans se renier lui- même (voir la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 dans ses articles 33, 34 et 35 sur l’oppression et le droit et le devoir d’insurrection qui en découlent automatiquement).

Si l’occasion s’en présente, j’agirai donc comme Fanny car je n’accepte ni cette insupportable bien-pensance ni les fatwas et je veux pouvoir moi aussi continuer à me regarder dans une glace sans me faire honte.
Et si nous agissons tous de la sorte, l’idéologie rétrograde et agressive à l’origine de cette affaire et de bien d’autres et qui ronge la société comme un cancer ne pourra que retourner très vite dans le Moyen Âge obscurantiste dont elle n’aurait jamais dû sortir.

Merci à RL de m’avoir fait prendre une conscience aiguë de mes convictions et de m’avoir fourni les arguments pour les exprimer et les manifester sans faiblesse. Et j’applaudis des deux mains à l’article de Christine Tasin dans le n° 59, « Merci Fanny ».

Michel Tonarelli

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