Michel Barnier ne voit aucun problème à l'arrivée de 24 millions de voiles dans l'Union européenne

J’ai ri quand j’ai écouté les fameux passages de l’intervention de Rachida Dati devant les jeunes UMP, où elle se prêtait à une soi-disant parodie de jeu télévisée. Je donne le bénéfice du doute au ministre de la Justice, qui a expliqué sa version des faits dans plusieurs émissions de radio et de télévision. Mais par contre, je suis stupéfaite de celle de Michel Barnier, qui conduit la campagne UMP pour les Européennes ! Dans « Le Grand Journal » de Canal + du 27 avril, le ministre de l’Agriculture se fait ainsi l’avocat de Rachida Dati non pas en vantant ses compétences et ses connaissances en matière européenne, mais en disant que son parcours politique était exemplaire pour les jeunes de banlieue issus de l’immigration.
Ainsi donc, il accrédite l’idée que Rachida Dati doit son poste de ministre de seconde candidate aux élections européennes ni pour son mérite ni pour ses qualités à remplir cette fonction, mais par sa représentativité communautaire. Interrogé par lefigaro.fr, il fera également une réponse sans aucune allusion aux compétences de sa colistière : « C’est une grande chance pour nous d’avoir Rachida. Par son parcours et son engagement, elle exprime et symbolise une certaine idée de la République. Cela représente beaucoup. Sa présence est aussi une chance pour l’Europe, et je voudrais que ce soit un exemple : aujourd’hui, tout parcours politique doit avoir une dimension européenne. »
Mais les Français ne votent pas pour compléter le « parcours politique » de Rachida Dati, ni pour le symbole qu’elle représente ! Ils ne votent pas pour des candidats qui ne représentent qu’eux-mêmes, ni pour des candidats pot-de-fleurs. Ils votent pour des candidats qui défendent leurs intérêts, et qui ont les compétences et les qualités pour le faire.
Michel Barnier, interrogé par le Bondy Blog qui représente les jeunes de banlieue, aura d’autres déclarations tout aussi déconnectées des réalités (2). Deux exemples.
Quand on lui demande « C’est quoi concrètement une identité européenne ? », il se contente de répondre « C’est probablement d’être sur le même continent. »
On peut déjà s’étonner de l’adverbe « probablement », qui montre que Michel Barnier n’a pas une idée assurée de ce que pourrait être l’identité européenne. Et tout ce qu’il trouve à dire, c’est de réduire cette identité au fait de partager le même continent géographique. Absolument rien sur toute l’Histoire de cette Europe, qui justement a façonné une véritable identité, car les Européens adhèrent peu ou prou à des valeurs communes qui constituent cette identité. Ils partagent l’héritage du christianisme, des Celtes, de la philosophie grecque, du droit romain, bref toute cette alchimie qui nous donne un référentiel commun composé de démocratie, de laïcité, de droits de l’Homme, de libertés, d’acquis sociaux.
Evidemment, Michel Barnier est interrogé sur l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Ses interlocuteurs lui font remarquer son « virage à 180° ». Il s’en justifie de la manière suivante : « il s’est passé un évènement qui a été déterminant pour me faire évoluer dans mon opinion : c’est le référendum en 2005. Les Français ont eu l’impression que l’Europe n’avait pas de frontières, pas de limites et bien sûr la question de l’adhésion de la Turquie s’est invitée dans ce débat. »
Donc Michel Barnier qui réduit l’identité européenne à « probablement » une communauté continentale, ne voit dans le NON au référendum de 2005 qu’une « impression » des Français sur les limites de ce continent. Et donc les Français rejetteraient la Turquie uniquement parce qu’elle est extérieure à ce continent.
Les journalistes s’aperçoivent de la confusion de Michel Barnier sur le vote des Français et dit : « La question qui était posée, c’était une question sur le projet de constitution et non pas sur une extension géographique de l’Union Européenne. »
Michel Barnier répond : « Je vous dis en tant que responsable politique comment j’analyse l’échec du référendum. Je considère que l’une des raisons du vote négatif exploité par des gens de droite et de gauche, était que ce projet n’avait pas de limites et pas de frontières. On va perdre notre identité, on va se noyer dans le monde, pensait-on. Et la question turque est alors au milieu de tout ça. »
Les Français, trompés par leur « impression », verraient donc leur vote « exploité par des gens de droite et de gauche ». Voilà une bien piètre idée du peuple français, de la démocratie et des élections ! Car ce n’est pas parce qu’un vote serait « exploité » qu’il serait illégitime. Et dire qu’une personne qui a une si mauvaise opinion de ses concitoyens est choisi par le Président de la République pour mener la campagne de son parti !
A propos du refus de l’adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne, les journalistes du Bondy Blog posent clairement la question : « Est-ce que ce n’est pas le problème de l’islam ? » Et la réponse de Michel Barnier est : « Ce n’est à aucun moment mon sentiment, d’ailleurs je me permets de rappeler qu’il y aura dans l’UE des pays musulmans comme l’Albanie, la Bosnie qui sont clairement en Europe. Ces pays, dont la majorité des citoyens sont de confession musulmane, vont entrer un jour dans l’UE. Les yeux dans les yeux, je vous dis que ce n’est pas la religion le problème. Le problème, c’est celui de faire entrer dans l’UE un pays qui n’est pas sur le continent européen, qui est un très grand pays et d’encourager ce sentiment d’une Europe qui n’a pas de frontières et pas de limites. Je suis partisan de continuer à dialoguer avec la Turquie, de se rapprocher d’elle. »
Michel Barnier nous prend pour des imbéciles ou quoi ? Il suffit de demander aux gens autour de soi pourquoi ils ne veulent pas de la Turquie dans l’UE : quasiment tous vous répondront : parce que c’est un pays musulman ! C’est « la religion » qui est « le problème », et qui fait que la majorité des Européens ne veut pas de la Turquie dans l’Europe.
La comparaison avec l’Albanie et la Bosnie ne tient pas. D’une part, on n’a pas plus consulté par référendum les Européens sur ces adhésions que sur celle de la Turquie. D’autre part, ce sont des petits pays musulmans, et loin d’être entièrement musulmans, contrairement à la Turquie qui est un grand pays quasiment exclusivement musulman.
L’Albanie a 3.600.000 habitants dont plus de la moitié se déclarent soit athées soit agnostiques. La Bosnie-Herzégovine comporte 4.600.000 habitants dont environ la moitié de Bosniaques majoritairement musulmans. Cela donne 4 millions de musulmans tout au plus. La Turquie a 72 millions d’habitants, dont 70 à 85 % de musulmans sunnites et de 15 et 25% de musulmans alévis. La troisième religion du pays, ce sont les chrétiens qui sont moins de 100.000. Autrement dit, si la Turquie adhère à l’Union Européenne, c’est un afflux de musulmans quasiment 20 fois supérieur à celui qu’apporterait l’adhésion de l’Albanie et de la Bosnie. Ce qui n’empêche pas ces deux pays de s’islamiser radicalement, tout comme la Turquie, et donc leur adhésion imposée aux Européens est loin d’être évidente.
Un autre chiffre, qui parlera encore plus aux Français, à défaut d’inquiéter Michel Barnier : 2/3 des femmes turques portent le foulard islamique (3). Soit 24 millions de hijjabs. Rapporté à l’Europe, c’est comme si toutes les Espagnoles étaient voilées, ou les 3/4 des Françaises.
Et Michel Barnier qui nous dit « les yeux dans les yeux » que l’entrée de la Turquie dans l’UE n’est pas un « problème de religion » dit par ailleurs dans l’interview : « Je n’ai jamais dit que l’adhésion [de la Turquie] serait un risque. Ce mot n’est pas utilisé dans ce contexte-là, je l’ai utilisé dans un contexte de basculement de la Turquie dans un autre modèle pour être précis. » De quel modèle parle-t-il ? « Je maintiens cette idée que la Turquie doit choisir le modèle laïc et démocratique qui est celui de l’Union Européenne. »
C’est donc bien qu’il considère que la Turquie est en train de « basculer » dans un modèle non « laïc ». Mais évidemment ! Avec des islamistes à sa tête, qui s’offusquent d’un secrétaire général danois à l’OTAN pour cause de caricatures de Mahomet, et qui veulent remettre en cause l’interdiction du voile à l’Université, il n’est pas besoin de se regarder « les yeux dans les yeux » pour comprendre que c’est bien l’islam qui est LE problème majeur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne !
Michel Barnier a-t-il nié cette réalité parce que ses interlocuteurs du Bondy Blog s’appellent Widad Kefti, Sandrine Roginsky, Nassira El Moaddem, Mehdi Meklat, Badrou Said Abdallah, Nordine Nabili ? Si oui, il fait de la retape communautariste tout comme il l’a fait en voulant défendre Rachida Dati sur Canal +. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en vantant auprès de ses interlocuteurs l’Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy (qui a sorti cette lubbie de son chapeau seulement après son élection…), parce que cette UPM serait « un espace commun de projets et de destins avec l’ensemble des peuples de la Méditerranée d’où sont originaires beaucoup de parents de ces jeunes issus de l’immigration ».
Mais si Michel Barnier dit sincèrement que « la religion n’est pas un problème » pour l’adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne, alors c’est tout aussi grave ! En effet il penserait sincèrement que l’arrivée de 24 millions de hijjabs supplémentaires dans l’UE ne pose pas un sérieux problème aux Européens, dont il est incapable de définir l’identité culturelle et politique.
A moins que Michel Barnier ne croie pas un mot de ce qu’il raconte. Auquel cas, c’est tout aussi dangereux et méprisant pour le peuple.
D’ailleurs Michel Barnier ne cesse de retourner sa veste, tout comme le président de la République et la majorité des moutons de l’UMP. En septembre 2004, il disait être favorable à un référendum sur l’entrée de la Turquie dans l’UE (4). Il était alors ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, qui déclarait alors au Wall Street Journal « Voulons-nous laisser le fleuve de l’Islam entrer dans le lit de la laïcité ? » Depuis, Barnier et Raffarin ont rejoint Sarkozy, et approuvé la réforme constitutionnelle qui supprimait le référendum obligatoire pour toute nouvelle adhésion, alors que ce référendum a été institué par le même gouvernement Raffarin en 2005, et que Barnier et Sarkozy y étaient favorables dès 2004 (5).
Comment peut-on voter pour une personne qui se comporte comme une girouette et qui méprise la démocratie et l’opinion des citoyens ? Comment peut-on voter pour quelqu’un qui nous trompe et qui nous prend pour des imbéciles ?
Djamila GERARD
(1) http://www.lefigaro.fr/politique/2009/04/28/01002-20090428ARTFIG00580-barnier-et-dati-pronent-une-europe-rempart-.php
(2) http://20minutes.bondyblog.fr/news/200904290001/michel-barnier-les-yeux-dans-les-yeux-je-vous-dis-que-ce-n-est-pas-l-islam-le-probleme
(3) Le Monde du 7 février 2008
(4) http://www.tetedeturc.com/home/spip.php?article1449
(5) http://turquieeuropeenne.eu/article128.html

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