Mon « crime » : je dénonce l’islamisme en Belgique

Publié le 6 septembre 2010 - par - 279 vues
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En Belgique, écrire sur l’islamisme n’est pas une activité anodine. Les menaces et les intimidations sont fréquentes. On en parle peu. J’ai choisi de ne plus me taire.

Dans notre pays, aujourd’hui, dénoncer l’islamisme a un prix. Insultes, intimidations et menaces, sont incessantes. Chacun réagit à sa façon face à ces campagnes de harcèlement visant ceux qui rédigent des articles ou des livres critiques, non pas sur l’islam, mais sur ses fractions extrémistes. Souvent, les victimes de ces procédés traumatisants n’en parlent pas. Pour ma part, j’ai décidé de briser la loi du silence.

En écrivant ces lignes, je ne veux pas jouer au martyr. Les vrais héros, ce sont les femmes musulmanes, ou de culture musulmane, qui combattent les intégristes. Et qui, comme Karima, auteur du livre « Insoumise et dévoilée », doivent parfois vivre – en Belgique ! – sous protection policière.

Mon histoire est beaucoup moins dramatique. Elle me semble pourtant révélatrice d’un climat malsain qui, insensiblement, s’installe chez nous.

Pendant longtemps, l’islamisme n’a pas fait partie du champ de ma réflexion. En une vingtaine d’années, j’ai rédigé des centaines d’articles et publié huit livres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit une seule ligne sur le sujet.

En 2009, j’ai réalisé plusieurs enquêtes sur les activités, notamment à Bruxelles, d’une petite minorité d’activistes d’un islam pas vraiment modéré, alliés à quelques islamo-gauchistes. J’entends par « islamo-gauchistes », des militants de la gauche radicale, persuadés que communistes et islamistes doivent s’allier pour combattre leur bête noire, « l’impérialisme américain ».

J’ai publié une série d’articles, à ce propos, dans le Journal du Mardi, et plusieurs cartes blanches, dans la Libre Belgique et le Soir. J’ai souligné des connexions douteuses avec la mouvance Dieudonné (« humoriste » anti-juif), des admirateurs de l’Iran d’Ahmadinejad, et quelques staliniens non-repentis. J’ai expliqué qu’il ne fallait pas banaliser ces foyers d’extrémisme, aujourd’hui limités, mais très prosélytes.

Un certain discours politiquement correct nuit au vivre ensemble en niant l’émergence d’un fondamentalisme musulman, dans certains quartiers. Enrayer la progression de ce fondamentalisme est la meilleure façon d’être aux côtés de nos concitoyens d’origine arabo-musulmane dont l’aspiration est double. D’une part, vivre sereinement leur foi. Et, d’autre part, ne pas être assimilés aux excès d’une minorité de radicaux dont les excès stigmatisent parfois, à tort, l’ensemble d’une communauté.

Etiqueté journaliste « de gauche », mon image a changé du jour au lendemain, auprès d’une partie de l’intelligentsia bien-pensante. Un seul article sur ce thème a suffi à me faire basculer dans le camp du Mal. Aux yeux de certains, je suis devenu suspect. Je critiquais « l’islam », la religion des pauvres, des exclus, des damnés de la terre. Je trahissais le camp du Bien, celui des progressistes, des pro-palestiniens, des antisionistes.

Vision simpliste, bien sûr. Je n’ai jamais dénoncé « l’islam « . L’islam ne doit pas être confondu avec l’islamisme. De même, le juste combat pour un Etat palestinien n’implique pas la diabolisation d’Israël. La lutte, toujours à approfondir, contre le racisme et les discriminations – à l’embauche, au logement – ne justifie pas la victimisation de tous les musulmans, y compris ceux qui rejettent nos valeurs démocratiques, l’égalité hommes-femmes, la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Après chaque article mettant en garde contre une poussée d’un islam peu tolérant, j’ai eu droit à des attaques courageusement anonymes sur Internet. Ma photo a commencé à circuler sur Facebook, affublée de qualificatifs de plus en plus orduriers : « raciste », « facho », « renégat », « petit blanc haineux », « dégueuli humain » (sic), etc. Un docte universitaire a même proposé, lors d’une discussion sur Facebook, dont j’ai eu connaissance par hasard, d’organiser une manifestation…en burqa, pour me faire taire.

Dans un autre registre, certains amis de gauche ont pris leurs distances. Les plus modérés m’expliquaient que ceux qui, comme moi, mettent en exergue certaine dérives d’une minorité de « fous d’Allah », n’ont pas tort, mais que « ce n’est pas le moment ». « Tu comprends, me dira l’un d’eux, la priorité, c’est de combattre les sionistes, l’Etat fasciste d’Israël ».

Certains sympathisants de la gauche de la gauche ont coupé les ponts avec moi, changeant de trottoir quand ils me croisaient. J’ai été exclu du « blog de débats » d’un ancien collègue journaliste, me reprochant mes prises de position « nauséabondes » (sic). Les insultes ont redoublé lorsque j’ai publié, en octobre dernier, le livre « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac ». J’ai commis « le crime de trop » : cosigner ce livre avec un libéral, Alain Destexhe.

L’exaltation de certains a été crescendo. Je suis devenu la caricature de l’apostat. J’avais osé franchir la ligne rouge (sans jeu de mots !), brouiller le clivage gauche-droite. Dans un débat à Controverses (RTL-TVi), Philippe Moureaux m’a traité de « collaborateur de l’extrême droite ». Dans les coulisses de l’émission, il a qualifié notre livre de « nouveau fascisme ».

Dès cet instant, la machine à fasciser, nazifier, lepéniser, a tourné à plein régime. En privé, j’ai reçu le soutien de nombreux amis socialistes. Rares sont ceux qui m’ont soutenu en public. Certains anti-calotins primaires, habitués à « bouffer un curé tous les matins », sont beaucoup moins pétaradants quand il s’agit de mettre sur le grill l’une ou l’autre mosquée ou imam ultra-conservateur.

Un samedi matin, j’ai découvert, non sans un frisson dans le dos, un montage vidéo, posté sur le Net, me déguisant en Degrelle et me faisant défiler sous les drapeaux du IIIe Reich, au rythme des chants nazis. Le commentaire atteignait des sommets dans le sordide et la diffamation, n’hésitant pas à insulter ma famille. Cette seule fois, j’ai décidé de porter plainte. L’auteur de ce montage – il m’a semblé l’avoir identifié – ne m’en a pas laissé le temps : le dimanche à midi, la vidéo avait disparu du Net, avant que j’aie pu l’enregistrer. Selon mes informations, des amis du cinéaste imprécateur lui ont expliqué qu’il s’exposait à des poursuites, s’il prolongeait la durée d’exposition de son œuvre.

J’utilise l’ironie. J’essaie de rester serein. Ce n’est pas toujours simple. Je suis abasourdi par le deux poids, deux mesures pratiqué par certains petits cercles de gauche : impitoyables – et c’est indispensable – pour contrer l’extrême droite classique. Mais très complaisants vis-à-vis de l’extrême droite islamiste.

Dans mes écrits, j’ai cité de nombreux faits précis illustrant cet activisme, pas plus sympathique que celui du Vlaams Belang et du Front National. Je n’ai jamais été démenti. Cela n’empêche pas certains « camarades » de gauche de faire l’autruche. Un islam radical ? Circulez, il n’y a rien à voir. Celui qui l’évoque ne peut appartenir qu’à « l’ultra-droite islamophobe ».

Je pourrais évoquer les campagnes de mails plus ou moins calomnieux, les messages qui me parviennent, m’annonçant que des « enquêtes » sont menées à mon sujet (Par qui ? Pourquoi ?). Les mises en garde d’émissaires plus ou moins bien intentionnés : « Tu devrais changer de sujet. Arrête de jouer au laïcard de service « .

Je pourrais évoquer l’absurdité de toute cette propagande qui tourne en boucle. Je ne suis pas un croisé anti-islam, je ne suis pas athée, je ne suis même pas un militant laïque. Et je me positionne toujours à gauche. Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi écrire sur l’islamisme, même en Belgique, est-elle une activité à risques ?

Claude Demelenne

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