Mon point de vue sur le fond de la controverse Sifaoui-Riposte Laïque

Publié le 11 septembre 2009 - par
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Allais-je participer à un débat qui avait pris une tournure aussi violente, surtout entre des personnes dont j’estime l’engagement pour la liberté de pensée, et dont je partage les engagements essentiels ? Je m’y résous parce que les sujets abordés sont trop importants pour l’esquive, mais aussi parce que je m’aperçois que je ne partage pas les thèses centrales des débatteurs, ce qui peut ôter le soupçon de ‘’parti-pris’’.

Si j’ai bien compris, Riposte Laïque (RL) affirme que le problème n’est pas seulement l’islamisme, mais l’islam, un de ses rédacteurs, Mohamed Pascal Hilout (MPH) précisant que pour lui l’Islam = Coran + Mahomet, tandis qu’au contraire Mohamed Sifaoui (MS) proteste qu’islam et islamisme sont l’un à l’autre opposés.

La Turquie étant le seul pays où la laïcité s’est imposée, il y a aujourd’hui je crois 57 pays qui se disent musulmans. C’est-à-dire que l’Islam y est religion officielle, que la juridiction doit respecter la chariaa, en tous cas ne pas la contredire. Aucun de ces pays ne peut être classé comme un pays « démocratique » et dans tous, l’Etat aux ordres d’organisations religieuses officielles, quelquefois doté de polices religieuses, sanctionne, quelquefois jusqu’à la mort, toutes personnes ayant contrevenu à la chariâ. Il serait trop long d’en faire la liste, un Livre Noir de 1000 pages n’y suffirait pas. Et je dis bien violences au quotidien, non pas violences des « islamistes » comme en Algérie (plus de 100 000 morts) ou aux USA avec les Tours jumelles, ou en Europe avec les bombes dans les transports publics…

Cela va, en Algérie, de la protestation des Hautes autorités religieuses contre la présence dans un livre de Cheikh Khaled Bentounès de l’étoile de David sur la photo de l’Emir Abdelkader, au procès contre une jeune femme détenant une Bible, à la condamnation de la soudanaise qui a porté un pantalon, à la punition des femmes afghanes refusant la relation sexuelle à leur mari par la justice de Karzaï , au meurtre des Coptes en Egypte ayant tenté de défendre leur élevage de cochons, jusqu’à la pendaison publique des femmes adultères et des homosexuels… Les atteintes à la liberté, à l’intégrité psychique et physique de chaque individu, sont le quotidien de tous les musulman(e)s, et surtout de toutes les minorités, à commencer par les femmes puisqu’elles sont, par la loi, considérées comme telles. Et les médias (essentiellement étrangers !) ne se font l’écho que du plus spectaculaire (genre les statues de Buddha en Afghanistan).

L’islamisme n’a pourtant pas triomphé dans ces 57 pays. Or partout, ce que nous considérons comme des restrictions à la liberté, vu d’un pays démocratique, est justifié comme la normalité. Normalité fondée sur le droit musulman, lequel tire sa légitimité du Coran.

L’offensive islamiste progresse dans le monde

Est-ce à dire pour autant que les juridictions sont partout pareilles, qu’il n’y a pas ici et là des percées de libéralisme ? En Turquie, Ataturk n’avait-il pas imposé la laïcité (prise d’assaut aujourd’hui ) ? Bourguiba n’a-t-il pas réussi à faire interdire la polygamie, même s’il échoua à imposer d’autres règles d’héritage ? Les femmes ne peuvent-elles pas conduire une voiture et porter le pantalon en Afrique du Nord ? Le premier film ne vient-il pas d’être projeté en Arabie Séoudite ? Le Mali ne vient-il pas de se doter d’une nouvelle loi qui libère la femme de l’obéissance à l’homme ? Nojud Mohammed Ali, une fillette de 8 ans ayant été forcée d’épouser un homme de 30 ans, n’a-t-elle pas obtenu le divorce et suite à cela le Parlement yéménite n’a-t-il pas fixé l’âge minimum du mariage à 17 ans (une « fatwa » a été aussitôt lancée contre cette loi, par le recteur de l’Université Al-Eman, le cheikh Abdul-Majid al-Zindani, et 16 autres personnalités religieuses yéménites, qui exigent le retrait de cette loi qui n’a pas de fondement islamique et viole la chariaa…) ?
Malgré ces signes réjouissants de résistance dans ces pays, le tableau reste sombre. Et s’assombrit même avec ce qui est en train de se dérouler en Europe et aux USA, direction privilégiée des très fortes émigrations de ces deux dernières décennies, émanant de ces 57 pays. En effet, alors que d’aucuns y voyaient une chance pour l’Islam de s’adapter à la modernité, de se libéraliser et d’inventer de nouveaux modèles de religiosité compatibles avec la liberté des individus, qui ensuite auraient profité à tous celles et ceux qui, dans ces 57 pays, luttent pour plus d’émancipation, c’est le contraire qui est en train de se passer !!!

De l’américaine Rifqa Bari menacée par les siens pour avoir choisi une autre religion, aux slogans vouant les Juifs à la mort tranquillement exhibés en Angleterre et aux USA, de l’espagnole d’origine marocaine poignardée par son père ayant découvert une photo où sa fille pose avec un infidèle, de la mère célibataire germano-kurde de 23 ans abattue en pleine rue à Berlin par son frère alors mineur (selon un rapport du Conseil de l’Europe qui réclame la création d’une infraction spécifique, les “crimes d’honneur”, commis au nom de l’islam, augmentent en Europe)… De l’abbé obligé de quitter son quartier, excédé par les agressions contre sa personne, et sa chapelle de la Croix-de-Metz, à Toul en France, dont les vitres volaient régulièrement en éclat, aux femmes sur les plages d’Australie agressées à cause de leur bikini par des jeunes d’origine libanaise…

Sont-ce là des manifestations isolées, conséquences de combats d’arrière-garde d’un monde bousculé par un monde de liberté satanique ? Non, puisque là aussi la liste serait trop longue, et qu’un Livre Noir de 1000 pages n’y suffirait pas non plus. Non, puisque pour quelques intellectuels et imams courageux qui se battent pour un islam de la modernité, combien d’autres peuvent tranquillement faire appel contre les lois de la République, de l’incitation à la simple désobéissance civile à l’appel explicite au meurtre (cf par ex : ‘’L’Islam made in France’’ de Mâamar Metmati) ? Non, puisque ce sont ces derniers qui ont le soutien de la société politique européenne, laquelle de plus en plus, notamment en Grande Bretagne, en Belgique, en Suède, et en Italie, acceptent le port du hijeb et même de la burqua…

N’a-t-on pas obligé des policières anglaises à porter des burqas pendant un jour pour “mieux interagir avec la communauté musulmane” ? N’a-t-on pas vu des députées italiennes de gauche, d’origine chrétienne, se baignant même avec pour banaliser la chose !!! Le Danemark ne vient-il pas, au mépris de sa propre loi, d’autoriser une femme musulmane, à témoigner dans un tribunal le visage couvert ? Le président des USA, Barack Hussein Obama, n’a-t-il pas immédiatement après son élection, nommé une conseillère d’origine égyptienne dûment voilée ? Le Vatican ne vient-il pas de découvrir que la finance islamique pouvait sauver les banques occidentales en crise, découverte que Christine Lagarde la ministre française avait déjà faite ? N’en est-on pas à demander en Grande Bretagne l’instauration de tribunaux islamiques pour juger des citoyens britanniques, tel l’écrivain Sebastian Faulks, compte tenu que pour ce qui est des musulmans, c’est déjà fait (pour les mariages et les divorces)? Tariq Ramadan, l’intellectuel d’une internationale islamiste, n’est-il pas devenu la coqueluche de la gauche « altermondialiste » ?

La palme ne revient-elle pas à la ville de Lille dirigée par l’actuelle Chef du Parti Socialiste, Martine Aubry ? N’a-t-elle pas imposé dans les piscines des horaires spéciaux pour les femmes musulmanes ? En 2008, le Tribunal de Lille n’a-t-il pas annulé un mariage pour cause de non virginité de la mariée ? Et en 2005, toujours la même Mairesse, n’a-t-elle pas bloqué une décision de justice permettant à 3 enfants d’enterrer leur père suivant ses dernières volontés – être incinéré – d’un homme, Amar Bergham qui ne se considérait pas musulman, et ce suite à l’intervention du recteur de la mosquée de Lille-Sud Amar Lasfar, président de la Ligue islamique du Nord, d’obédience islamiste ? Et finalement, la Cour d’Appel de Paris ne choisit-elle pas de casser les décisions de 3 tribunaux français en décidant que le défunt soit inhumé selon le rite musulman, pour suivre « l’avis religieux » du recteur de la mosquée, qualifié de « fatwa » par l’avocat des enfants et où l’on peut lire que : « Seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l’apostasie d’une personne. » ?

L’Europe des Lumières a failli

D’ailleurs l’Europe « des Lumières » n’est-elle pas morte le jour où elle a lâchement accepté, sans protester au plus haut niveau, uniment et diplomatiquement, la condamnation à mort par l’Iran du romancier britannique d’origine indienne Salman Rushdie, résidant pourtant à Londres ? N’a-t-elle pas récidivé en offrant à Genève en avril dernier, une tribune de choix à son actuel président Ahmadinéjad ? Quand touchera-t-elle le fond de sa pusillanimité, puisqu’elle n’a même pas le courage de soutenir vraiment le peuple iranien qui vient d’infliger un camouflet, durement payé, à la dictature des mollahs ? Comment cela se pourrait-il d’ailleurs lorsque la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu, est successivement dirigée par des pays où les libertés individuelles sont les plus bafouées, tels que l’Iran, le Koweït ou la Lybie ?

En attendant de voir si la libre pensée reprendra ses droits durement acquis durant des siècles contre l’absolutisme chrétien, il nous faut bien convenir qu’aujourd’hui la source principale d’agression contre les individus et leurs libertés fondamentales, que ce soit dans les 57 pays musulmans, ou ailleurs dans le monde chrétien, se justifie toujours par la loi du Coran.

Je comprends que cela agace un musulman même laïque comme Mohamed Sifaoui, puisque moi-même pourtant athée mais issu du même pays musulman que lui, en ressent les mêmes démangeaisons, et que tout comme lui j’ai (longtemps) trouvé plus commode de n’y voir que la marque de l’islamisme. A notre décharge, il faut dire qu’en matière de religion, et ce dans un des plus libéraux des 57 pays musulmans, l’Algérie, la résistance à l’islamisme est la seule rébellion étatiquement et sociétalement corrects : au-delà c’est le lynchage.

Lorsqu’il résume par l’équation : Islam = Coran + Mahomet, Mohamed Pascal Hilout aurait-il alors raison ? Je ne le pense pas non plus. Car je pense que l’Islam, comme toute autre religion, c’est tout à la fois, et au moins : une foi dans l’au-delà, un livre, un médium (prophète), des interprètes (les théologiens), des croyants (divers), des lois (qui peuvent être aussi celles de l’Etat), des rites, des pratiques (qui peuvent évoluer), et des luttes continuelles internes (entre croyants et entre théologiens), et externes (avec les autres religions, les non-croyants, les intellectuels se recommandant uniquement de la Raison, et avec les laïques, lorsque la religion a peur de perdre son pouvoir sur l’Etat ou au contraire tente de l’y soumettre)… Ceci sans parler du contexte historique, d’internet, de l’évolution des sociétés et donc des mentalités…

L’équation de Mohamed-Pascal Hilout ne laisse-t-elle pas entendre que tout est joué à jamais, alors que si la panislamisme semble être aujourd’hui à un de ses plus hauts niveaux, qui peut certifier qu’il en sera toujours ainsi, et qu’au flux ne succèdera pas le reflux… ?

A condition, naturellement, que la Raison n’abdique ni devant la peur, ni devant la menace, ni même devant la mort, ce qui certes n’est pas peu demander à l’homme, l’Europe, le Monde démocratique ne pourraient-ils pas au contraire soutenir les efforts de toutes celles et ceux, théologiens, simples croyants, ou intellectuels laïques et agnostiques du monde musulman qui tentent de mettre en adéquation « un texte du 7e siècle avec une grille de lecture du 21e siècle » pour reprendre les mots de MS ?

Est-il possible aujourd’hui, même dans un Etat non-laïque, même dans un Etat religieux très fortement marqué par la Tradition, de garantir la liberté d’expression, cad de préserver la vie de tout homme qui remettrait en cause la légitimité des pratiques et même du dogme religieux ? Selon l’équation de MPH, il faudrait dire non. Pourtant le cas d’Israël est là pour dire que c’est possible. La seule question que l’on puisse donc se poser est la suivante : quand et que faire pour qu’un film mettant en scène les amours homosexuelles de deux théologiens, comme les montre le film israélien qui vient juste de sortir, « Tu n’aimeras point »’, puisse être vu un jour en Arabie Saoudite ?

L’avènement d’un régime démocratique, où c’est le poids de la société civile qui est déterminant, et où la liberté individuelle ne peut être remise en cause par qui que ce soit, donc y compris par les religieux, est évidemment la condition nécessaire et absolue. Ce qui s’est passé avec le judaïsme et le christianisme, de façon différente dans les deux cas, pourquoi n’adviendrait-il pas avec l’islam ?

Il est vrai que l’islam, tout en puisant comme le christianisme à la source de la Bible juive, s’est voulu non seulement le seul vrai message divin, comme le christianisme déjà quelques siècles plutôt, mais aussi l’ultime. Plus, en proclamant le Coran « Oum El Kitab » (Mère du Livre), n’inverse-t-on pas la filiation et ne délégitime-t-on pas les deux Ecritures saintes précédentes avec leurs adeptes, qualifiés de « réfractaires », « déviants », « pervers » , « infidèles », et de quelques autres amabilités… ? Mais de la même manière que les chrétiens ont bien dû renoncer à cette prétention de représenter à lui tout seul le « Nouvel Israël », et à l’idée fondatrice du déicide de Jésus par les Juifs, ne peut-on imaginer qu’un jour, les Musulmans sauront aussi accepter de n’être qu’une des trois branches bibliques, pas la seule ‘’vraie’’, juste la dernière (en termes de chronologie et non de perfection) et non « l’originelle » ?

La critique de l’islam et du ramadan n’a rien à voir avec le racisme

Il est vrai que ça faciliterait les choses, tant il est vrai que si les évolutions technologique et sociale influent les mentalités, l’inverse est aussi vrai, puisqu’un Texte, référence fondatrice à plus d’un milliard d’individus, peut aussi servir à boucher l’horizon de la modernité et du développement, qui passe par la liberté de l’individu, de penser et de faire, dans les limites de la stricte égalité vis-à-vis de l’Autre… Mais alors les musulmans ne devront-ils pas inventer une institution mondiale de concertation qui pourrait faire autorité, et avoir le pouvoir de modifier ce qui apparait aux fondamentalistes comme intouchable ?

Accepter la triplicité du monothéisme, et renoncer à imposer par la force sa Vérité serait déjà une ‘’concession’’ extraordinaire qui pourrait fonder une ère de paix avec l’Autre, en religion… Après quoi, tous les espoirs seraient permis pour que dans la foulée, l’on réforme l’islam afin d’accepter tous les autres Autres, en particulier et d’abord, l’Autre en sexe (féminin et masculin). Et avec quelques efforts encore, au point où nous en sommes, avec ses propres pratiques… Prendre quelques distances avec « un texte du 7e siècle », n’implique-t-il pas la même approche vis-à-vis de pratiques pareillement datées, afin de les confronter à « une grille de lecture du 21e siècle » ?

En tous cas je ne peux y voir ni de l’irrespect vis-à-vis des croyants, ni encore moins du racisme. Combien de fois en Algérie, n’ai-je pas lu dans les journaux, y compris du parti unique, des reportages faisant état, en cette période du ramadan, de la montée d’agressivité, liée à la fatigue, et donc effectivement à une sollicitation plus grande des services de santé (psychique et physique), ce dont tout citoyen peut d’ailleurs se convaincre par lui-même, de visu, dans la rue. Je veux aussi témoigner que, déjà au siècle précédent, j’ai entendu des musulmans algériens extrêmement pieux admettre que le ramadhan, avec ses 30 jours de jeûne, (équivalent en Algérie, par ex, à 30 jours de congés supplémentaires), était une pratique inadaptée aux rythmes de vie et de travail de notre siècle, qui devait donc subir des aménagements en fonction des efforts à fournir et des capacités de résistance de chaque individu. Je veux enfin témoigner de ce que m’ont dit des militants politiques algériens qui allaient apporter la bonne parole indépendantiste dans les campagnes des années 50 : des paysans, donc extrêmement pieux, les avaient encouragés à boire voire à manger, dans la période ‘’sacrée’’ du ramadhan. Sans parler évidemment de Bourguiba et du jus d’orange bu à la TV devant ses citoyens, considérant que le jeûne avait des conséquences désastreuses pour l’économie… Ni d’Ataturk, lequel s’éleva contre la prétention à se réclamer de Dieu pour « régler la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. ». Chefs d’Etat à qui leurs pays doivent leur modernité et qui ne peuvent en tous cas pas être accusés de ‘’racisme’’…

Si donc concrètement réformer veut dire (tout à la fois, ou petit à petit) : considérer le musulman comme l’égal du juif et du chrétien, la femme comme l’égal de l’homme, en pouvoir et en liberté, la fillette comme une enfant, l’homosexuel comme l’égal de l’hétérosexuel, et le musulman lui-même comme un être libre de pratiquer l’islam selon son entendement et ses capacités, de pouvoir renoncer à sa religion d’origine, d’en choisir une autre, ou tout de renoncer à jamais à l’idée même de Dieu, considérer en somme que la religion n’est pas un héritage obligatoire, mais un choix de chaque individu, on voit bien que l’islamisme n’est pas le seul obstacle…

Car c’est bien dans le Coran que l’on peut lire :

Concernant les Juifs

« Malheur à eux à cause de ce que leurs mains ont écrit. Malheur à eux à cause de ce qu’ils ont fait. » (II, 79). (Le Coran comme parole venue directement de Dieu, opposée à la Bible écrite par la main des hommes).

« Mais ceux qui étaient injustes substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite » (II, 59). (Les Juifs comme falsificateurs de la Bible).

« Si on leur dit : Suivez ce que Dieu révèle, ils répondent : Nous suivrons plutôt la voie de nos ancêtres. Et si les ancêtres n’avaient rien compris, s’ils avaient perdu la voie juste ? » (II, 170).

« Ils furent frappés par l’humiliation. La colère de dieu les éprouva… parce qu’ils tuaient injustement les prophètes, parce qu’ils étaient désobéissants et transgresseurs » (II, 61).

Concernant les Juifs et les Chrétiens

« C’est Dieu qui a envoyé son messager avec la direction droite et la religion de la vérité, pour qu’il la fasse triompher sur la religion dans sa totalité, malgré l’aversion des associateurs » (IX, 29-35). (Juifs et Chrétiens, cette fois, qui « prennent des seigneurs autres qu’Allah » et qui osent s’en croire « les préférés »).

« après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs ou que vous les trouviez. Capturez-les assiégez les et guettez les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et s’acquittent la zakat, alors laissez -leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux » (IX, 29).

« Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens. Ils sont amis les uns des autres. Ceux qui parmi vous, les prend pour amis est des leurs » (V, 51).

« Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au jour dernier ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite, ceux qui parmi les gens du Livre ne pratiquent pas la vraie religion… Ils répètent ce que les incrédules disaient avant eux. Que Dieu les anéantisse. » (IX, 29-30).

Concernant les non-musulmans

« Ceux qui ne croient pas à nos versets (ou à nos signes), nous les pousserons au feu. Chaque fois que leur peau sera brûlée, nous leur donnerons une autre peau pour qu’ils goûtent le tourment.» ( IV, 56)

« Nous avons préparé pour les coupables un feu dont les flammes les envelopperont. S’ils crient au secours, nous les secourrons avec une eau comme du bronze en fusion pour leur brûler la face.» (XVIII, 29).

Concernant les athées

« Aux incroyants l’affreux tourment (un châtiment douloureux).» ( II, 98)

« Les incroyants, je les tourmenterai terriblement (ou je les punirai d’un châtiment cruel) en cette vie et dans l’autre et ils seront sans recours.» ( III, 49)

« Vous ne les avez pas tués, c’est Allâh qui les a tués.» ( VIII, 17)
Concernant les apostats.

« Quiconque a renié Allah après avoir cru… – sauf celui qui y a été contraint alors que son coeur demeure plein de la sérénité de la foi – mais ceux qui ouvrent délibérément leur coeur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère d’Allah et ils ont un châtiment terrible. » (XVI,106).

« Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur » (IV, 89).

Concernant les femmes

« Les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles et de ce qu’ils dépensent de leurs propres biens… Celles dont vous craignez l’insoumission, admonestez-les, désertez leurs couches, frappez-les. Mais si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez pas querelle » (IV, 34).

« Vos épouses sont pour vous un champ de labour; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance. » (II, 223)

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs soeurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (XXIV, 31)

La liste pourrait, là aussi, être très longue, mais si citer de tels versets montre que les islamistes, appelés aussi intégristes, n’ont rien inventé, donne-t-il raison pour autant à l’équation de MPH ? Je ne le pense pas, car notamment dans les périodes d’ouverture, les Musulmans ont montré au cours des siècles qu’ils pouvaient les ignorer ou considérer qu’ils ne les concernaient pas, ou enfin leur donner un sens lié à une histoire déterminée et dépassée, n’ayant aucune conséquence dans leur comportement et leurs pratiques quotidiens.

Les défenseurs de la liberté doivent-ils divorcer à l’amiable ?

Il reste que n’importe quel Musulman pourra toujours légitimement se référer à la Mère du Livre, pour appeler à la soumission et au meurtre de l’Autre, tant qu’une Autorité centrale reconnue de tous les Musulmans du monde, n’aura pas proposé une conception moins violente de la cohabitation humaine, et de si possible compatible avec la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, remise en cause il est vrai, par l’organisation dont elle est la Charte même, l’ONU, et ce par le biais du nombre des pays à régimes autoritaires ou totalitaires (parmi lesquels les 57 pays…), aujourd’hui majoritaires en son sein !!!

L’aggiornamento d’un texte dont le processus de canonisation dura près de 3 siècles, que les Mutazilites disaient « créé », donc historiquement daté, donc interprétable avec le temps, mais que les Hanbalites imposèrent comme « incréé », substance même de Dieu, donc intouchable, et inaccessible à la Raison humaine, cela est-il envisageable ?

C’est évidemment aux principaux concernés de le dire, compte tenu du fait que depuis sa Révélation, le monde a changé, que la conquête religieuse est devenue illégitime, que la démocratie républicaine fait de toutes les femmes et de tous les hommes des égaux (quels que soient la couleur de leur peau, leur sexe et leur inclination, leur croyance ou leur incroyance) et que les hommes n’attendirent pas son avènement pour faire entendre la voix de la Raison (même lorsqu’il leur en coûta la Tête)…

Et que par conséquent, ils (les théologiens, politiciens et intellectuels du monde musulman) ont des comptes à rendre à toute l’humanité, et non pas seulement aux affidés.

La Paix ne vaut-elle pas ce courage ?

Quoi qu’il en soit, pour les partisans de la liberté, l’heure est-elle au « divorce à l’amiable » comme le propose Mohamed Sifaoui, ou au compagnonnage de la raison (et de la survie) ?

Jean-Pierre Lledo

cinéaste algérien

Commentaire de Cyrano : Merci à Jean-Pierre Lledo pour cet article d’une grande qualité, qu’il a envoyé à Mohamed Sifaoui et à RL. Nous le publions avec plaisir, et au plus vite. Débattre fraternellement, dans la transparence, sans injurier, ni chercher à salir l’interlocuteur, sera toujours la culture de Riposte Laïque.

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