Monsieur Sarkozy, il faut choisir : Simone Veil ou Yazid Sabeg et ses statistiques ethniques ?

Publié le 8 mai 2009 - par
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Annoncé pour le 20 mars, ce n’est que le 7 mai que Yazid Sabeg a remis son rapport sur la mesure de la diversité à Nicolas Sarkozy. Après avoir fait de grandes déclarations sur les statistiques ethniques il a dégagé en touche devant les nombreuses réactions soulevées et a chargé François Héran, directeur de l’INED, de réunir une commission pour traiter de cet épineux sujet. Ce dernier remettra son rapport le 30 juin. Bien que le directeur de l’INED ait déclaré qu’il était neutre et n’avait pas de position a priori, il ne trompe personne dans le landerneau des statisticiens. Depuis des années, François Héran s’est posé comme l’homme qui trouve qu’il n’y a jamais beaucoup d’immigrés en France mais qu’il y a beaucoup de discriminations. Avec son comparse Patrick Simon, il a dépensé beaucoup d’énergie pour introduire dans l’enquête TeO (trajectoires et origines) les questions ethniques et ce n’est donc par hasard s’il se retrouve à la tête de cette commission.

Tout le monde n’est pas au fait de cette bataille compliquée qui se livre sur la durée pour introduire les statistiques ethniques dans la statistique française. Jusqu’à la fin des années 80, le recensement général de la population initié en 1851, comptait les Français par acquisitions en fonction de leur nationalité d’origine et les étrangers en fonction de leur nationalité. Avec l’arrivée massive d’immigrés et de leurs familles et de nombreuses naturalisations, il est apparu que ces catégories ne permettaient pas toujours de mesurer le nombre de Français d’origine étrangère. Une première grande étude a été réalisée début 1990 sous la direction notamment de Michèle Tribalat démographe à l’INED avec l’INSEE.

Il s’agissait d’une grande enquête permettant d’analyser un certain nombre d’évolution ou de caractéristiques de populations d’origine immigrée puisque déjà à cette époque l’analyse avait été plus loin que la nationalité en étudiant des sous groupes nationaux comme les Berbères ou les Kabyles, de même pour les ethnies africaines. Cette approche avait déjà fait polémique et un colloque intitulé « ethnique ta statistique », organisée par les syndicats de l’INSEE avait été fort mouvementé. Rappelons le contexte historique qui avec les guerres des Balkans avait fait émergé dans le vocabulaire politique cette notion d’ethnique qui se répandait partout mode, vêtements cuisine ethnique et minorités et langues ethniques. L’introduction et la prolifération de ce terme allait permettre de faire naître des revendications ethniques.

A l’offensive sont d’abord les institutions européennes, Commission, Conseil de l’Europe dont l’omniprésence des anglo-saxons systématiquement choisis comme experts ne cessent d’introduire dans les textes et autres directives la notion de minorités ethniques dont les Français doivent demander le retrait à chaque fois avec persévérance.
Dans la prégnance de ces sombres années, sont adoptés les traités de Maastricht puis d’Amsterdam qui dans son article 13 introduit la lutte contre les discriminations en raison de la race, du sexe…

On connaît la suite, la loi Guigou, la création de la HALDE. Très timide sur l’intégration, la gauche joue à fonds la discrimination et la victimisation. Précisons cependant que le champs des discriminations est large et s’étend au sexe, à l’âge, au handicap. Mais ces discriminations n’intéressent pas ou si peu. En revanche la discrimination que subissent les Magrébins et les Noirs les motivent énormément. D’ailleurs sous le gouvernement de Lionel Jospin seules ces discriminations font l’objet du GELD et du 114.

Quand Jacques Chirac crée la HALDE dont la compétence s’étend à l’ensemble des catégories visées par l’article 13, nombreux le regrettent estimant être « noyés » dans tous ces motifs. Mais ils sont vite rassurés, l’essentiel des plaintes relevant toujours du motif « racial » ou ethnique » ce que certains interprètent comme la réalité de la discrimination alors que l’on peut penser que certains ont une forte propension à se sentir victime de discrimination et une propension encore plus grande à saisir la HALDE. A titre d’exemple, le nombre de plainte pour inégalité du au sexe est très faible et encore la moitié des plaintes à ce titre émane du sexe masculin.

Mais tout cela ne suffit pas. Pour le lobby des statistiques ethniques il faut évidemment aller plus loin. On trouve dans ce lobby, l’incontournable Institut Montaigne, Roger Fauroux, Laurence Méhaignerie, Yazid Sabeg qui au travers de colloques, de propagande, de rapports essayent d’imposer auprès des pouvoirs publics l’injonction de la diversité, de la lutte contre les discriminations avec la variante de la discrimination positive et de son corolaire les statistiques ethniques. Ce lobbying dispose d’un sérieux réseau d’influence de moyens financiers importants grâce notamment à Claude Bébéar ancien PDG d’Axa. La pression s’exerce fortement avant les présidentielles avec des promesses faites de modifier l’article premier de la Constitution.

Au cours d’un colloque organisé par le conseil d’analyse stratégique, Axel Türk, président de la CNIL explique que les pressions exercées sur la CNIL doivent faire l’objet d’un débat public à l’occasion des élections présidentielles. Toutefois la ligne générale des interventions met à mal les promoteurs patentés des statistiques ethniques et des interventions remarquables sur le système britannique impulsé par Margareth Tchatcher révèlent combien ces statistiques avaient clairement comme objectif de rompre l’unité de la classe ouvrière en la divisant entre communautés ethniques qui allaient pouvoir ainsi rivaliser entre elles au lieu de s’unir pour un meilleur partage des richesses. Cette démonstration éclaire de manière incontestable les véritables motivations des idéologues des discriminations positives, statistiques ethniques et diversité. Mais la bataille était loin d’être gagnée car les obsédés des statistiques ethniques ne voulaient pas lâcher prise.

TeO ou l’histoire d’une première offensive avortée

Sous ce prénom à la mode, TeO se cache l’acronyme de trajectoires et origines une grande enquête de l’Ined et de l’INSEE. Celle ci est demandée par Jean Pierre Raffarin alors Premier Ministre à la suite des émeutes de novembre 2005.afin d’étudier l’intégration, dix ans après celle de MGIS (mobilité générationnelle et intégration sociale). Un comité scientifique est crée, co-piloté par l’INED et l’INSEE. Mais on retrouve surtout comme responsable de cette enquête et de la conception du questionnaire Patrick Simon qui « veut » ses statistiques ethniques » et propose un référentiel ethnico-racial qui doit en fait servir de clé de lecture à l’ensemble de l’enquête. Les participants découvrent avec stupéfaction des questions visant à s’auto définir comme Noir, Blanc, Européen…

D’aucuns se voient assez mal s’auto-définir comme Européen ou Blanc et non comme Français, catégorie qui a totalement échappée à Patrick Simon. De multiples réunions auront lieu, souvent animées entre une conception qui s’attache à mesurer l’intégration conformément à la commande publique et les tenants de la lutte contre les discriminations et de la diversité et qui cherchent à imposer leur conception aux autorités publiques. Il apparaîtra d’ailleurs que parmi ceux qui participent à l’’élaboration du questionnaire d’enquête, nombre se révèleront être très proches des Indigènes de la République.

Comme la CNIL rechigne devant ces questions sur l’appartenance ethnique, un énième projet de loi relative à l’immigration introduit un article visant à accepter le principe de statistiques ethniques. Mais saisi par des parlementaires de l’opposition, le Conseil Constitutionnel qui ne trouve rien à redire aux tests ADN, considère que cet article autorisant les enquêtes sur les statistiques ethniques est contraire à l’article 1 de la Constitution et annule cet article.

On pourrait penser que cette décision de la plus haute instance de la République va mettre un terme pour quelques temps aux velléités du lobby des statistiques ethniques. C’est sans compter sur leur obstination.

Face à leur pression, Nicolas Sarkozy confie une mission à Simone Veil qui rend un rapport en et conclue encore une fois que les enquêtes limitées, les données à partir du lieu d e naissance sont bien suffisantes pour analyser les discriminations. Vont-ils enfin considérer qu’il faut peut- être laisser du temps après de tels désaveux ?
Que nenni. Avec un art consumé du mélange les pistes, cette fois Nicolas Sarkozy nomme Yazid Sabeg, commissaire à l’égalité et à la diversité avec pour mission de rendre un énième rapport sur la mesure des discriminations raciales.

Immédiatement M.Sabeg se répand dans les médias pour dénoncer l’apartheid qui se développe en France et attaquer violemment les Républicains qui s’opposent aux statistiques ethniques, largement soutenu par le Monde et Laetitia Van Eckhout. Ou dans la Croix : « la société française est pluri ethnique. Ce n’est pas la peine de le nier au nom de principes d’un universalisme éculé ».

Pourtant, Yazid Sabeg a bien profité de la méritocratie républicaine. Né en 1950 dans les Aurès, arrivé en France tout petit fils de docker, ainé d’une famille de 13 enfants, il fait des études de droit Paris où il est repéré par Raymond Barre (?). Il travaille dans une entreprise pétrolière, puis monte sa propre boîte, la compagnie des signaux. De bonnes fées tel Pierre Méhaignerie, représentant de la droite libérale chrétienne, l’ont guidé et permis de rencontrer les grands de ce monde. A tel point que l’intéressé pensait dur comme fer être nommé ministre de l’économie ou l’équivalent. Mais n’est pas ministre qui veut et il doit se contenter d’une petite mission sur un sujet qui le mobilise néanmoins depuis qu’il a rédigé avec ses amis du club Montaigne et la fille de Méhaignerie, Laurence, un rapport sur les discriminations ethniques.

Pour mener à bien son projet, Laurence Méhaignerie va se retrouver fort opportunément nommée au cabinet d’Azouz Begag, ministre de l’égalité des chances où elle promeut avec acharnement le label diversité. Parallèlement, une étude est confiée à ISM Corum pour tester dans les entreprises un questionnaire où les intéressés peuvent s’autodéfinir ethniquement. Laurence Méhaignerie se retrouve d’ailleurs nommée à la tête d’un organisme financier Citizen Capital, « un fonds d’investissement sociétal » comme le décrivent ses fondateurs, financé à hauteur de13 millions d’euros par la Caisse des Dépôts et la Banque Postale, auquel comme par hasard le Monde consacrait une page entière

Ce fonds est destiné a financé des projets de création d’entreprises des quartiers défavorisées mais en réalité des minorités ethniques sur le modèle des États Unis « parce que ils sont souvent à l’origine de tendance en matière de modes, de musique, de consommation, modèle décrit par Michael Porter dans la Harvard Busines Review en 1995 et qu’ont vanté les sociologues François Dubet et Alain Touraine opposant aux jeunes des banlieues plein de talents les Français franchouillards et fonctionnaires.

Tout cela se tient. Depuis longtemps je m’interroge sur les raisons qui poussent ce lobby à chercher par tous les moyens à imposer des statistiques ethniques et autres turlipineries. Maintenant je crois que les choses sont assez claires. Leur stratégie s’inscrit dans celles des néoconservateurs américains qui dans leur volonté de dominer le monde ont attaqué et détruit le monde soviétique par la course à l’armement et ont cherché comme détruire l’idéologie égalitariste. D’abord en Grande-Bretagne avec Margareth Thatcher puis ensuite grâce à la commission européenne et aux démocrates chrétiens, ils ont instrumentalisés les idiots utiles de la bienpensance dans la lutte contre les discriminations et les minorités ethniques valorisées et financées comme le CRAN pour faire émerger une demande de statistiques raciales. Le Monde, la Croix, Vingt minutes ont été les vecteurs de ce discours anti républicain. L’école des hautes études en sciences sociales comme bien d’autres institutions comme le Centre de formation des journalistes ont travaillé les esprits pour répandre le poison de la diversité.

La politique des néoconservateurs a entrainé le monde dans la plus grande crise économique et financière. Ce modèle a failli et a échoué. Il faut comprendre que l’offensive idéologique a été menée à grands renforts de moyens privés et publics, en privilégiant systématiquement la promotion des « experts » défendant cette ligne et en placardisant les Républicains des deux rives. Maintenant le choix est clair : soit le président de la République continue à cautionner et à encourager les manœuvres de ceux qui veulent détruire le modèle républicain dont le principe d’égalité est insupportable aux néoconservateurs, soit il met un terme une fois pour toutes à la stratégie de ces officines anti républicaines camouflées derrière l’hymne à la diversité.

La France est composée de Français d’origine multiple, c’est le résultat de son histoire, de sa situation géographique. C’est un fait mais il n’ a aucune raison d’en faire une valeur et de porter aux nues le métissage qui est d’ailleurs beaucoup mieux accepté dans la population française que dans nombre de communautés arrivées qui refusent le mariage exogame. Le principe d’égalité permet de lutter contre les inégalités de naissance, de caste qui existent encore dans bien des pays. En ce qui concerne les inégalités sociales, elle dispose d’un système d’aides beaucoup plus développé que dans bien nombre de pays et qui bénéficient à tous quelque soit la couleur de peau ou son origine. Quand à repérer, analyses les inégalités tous les outils statistiques existent d’ores et déjà et notamment pour ce qui concerne les immigrés et leurs enfants la prise en compte du lieu de naissance est un élément objectif tout à fait opératoire. Mais prendre en compte le ressenti des discriminations de façon volontaire n’a aucun intérêt même si cela ne mange pas de pain.

Dans un petit ouvrage très intéressant « la diversité contre l’égalité » Walter Benn Michaels démontre comment aux Etats Unis, les politiques de lutte contre des discriminations ont accompagné l’augmentation des inégalités. Lutter contre les discriminations raciales et son corolaire repérer les discriminations raciales, ne vise aucunement à réduire les inégalités sociales. Bien au contraire, il s’agit de faire en sorte que s’il y a des riches et même des très riches il y en ait de toutes les couleurs. L’auteur, professeur aux États Unis se demande bien quelle idée saugrenue a piqué la France pays de la déclaration universelle des droits de l’Homme et de ce principe tellement fort de l’égalité des droits pour distiller ce poison des discriminations raciales.

Dans son discours devant l’École polytechnique le 12 décembre 2008, Nicolas Sarkozy a affirmé : « Si la question des statistiques pour mesurer les inégalités et les discriminations liées à l’origine est ouverte, la question d’une action publique volontariste fondée sur des critères ethniques ou religieux doit être close. C’est par le critère social qu’il faut prendre le problème parce que les inégalités sociales englobent toutes les autres ». Ces deux parties de phrase comme une grande partie de ce discours sont contradictoires dans leur philosophie et dans leur application. Car « si la question des statistiques pour mesurer les inégalités et les discriminations liées à l’origine est ouverte » alors se produirait ce qu’il dénonce dans le même discours en s’appuyant sur le rapport de Simone Veil « Répondre au défi de la diversité en recourant à des critères ethniques ou religieux conduirait à prendre le risque de dresser les unes contre les autres des communautés rivales et à enfermer chacun dans son identité et son histoire alors même qu’il s’agit de le faire accéder à une citoyenneté pleine et entière, de conforter le sentiment de son appartenance à quelque chose qui le dépasse et qui l’ouvre sur l’universel.

Au demeurant comment définir des critères ethniques objectifs sans prendre le risque de réveiller de vieux démons, ou des critères religieux, sans prendre le risque de remettre en cause le principe de
laïcité qui permet à toutes les croyances religieuses de cohabiter en paix au sein de la République

Monsieur le Président, fini le grand écart, il faut choisir : Simone Veil ou Yazid Sabeg !

Gabrielle Desarbres

Sources : on trouve facilement sur le web tous les rapports publics sur les discriminations et ils sont nombreux ( la Documentation française)
Le rapport de Yazid Sabeg est sur le site du Premier Ministre

A lire : la diversité contre l’égalité : Walter Benn Michaels – Raison d’agir- 7 euros

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