Mort de notre ami et collaborateur Simon Blumental

Publié le 6 juillet 2009 - par - 583 vues
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Notre ami Simon s’est éteint, ce dimanche. Je vous invite à lire le bel hommage que lui rend, ci-dessous, Mohamed Sifaoui. Je n’ai rencontré Simon qu’à partir de 2003, à l’occasion de la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école. Lors de notre premier contact, je l’avais sollicité pour qu’il nous aide à obtenir la régularisation d’une famille algérienne, qui avait fui ce pays il y a dix ans, pour échapper aux islamistes. Bien sûr, il nous avait apporté son soutien, spontanément.

Nous avions préparé ensemble, avec d’autres, les Premières journées internationales laïques, à Montreuil, qu’il avait eu l’honneur d’impulser, en tant que président d’Algérie Ensemble, avec notamment le militant laïque algérien Halim Akli, les 10 et 11 février 2007. Nul n’a oublié les interventions, ce jour là, de Cherifa Kheddar, Saliha Ibersienne et de toutes les féministes algériennes, ni celles de Mohamed Sifaoui, son ami, qui l’a veillé jusqu’au bout. J’ai surtout en souvenir son émotion, ce jour là, quand la salle s’est levée pour lui rendre l’hommage qu’il méritait.

Simon a été intéressé par le lancement de Riposte Laïque, quelques mois plus tard, il en a partagé immédiatement les priorités. Il a rejoint notre rédaction dès le début. Malheureusement, la maladie et la lourdeur de son traitement l’ont empêché de prendre la place qui aurait dû être la sienne, dans notre équipe. Il nous donnait régulièrement son avis, de temps en temps, et n’hésitait pas à nous exprimer ses craintes, voire parfois certains désaccords. Son inquiétude était que notre virulente critique de l’islam (qu’il partageait sur le fond) ne soit contre-productive, et ne nous coupe de militants musulmans qui ont lutté les armes à la main contre les islamistes, en Algérie.

Cela était parfois l’objet de discussions animées, car jusqu’au bout, Simon a gardé sa force de conviction, sa liberté d’esprit et une capacité d’analyse qui forçaient le respect de nombre de ses interlocuteurs. Ce n’est pas pour rien que des militants algériens l’appelaient fréquemment, pour avoir son opinion.

Nous l’avons mis en tête des personnes que nous avons remerciées, dans notre livre « Les dessous du voile ». Nous savons que s’il en avait eu la force, il aurait consacré un chapitre aux événements algériens des années 1990, et qu’il aurait fait le parallèle avec la situation actuelle, en France.

Je lui avais promis, lors de notre dernier coup de téléphone, d’approfondir quelques débats avec lui, à Montreuil, dans son petit pavillon où il vivait avec Anna, sa compagne de toujours.

Nous étions sur la même longueur d’ondes dans notre colère contre toute une partie de la gauche, celle qui, pendant les événements dramatiques d’Algérie, au nom du « qui tue qui », accusait le gouvernement algérien des crimes des islamistes, et qui, aujourd’hui encore, continue de fermer les yeux devant l’offensive islamiste, en France et dans toute l’Europe.

Simon ne supportait pas le « tout se vaut » qui banalisait dangereusement le fascisme islamiste, et il avait horreur des manipulateurs, même quand ils se prétendaient laiques et républicains.

Nous nous retrouvions dans le refus de tout sectarisme, et étions convaincus de l’indispensable alliance des Républicains et des laïques, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Cet homme, fort modeste, mérite que nous lui rendions un dernier hommage.

Je fais, au nom de toute la rédaction de Riposte Laïque, une grosse bise à Anna, son épouse, et à toute sa famille.

Pierre Cassen

En guise d’hommage à Simon

Je n’ai que très peu connu Simon : comme militant contre les signes religieux à l’école et comme co-rédacteur de RL ayant un caractère bien trempé. C’est un homme de conviction auquel je dois beaucoup de respect parce qu’il osait être lui-même et ne s’alignait jamais opportunément sur ce que ses amis pensaient. N’ayant pas toujours été d’accord avec moi, et n’ayant jamais compris ce qu’est le « nouvel islam » dont je suis l’initiateur, je dois avouer qu’il m’obligeait à m’interroger sur cette démarche. C’est donc un ami exigeant comme je les aime et les aimerai pour toujours.

Pascal Hilout

Simon, tu vas nous manquer

Je te connaissais peu, je ne t’ai rencontré qu’une seule fois, en octobre dernier, lors d’une journée autour de Fanny Truchelut. Pour le reste, nous avons simplement échangé quelques mails à l’occasion de discussions de fond au sein de la rédaction. Mais cela m’a suffi pour comprendre quel grand monsieur tu étais et pour être impressionnée par ton humanité, ta culture et ta capacité d’analyse.

Je suis triste aujourd’hui ; nous ne pourrons plus te consulter pour avoir un avis éclairé sur l’actualité, pour nous conforter dans nos combats. Tu vas nous manquer mais je garde, précieusement au fond de moi le souvenir de ta voix et de ta force de conviction, pour me donner le courage de continuer à lutter, comme tu le faisais, contre l’inacceptable.

De tout cœur avec les tiens en ces jours difficiles.

Christine Tasin

AU REVOIR SIMON

Notre ami Simon Blumenthal – que beaucoup de républicains et de

défenseurs de la laïcité connaissent – s’est éteint aujourd’hui. Lui

le militant sincère, le combattant infatigable et l’homme de

convictions a mené son ultime bataille contre cette terrible maladie

qui l’avait quelque peu éloigné de la société civile au cours de ces

dernières années.

Je ne suis pas particulièrement doué lorsqu’il s’agit de rendre

hommage et je ne saurais certainement pas trouver les mots pour parler

de cet ami, de ce grand frère avec lequel je partageais tant de

valeurs. Militant antifasciste, contre tous les fascismes, je l’avais

connu au début des années 1990 quand les démocrates, les femmes, les

journalistes et les intellectuels algériens se faisaient massacrer par

les hordes sauvages du GIA. Il avait tenu à marquer son soutien à

cette société algérienne meurtrie et à laquelle il était très attaché.

Il créa alors « Algérie ensemble », une association de solidarité avec

tous ceux que l’islamisme voulait assassiner. Et c’est un dernier clin

d’œil qu’il a voulu faire à cette Algérie qu’il aimait tant en nous

quittant un 5 juillet, le jour de la fête nationale algérienne.

Avec l’Algérie, Simon Blumenthal avait une longue histoire.

Anticolonialiste, cet ancien syndicaliste communiste, membre des

réseaux des « porteurs de valise », emprisonné en pleine guerre

d’Algérie, n’a pourtant pas eu la reconnaissance qu’il aurait dû avoir

de la part des différents dirigeants algériens qui se sont succédé

depuis l’indépendance. Seuls Mohamed Boudiaf, assassiné après cinq

mois de présidence, et dont il était l’ami personnel, et quelques

autres responsables – peu nombreux – sauront le traiter à sa juste

valeur. Au début des années 1980, il fut même refoulé de l’aéroport

d’Alger sur ordre du pouvoir de l’époque. Mais l’homme qui ne

connaissait ni les rancunes ni les revanches saura pardonner toutes

ces « idioties », comme il les qualifiait, et me répétait qu’il était

d’abord l’ami des Algériens et notamment des démocrates d’entre eux.

Il faudrait des pages et des pages, probablement des livres, pour

raconter Simon Blumenthal et son parcours extraordinaire. Je ne le

ferai pas pour respecter sa pudeur légendaire et la discrétion qui a

de tout temps été la sienne. Je voulais à travers ses quelques lignes

informer ses amis et ceux qui l’ont connu, aimé et côtoyé et ceux qui,

comme moi, ont une admiration pour cet homme formidable. Je tenais

aussi présenter mes sincères condoléances à l’ensemble de sa famille,

notamment à ses enfants, à ses petits-enfants, à ses frères et sœurs

et à Anna Blumenthal, son épouse, qui a su être toujours là, à ses

côtés dans les bons et mauvais moments et surtout lors de ces

dernières années quand il se battait contre cette terrible maladie qui

l’a emportée.

Repose en paix, l’ami. Repose en paix, grand frère !

Mohamed Sifaoui

http://www.mohamed-sifaoui.com/article-33484230.html

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