Ne pas soutenir Hamas, est-ce attentatoire au combat laïque ?

Publié le 27 avril 2009 - par
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N’ayant pas accepté l’embargo qui avait été décidé à l’encontre des images de l’odieuse agression raciste dans un autobus, il y a quinze jours, en lisant le Parisien, je me suis réveillé, sorte de monsieur Jourdain de l’esprit civique républicain, membre d’un « réseau d’extrême droite »…

Refusant de considérer comme un « génocide », comme des crimes de guerre ou comme un « carnage », la réaction israélienne à huit années d’envois de roquettes et autres projectiles, plusieurs fois par jours, tous les jours de l’année, sur Sderot et sur les kibboutz limitrophes à la bande de Gaza, je me retrouve catalogué comme ne pouvant plus me considérer comme un défenseur de la laïcité.

Bien sur, personne ne me l’a dit en face, mais il faut comprendre certaines allusions.

Pour ce qui concerne Riposte laïque, qui me publie régulièrement depuis quelques temps, l’accusation, contre elle, a été plus directe.
Henry Pena Ruiz, lui a fait ce reproche : la Riposte Laïque soutiendrait les « bombardements de Gaza », la Riposte Laïque dérogerait, de ce fait, aux impératifs politiques de la laïcité.
La RL, aurait fait preuve d’une coupable mansuétude envers les dernières actions militaires d’Israël.
Comment être si indulgents devant les « crimes de guerre » de Tsahal ? N’était-ce pas incompatible avec la défense de la laïcité ?

Je résume bien sur. Monsieur Pena Ruiz, me reprendra si je n’ai pas bien compris la nature de ses reproches.

La crise morale et politique est profonde. Résultat, on assiste, angoissé, à la désagrégation des repères fondamentaux issus de la révolution française et de ses prolongements : la Commune de 1871, le combat dreyfusard, les lois et décrets de 1905, les douze millions de signatures et le serment de Vincennes contre la loi Debré Barangé… tout cela semble se dissoudre ? Comme si ces événements fondateurs remontaient à l’homme de cromagnon ou n’avaient jamais existé.

A la fin des années cinquante, et au début de la décennie suivante, on écrivait beaucoup à propos de la crise du langage. On faisait rire grassement ou subtilement sourire en montrant un langage se délitant, ne permettant plus de se comprendre ou penser de façon approfondie. Qu’écriraient nos auteurs en 2009 ?

Les mots perdent leur sens.
Ainsi, un affrontement entre une unité de Tsahal et un groupe de Tamzin partisans d’Arafat à Jénine ayant tendu une embuscade aux premiers, faisant 58 tués du côté palestinien et 35 du côté israélien, deviendra, dans toutes les TV et les journaux, un « génocide », comme un « massacre d’un ghetto de Varsovie » qui s’appellerait Jénine et dont les Juifs seraient des Palestiniens. Toutes les semaines, ou presque, l’hebdomadaire de l’ex PT devenu POI, montrait le lieu de ce combat, un bout de la ville grand d’un demi hectare, et il expliquait que c’était toute la ville qui était réduite en cendre et en murs effondrés sur ses habitants, que des centaines et des centaines de civils non belligérants avaient été massacrés. Quelques mois plus tard, la réalité comptabilisée par les Palestiniens était de 58 tués, tous des combattants armés, membres de l’unité de Tamzin qui avaient tués 35 soldats israéliens.
Jénine, un nouveau ghetto de Varsovie, dont les SS étaient militaires israéliens ?
Tous ceux qui avaient, jour après jour, parlé de vastes massacres, voire de véritable génocide, se garderont bien de rectifier. Au contraire, ils persisteront à affirmer, jusqu’à aujourd’hui, l’existence d’un massacre d’innocents qui n’a pas eu lieu.

Revenons au censeur de Riposte Laïque.

Qu’il m’explique quel rapport, il fait, monsieur Pena Ruiz, entre l’incompatibilité du combat pour défendre ou combattre pour des institutions politiques garantissant le pleine exercice quotidien de la liberté d’opinion et le point de vue selon lequel, à Gaza, règne le talon de fer du fascisme peint aux couleurs de l’islam ?

Qu’il m’explique l’antagonisme entre la défense de la laïcité et le refus de la guerre menée par le Hamas, pour qui la destruction d’Israël n’est qu’une étape, dans le cadre d’une stratégie djihadiste internationale ?

Qu’il m’explique en quoi la défense de la laïcité impose de ne pas se défendre contre les tirs quotidiens de roquettes et pour neutraliser ceux qui envoient des jeunes gens et des jeunes filles se faire exploser au milieu de passants ou des usagers des autobus ?

L’argument de monsieur Pena Ruiz me fait penser à celui qu’ont tenu en 1940 les néos socialistes ralliés à Pétain, quand ils protestaient contre les « ploutocrates au service des Juifs », « ces soit disant démocraties » qui avaient bombardé les installations militaires allemandes de Noisy le sec en avril 1944. Ces bombardements avaient fait plusieurs centaines de victimes civiles parmi la population de la proche banlieue parisienne. Les bombes étaient tombées et avaient faits des dégâts matériels et des victimes innocentes depuis le quartier de la gare de Noisy le Sec jusqu’à Romainville et la limite des Lilas. Pétain vint d’ailleurs à Paris, pour rassembler, place de l’hôtel de ville une foule indignée de plusieurs dizaines de milliers de ses partisans parisiens rameutés. Pétain dénoncera « les Juifs et leurs alliés ploutocrates anglo américains ». On croirait entendre Ahmadinejad parlant devant la conférence de Durban2.

Je ne ferai pas l’injure à monsieur Pena Ruiz de penser qu’il ne connaît pas la vie de Jules Ferry.
Dans les années quatre vingt du 19ème siècle, le père de l’école laïque, était un militant laïque intraitable. Il était un de ces hommes qui, en 1905, envoyèrent l’armée imposer la séparation de l’église et de l’état à une église catholique qui ne l’acceptait pas encore.
Mais Jules Ferry n’était pas qu’un démocrate qui voulait la loi de 1905 séparant l’église et l’état.
Il n’était pas qu’un de ces hommes qui amenèrent le décret de 1905 décidant l’illégalité totale de l’esclavage dans les colonies africaines de la France.
Jules Ferry était aussi le « tonkinois ». Le sobriquet lui avait été donné parce qu’il croyait à une mission civilisatrice de la République française, passant par les méandres boueux de la colonisation en extrême orient

La critique de monsieur Pena Ruiz, soit dit respectueusement, fait montre d’un confusionnisme manifeste.

Sauf à considérer, par définition, qu’être pour la liberté d’opinion et le droit non limité de critique des dogmes religieux, quels qu’ils soient, impose de condamner Israël, quoi qu’il fasse et quoi qu’on lui fasse : la défense de la laïcité et la non hostilité aux positions israéliennes ne sont pas antagoniques. Non seulement ce n’est pas antagonique, mais quand Israël est aux prises avec une variété du fascisme qui a des ambitions planétaires, a priori, un défenseur de la Laïcité devrait plutôt avoir tendance à regarder avec sympathie la résistance à ce fascisme qui nous menace tous.

Oui, mais Israël a commis des « crimes de guerre » nous gueule-t-on dans les oreilles. Quels crimes de guerre ?
Dans un précédent article, je donnais un chiffre de victimes, en m’appuyant sur des déclarations de médecins palestiniens de Gaza. Tsahal a mené sa propre enquête, elle donne des chiffres plus élevés. Quels chiffres de victimes donne-t-elle ?

« L’affreux carnage », le « génocide », « l’action comparable à celle des nazis contre le ghetto de Varsovie », c’est quoi ?
C’est 1166 victimes, c’est énorme, et c’est trop. C’est énorme, mais au regard des trois à quatre cent mille Darfouris massacrés sans regret par les miliciens de Khartoum, au regard des dizaines de milliers de Papous du Timor occidental massacrés parce que l’on vient les islamiser de force, 1166, c’est quoi ? C’est infiniment moins, mais ce n’est pas la question, entend-on répondre du côté des amis du Hamas. Ce n’est pas la question, croyez-vous ?

Ces 1166 victimes se répartissent ainsi :

– 709 combattants, dont 609 membres du Hamas, des forces des forces de sécurité de l’administration Hamas, des membres des brigades 133 al Din al qassam branche militaire spécialisée dans les attentats Hamas, et 100 palestiniens membres d’autres organisations combattantes menant la guerre de janvier aux côté de Hamas

– 295 civils non combattants, dont 89 moins de 16 ans et 49 jeunes ayant plus de 16 ans

– 162 hommes, dont le statut de certains (belligérant ou non) n’était pas clair.

Les autorités militaires d’Israël ont poursuivi leur enquête : elles reconnaissent que des Palestiniens ont été tués par erreur. En particulier la famille El Dayya. Mais cette famille n’a pas été visée intentionnellement. « Si des soldats de Tsahal avaient tués sciemment », « nous traiterions les auteurs avec la plus grande sévérité » disent les responsables de Tsahal.

Monsieur Pena Ruiz va pouvoir dire : ah là, mais vous voyez bien ; je vous l’avais bien dit. Ils ont bien tué une famille non belligérante les salauds, ces criminels de guerre, et ils sont cyniques au point de nous donner son nom ! Comment des militants de la laïcité peuvent accepter cela ?

Question : monsieur Ruiz, vous l’avez entendu, vous, El Béchir, le chef putschiste du Soudan, reconnaître ne serait-ce que la tuerie d’une seule famille Darfouri sur les dizaines et dizaines de milliers massacrées dans leurs villages et menacer de sanctions des miliciens Jenjawid pour une tuerie volontaire? Comme il n’y a que des tueries volontaires, au Darfour, il faudrait que El Béchir sanctionne la totalité des Jenjawid et de son aviation.

Question : monsieur Ruiz, vous l’avez entendu le gouvernement indonésien, regretter les milliers d’exécutions de Papous du Timor, tués parce qu’il ne voulaient pas se faire mahométan ?

Question : une belle âme laïque comme la votre n’est-elle pas révoltée par le sort des Papous du Timor ? Et comme un homme instruit comme vous ne peut l’ignorer, l’armée indonésienne tue de petits clans que l’on traque dans leurs forêts et qui n’ont pour toutes armes face à une puissante armée que des arcs, des flèches et des casse-tête. C’est sûrement avec ces arcs qu’ils menacent Djakarta, les Papous ?

Monsieur Pena Ruiz n’est pas satisfait parce que, défenseur de la Laïcité, je n’appelle pas à boycotter Israël pour ses « crimes de guerre ». Mais il a été entendu monsieur Pena Ruiz.
Six avocats viennent de s’adresser cette semaine aux tribunaux norvégiens, dans le but d’obtenir la condamnation des dirigeants israéliens du gouvernement Olmert.
Pourquoi déposer plainte en Norvège ?
N’est-ce pas parce que ce pays vient d’adopter une loi qui devrait révolter la grande conscience laïque qui nous critique ?
En effet, discrètement, ce pays vient d’adopter une loi mettant en œuvre l’exigence de la conférence des états islamiques. Il a érigé en délit passible des tribunaux, pour commencer, le « blasphème » et l’offense envers MHMD.
La Norvège, ce n’est pas encore l’Arabie saoudite, mais ce n’est déjà plus la grande démocratie scandinave.

Les autorités norvégiennes ont suspendu une épée de Damoclès au dessus de la tête des laïques norvégiens. Par effet de capillarité, cette atteinte à la laïcité dans un pays d’Europe, menace nos libertés laïques en France comme dans toute l’Europe. Mais peut-être que monsieur ¨Pena Ruiz n’est pas au courant ? Curieux tout de même ?!

Bon, admettons. Monsieur Pena Ruiz ne sait pas ce qui s’est passé en Norvège. Ignore-t-il aussi, que la voisine de la Norvège, la Suède, elle aussi à la pointe de la mise en œuvre de la charia, vient de décider que ses fonctionnaires de police pourront, pendant le service, porter, qui une Kippa, qui un voile islamique, qui un turban…
Un autre morceau de laïcité qui tombe.

Au fait, l’horrible entité théocratique sioniste, « pire raciste » que le nazisme (Ahmadinejad), autorise-t-elle ses fonctionnaires de police en fonction à porter la Kippa ? La réponse, monsieur Ruiz la connaît certainement. C’est non.

Pour résumer :

Certes Israël n’a pas commis de crime de guerre.

Certes, Israël n’a pas tué volontairement des innocents et des non belligérants, mais il a tué pour se défendre.

Quand il s’agit d’Israël, une vie en moins c’est toujours une mort de trop.

Quand c’est Israël, on n’applique pas les mêmes critères que pour les autres états ! Israël ne doit pas se défendre ! Israël doit supporter avec abnégation les tirs quotidiens de quassam et autres roquettes !

Et si Israël n’est pas content, qu’il retourne en exil.

Voilà, en réalité à quoi se ramène l’argumentaire des antisionistes. Celui de monsieur Pena Ruiz n’est pas essentiellement différent.

Retourner en exil ?

Y serions nous enfin tranquilles, en exil ? Le croire, c’est oublier, du côté de nos Pena Ruiz, que : tant Hamas, que Hezbollah, que Al Quaida, et que la nébuleuse d’une génération de nouveaux imam oeuvrant en Europe et en Amérique du nord, se retrouvent dans les propos de cet imam saoudien, parlant et prêchant sur une TV islamiste ; cet imam a commémoré le Yom ha shoah en se réjouissant de l’œuvre d’Adolphe Hitler et en appelant à finir son travail, partout, dans tous les pays. Pour cet imam télévisé, le travail d’extermination des Juifs, cette fois, au lieu d’être fait par des mains allemandes « sera fait par la main des musulmans »…

Alain RUBIN

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