Ne soyez pas excessive, Christine Tasin

Publié le 29 janvier 2010 - par
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Christine Tasin est une remarquable rédactrice. Sa passion pour la politique est intacte. Sa foi républicaine constitue le socle de son engagement. Son honnêteté intellectuelle l’a poussé à se démarquer du conformisme ambiant qui pollue la scène politique. Un de ses derniers articles, Quand Peillon et le PS ont la nostalgie du stalinisme, m’a pourtant gêné. Si j’apprécie bien souvent le courage et la clarté des opinions de Christine Tasin, les assertions énoncées dans son libelle sont très discutables.

Sur le fond, C. Tasin répond à la reductio ad hitlerum – dont sont parfois injustement victimes les laïques – par la reductio ad stalinum, tout aussi stérile sur le plan intellectuel. Je remarque que la plume de Christine est souvent acerbe envers le Parti Socialiste. Toutefois, je juge absurde de parler de « nostalgie » du stalinisme pour un parti qui a toujours été à l’abri de la tentation totalitaire du communisme. Aucun tropisme stalinien n’infecte l’idéologie socialiste.

Les positions parfaitement critiquables du PS sur l’immigration ou le relativisme cultu(r)el sont dues à un humanisme dévoyé, tournant le dos aux principes républicains qui doivent prévaloir sur les particularismes ethniques ou religieux. Or, dans la vulgate d’une certaine gauche, ceux-ci se retrouvent subsumer sous le vocable idéalisé du multiculturalisme. De plus, le poids de la pensée antiraciste et tiers-mondiste – devenue hégémonique à Gauche – a eu raison de la défense des idées nationales.

Pourquoi en sommes nous arrivés là ? Les thèmes politiques (acceptation de la démocratie républicaine) et macroéconomiques (adhésion à un libéralisme tempéré) n’étant plus des axiomes particulièrement clivants entre la Gauche et la Droite de gouvernement, le Parti Socialiste a mis en exergue les questions de société afin de recréer un clivage politique visible. Hélas, sur certains points – notamment l’islamisation rampante d’une partie de la société – le PS est à contre-courant du bon-sens républicain et s’est aliéné le soutien des couches populaires.

Electeur de gauche, je ne puis que regretter ces manquements laïques de la part de l’actuel plus grand parti d’opposition. Notons d’ailleurs que sur ce sujet, l’UMP souffre, dans les faits, des mêmes failles. Néanmoins, je ne puis être aussi sévère que C. Tasin avec le PS, bien que je comprenne sa colère à l’encontre des positions défendues par son ancien parti. Peut-être que ma propre sensibilité politique masque mon objectivité. J’avoue que je préfère les cinq années du gouvernement Jospin aux gouvernements UMP qui se succèdent depuis 2002. Je n’omets pas non plus que l’essentiel des grandes réformes sociales – des congés payés aux 35 heures – ont été l’oeuvre de la Gauche. Cela ne signifie nullement que je porte un regard angélique à l’égard de l’ensemble des mesures édictées par la Gauche. D’ailleurs, je ne suis pas rétif à toutes les décisions prises par la Droite. Loin de moi tout manichéisme. En outre, je n’hésite pas à dénoncer certains renoncements ou fourvoiements dans lesquels la Gauche s’enlise. A mon humble avis, la critique légitime vis-à-vis de ces égarements serait beaucoup plus forte si elle ne tombait pas dans les travers de la démesure et de la caricature.

A propos de Vincent Peillon, je désapprouve catégoriquement sa désertion du plateau d’A Vous de juger ainsi que les motifs dérisoires qu’il a donnés pour justifier son boycott. Mais je regrette également que Christine Tasin l’ait affublé du sobriquet de « staliniste en herbe ». Nous n’avons pas besoin d’être excessif pour pointer les fadaises des bien-pensants. Coup de « pub », coup de « comm », Peillon a voulu faire parler de lui. Il n’en est pas à son premier essai. Souvenons nous qu’il sut attirer les caméras lors de la venue de Ségolène Royal à Dijon, en fustigeant de façon véhémente la démarche politique de son ancienne championne. En refusant de débattre avec Eric Besson, il décida de céder aux sirènes de la notoriété médiatique. Pourtant, l’estime intellectuelle que j’éprouve pour cet homme politique est réelle. Il bouillonne d’idées. L’un de ses derniers ouvrages, La Révolution française n’est pas terminée, est au demeurant fort intéressant. Il y développe un travail de philosophie politique et de révision historiographique (essentiellement par rapport aux thèses de François Furet), s’employant à réhabiliter la pensée pré-marxiste du socialisme républicain qui aurait été, selon ses dires, oubliée dans le corpus idéologique du socialisme institutionnel français. Ainsi, quel dommage de constater qu’un homme aussi intelligent se bute lorsqu’on évoque la question de l’identité nationale.

Concernant Eric Besson, plusieurs choses sont à souligner. Tout d’abord, quoiqu’on ait tous le droit de changer d’avis, les modalités de son allégeance à Sarkozy lors de la campagne électorale de 2007 sont éthiquement condamnables. Quelques fussent ses motivations, il porte en lui la marque de sa trahison. Au sujet du débat qu’il a lancé sur l’identité nationale, personne ne peut se laisser berner par les arrières-pensées électoralistes sous-jacentes à son initiative. D’ailleurs, a-t-il mis au centre de ce débat les problèmes soulevés par Riposte Laïque ? Quant au fait d’avoir accepté l’invitation d’A. Chabot, il n’y a rien de « courageux » dans son attitude. L’émission représentait pour lui une occasion fantastique de montrer son côté « humain ». Face à Marine Le Pen, il eut le beau rôle de représenter la défense des droits de l’homme et de la tolérance. En revanche, quoique n’étant pas dithyrambique à son endroit (litote), je n’ai que du mépris envers les comparaisons nauséabondes dont il est victime : Besson n’est ni Déat, ni Laval. Professer de telles inepties est proprement abjecte.

Le papier de Christine Tasin était également très dur à propos de l’Education nouvelle. Une pensée quasi téléologique d’anti-élitisme, d’anti-bourgeoisie et d’anti-catholicisme primaire serait donc à l’origine de la diffusion de cette nouvelle méthode d’enseignement ! Rien que cela ! Le complot des bobos-gogos contre l’intelligence aurait ainsi fait son oeuvre. Là aussi, il ne faut tout de même pas exagérer. Certes, je ne suis pas un fervent supporter de l’Education nouvelle. Je pense qu’elle a montré ses limites dans certains domaines et qu’elle a pu parfois se transformer en laxisme éducatif. Cependant, je ne suis pas favorable à ce que nous revenions à l’enseignement tel qu’il était pratiqué dans les années 50. L’Education nouvelle participe d’une pensée humaniste qui ne doit pas être intégralement récusée. Sachons garder ses apports positifs.

Enfin, je ne partage pas l’enthousiasme univoque de l’article susvisé à l’égard des Grandes écoles. On peut être un excellent étudiant, réussir un parcours professionnel estimable, tout en ayant suivi un cursus universitaire « classique ». De telles perspectives sont en effet plus difficiles. C’est pour cette raison qu’il convient de ne pas délaisser l’Université. A ce sujet, je ne donnerai pas tort à V. Peillon. De même, nous pouvons constater qu’un certain mépris est parfois perceptible de la part des « élites » desdites Grandes écoles à l’encontre de celles provenant de l’Université. Le sentiment élitaire et élitiste, cultivé au sein de ces Grandes écoles, peut conduire certains milieux professionnels, mélangeant des diplômés de diverses formations, à travailler dans une atmosphère méphitique. Celle-ci se ressent notamment au sein de certains laboratoires universitaires.

Mon commentaire n’est pas acrimonieux. Je respecte la franchise de Christine Tasin. Elle a le mérite d’affirmer ses idées contre toutes les menaces du politiquement correct. Mais je crains que l’excès de certains propos décrédibilise injustement l’engagement de l’auteur.

Stanislas Geyler

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