Nicolas Bedos, un exemple parfait de ce que notre société peut produire de pire !

Publié le 31 janvier 2011 - par - 11 073 vues
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Nous avions Coluche et Desproges. Aujourd’hui, Nicolas Bedos. Ca en dit long sur notre époque.
Il est mignon, Nicolas Bedos, avec sa bonne tête de fils à papa rebelle – mais pas trop. Il peut être drôle, Nicolas Bedos, quand il oublie trente secondes, une fois tous les six mois, de se regarder le nombril. Il a de jolies dents, Nicolas, il sait bien s’habiller, et je suis sûre que son genre de charme doit faire des ravages aux Bains Douches.

Où il devient quelque peu consternant, en revanche, c’est quand il tape sur les flics. Ce pauvre chou a passé quelques heures en garde à vue, en cellule de dégrisement, avec, si du moins nous le croyons, des policier qui n’ont pas été gentils avec lui. C’est-à-dire qu’il n’a pas été tabassé, ni molesté, mais estime qu’on a gravement manqué aux élémentaires devoirs de respect, de délicatesse, de flagornerie enfin, auxquels il est habitué.

Est-ce à dire que les membres de la police nationale sont tous de saints anges, intelligents, toujours professionnels, et nullement sujets à de bas sentiments d’envie ou de colère ?
Certes non. Mais il y a sans doute quelques explications à cela. Quelques explications que notre bon garçon ne risque pas de connaître, tout englué qu’il est dans sa naissance à Neuilly-sur-Marne, son premier job à 18 ans chez Canal +, son nom, sa situation financière, ses belles dents blanches toutes ripolinées d’autosatisfaction, et ses fréquentations hautement recommandables. Boy-scout d’une intelligentsia soixante-huitarde qui croit qu’en Mai ils ont refait la Révolution Française, Nicolas Bedos tacle Sarkozy et la police, comme s’il était le premier à le faire, comme s’il courait de grands risques en le faisant, et comme si cela allait lui donner la reconnaissance des téléspectateurs qui pardonnent d’autant plus certaines erreurs aux flics qu’ils sont encore, quelquefois, les seuls remparts contre la barbarie des Nocents.

Que des policiers aient pu se montrer ravis de choper un gosse de riche arrogant et enivré, et se soient montrés plutôt désagréables à son encontre, c’est possible. Ce serait même compréhensible. Parce que ces flics de nuit vivent un cauchemar quotidien. Contraints de protéger la population en étant privés des moyens essentiels d’y parvenir, et en sachant pertinemment que certains magistrats irresponsables libèreront les délinquants au plus vite, histoire de faire comprendre au petit peuple quel bonheur c’est de vivre avec des Chances pour la France.

Ce bon Nicolas Bedos… Parfait exemple de ce que notre société peut produire de pire : ce mélange d’esthétique rive gauche bien propre et fade et de rébellion à deux sous – si chère au regretté Philippe Muray. Ce grand éphèbe au rire creux, prompt à user de la reductio ad hitlerum devant Marine Le Pen, mais qu’on a bien du mal à imaginer vivant une réalité française faite de RER inquiétants, de fins de mois rendues difficiles par des charges sociales destinées à fournir à l’œil du halal-frites aux clandestins, de petites humiliations inacceptables et quotidiennes, dans le métro, dans la rue, à l’école… Ce brave garçon, qui nous rebat les oreilles de ses drames existentiels de « fils de » condamné à chercher du talent dans l’admiration de poules hors de prix, et qui dans le même temps vitupère grassement sur Canal +, histoire de montrer à ces salauds de flics que c’est lui qu’on mate à la télé et que c’est lui qui a une carte Gold. Ce parfait gentil petit traître à la patrie, qui se prend pour Coluche mais nous fait du Sophia Aram, ce type qui croit qu’être un amuseur public pistonné lui donne le droit de moquer les « patrouilleurs » qui ne se marrent pas, eux, risquent la mort, eux, et ne sont pas particulièrement bien payés pour cela, eux. Moins beaux que toi, Nicolas, moins amusants sans doute, moins diserts et moins gracieux. Des hommes, en fait, des vrais, de ceux qui ne sont peut-être pas toujours irréprochables, mais savent du moins être là quand une famille se fait sauvagement agresser.

Car ce Steevy germanopratin, qui se permet de parler du « cerveau de poulpe » des flics, serait bien en peine de vivre une heure leur calvaire, de parler dix minutes avec les êtres humains qu’ils récupèrent après un viol, une agression, un traumatisme. Cela lui demanderait de transpirer dans ses belles chemises pour d’autres raisons qu’une séance de gym à 300 euros de l’heure, cela lui demanderait de décoller ses fesses du Buddha Bar pour découvrir une France autre que celle du Queen, des jolies blondes enamourées du Fils à Bedos, et des vacances loin des râleries d’un peuple excédé qui noie sa rage dans du pastis plutôt que dans du champagne. Mais non, Nicolas Bedos ne le fera jamais, il suffit de réécouter – et c’est usant – ses propos sur la police : « Le patrouilleur de nuit est un abruti, c’est un voyou en uniforme, c’est une racaille qui est tombée du bon côté. Après le matin, tu tombes sur des gens civilisés, qui ont fait deux-trois ans d’études. »

Ce bon Nicolas… On lui souhaite, de tout notre cœur, de croiser encore souvent ces flics « pas civilisés », sans brillant CV à la clé, plutôt qu’une autre bande pas civilisée, sans brillant CV non plus. Une de ces bandes avec lesquelles Bedos II n’a sans doute jamais eu d’aventure. De ces sauvages à capuche, primitifs jusqu’au bout des ongles, qui font un doigt d’honneur à un bus qui ne s’arrête pas, tabassent une femme parce qu’elle leur a refusé une cigarette, et se jettent à dix sur un petit Blanc terrorisé et cramponné à son Iphone.

Nicolas Bedos est le fils de son père. Je n’en ferai pas un clone, je ne lui chanterai pas l’éternelle et agaçante chansonnette du Tel Père Tel Fils. Mais enfin peut-on oublier que son respectable papa est délégué à la Ligue des Droits de l’Homme – celle-là même qui traîne aujourd’hui Riposte Laïque en justice – et milite aux côtés de l’association DAL (Droit au logement) ? Peut-on croire qu’un môme né dans le confort et dressé pour le succès, élevé avec d’aussi brillantes idées pondues sur le dos du peuple et appliquées en dépit de son accord, puisse s’exprimer différemment ?

Nicolas Bedos fait partie de cette lamentable génération qui paie pour les péchés de ses parents tout en les reproduisant allègrement. Il a désormais un train de retard, et c’est dommage. Car voilà un garçon qui n’est pas plus bête qu’un autre, et à qui il arrive d’être amusant. Voilà un garçon dont on pourrait attendre qu’il trouve au fond des bouteilles autre chose que le néant d’une époque fausse et vouée à disparaître. Voilà un garçon qui pourrait être récupérable, s’il n’était pas aussi enfoncé dans son arrogance idiote. Voilà un pauvre bougre qui devrait sentir l’ancien monde se fissurer, mais qui ne le peut pas, tout occupé qu’il est à se regarder complaisamment.

Antigone

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